Antéchrista

par

Anthroponymie et toponymie

Leroman Antéchrista évolue autour d’unesymbolique nominale très significative. Le nom qu’ils portent participe à laconstruction de la psychologie de certains personnages, et surtout à lacomplexité des rapports échangés entre eux. Ainsi l’anthroponyme Blanche de l’héroïne symbolise lavirginité et la candeur, deux traits qui la caractérisent effectivement dans lafiction romanesque. Il suggère également un état d’invisibilité qui n’est passans rappeler le statut de l’héroïne socialement. En effet elle esttransparente à l’université où elle évolue presque sans aucun ami. L’oppositionentre les personnages Blanche et Antéchrista – qui est le nom dont Blanche baptise sa nouvelle amie lorsqu’elledécouvre son vrai visage – peut déjà se lire dans le contraste entre leurs deuxanthroponymes : « Blanche » évoque la lumière et la puretétandis qu’Antéchrista, féminisation d’Antéchrist, suggère d’aprèsl’enseignement chrétien la manipulation et le mal.

« Dans ma chambre, Christa avaitpris possession de la quasi-totalité de l’armoire : mes affaires avaient étéreléguées dans le tiroir des chaussettes qui était mon dernier fief.

Cela ne suffisait pas au besoind’expansion territoriale de ma tortionnaire : le lit pliant, qui étaitdésormais celui où j’avais encore le droit de dormir, était continuellementrecouvert d’un fatras de vêtements antéchristiques. »

Lamétamorphose du personnage de Christa et le dévoilement de sa personnalité véritablesont entérinés dans le récit par la mutation de son anthroponyme. Ainsi Christa devient Antéchrista. Christa,féminisation de Christ, évoquel’image de l’esprit épanoui dans la chair, d’une alchimie entre l’humain et ledivin. Et en effet Christa apparaît à Blanche pour la première fois commel’incarnation de l’idéal même. Mais c’est une illusion et un masque car endessous du voile se cache le vrai visage, celui d’Antéchrista.

Lecaractère fourbe et manipulateur consacré par la nouvelle nomination de Christaest renforcé par le toponyme du lieu d’où elle vient : Malmédy. Lanarratrice voit d’ailleurs dans la volonté de Christa de toujours prononcerMalmedy au lieu de Malmédy la justification flagrante de son essence maléfique :

« Christa avait toujours ditMalmedy et non Malmédy : nous avions donc eu tort d’y voir une prononciationallemande.

L’orthographe donnait raison à Christa.Sans vouloir verser dans la psychanalyse de bazar, il était difficile de ne pasentendre le “mal me dit” contenu dans ce toponyme. »

Lerenvoi par la narratrice de la fausse Christa à son vrai moi et l’emploi del’anthroponyme Antéchrista sont à cepoint récurrents dans le récit qu’ils engendrent un vocabulaire néologique bâtisur la racine Christa. Ce vocabulairesuggère la violence et la profondeur avec lesquelles l’esprit de la narratriceest pris d’assaut par sa tortionnaire. Plus que de simples éléments de vocabulaire,les mots christée et antéchristée inventés par Blanche pourmieux embrasser l’effet sur sa vie de sa prétendue amie participent en fait d’undébut de riposte à l’attitude manipulatrice de cette dernière. 

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