Baby-sitter blues

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Marie-Aude Murail

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1954 : Marie-Aude Murail naît au
Havre d’un père poète, peintre, et d’une mère journaliste et vendeuse en beauté.
L’art est important dans ce foyer, et les frères et sœur de Marie-Aude
emprunteront également la voie de la création. Dès treize ans, elle écrit des
histoires. Elle étudiera ensuite les lettres
modernes
à la Sorbonne. Son
intérêt pour la littérature jeunesse se traduit dès lors par une thèse
intitulée Pauvre Robinson ! Ou
pourquoi et comment on adapte le roman classique au public enfantin
,
soutenue à vingt-cinq ans. Elle confronte aussi ses textes aux regards à
travers des concours organisés par
le ministère de l’Éducation Nationale et des magazines féminins.

1986 : C’est avec des romans pour
adultes
que Marie-Aude Murail emprunte le chemin de l’édition en dehors de
la presse. Son roman Passage est édité
à Lausanne en 1985 ; il est  suivi
de Voici Lou l’année suivante. En 1987, s’opère le virage définitif vers la rédaction de textes pour la jeunesse. Elle se met à collaborer avec plusieurs magazines du groupe Bayard : J’aime lire, Astrapi et Je bouquine. Son premier ouvrage dans le
genre, Mystère, paraît cette année-là chez Gallimard.

1988 : Les œuvres de Marie-Aude Murail commencent à paraître à L’École des loisirs. Le
Chien des mers
est un grand succès de librairie. Il raconte les
aventures de Jean, neuf ans, issu d’une famille de corsaires, embarqué comme
mousse sur le bateau du titre. Suit en 1989
Le
Hollandais sans peine
, qui raconte l’histoire d’un petit garçon peu
fait au système scolaire mais néanmoins intelligent, dont le père a décidé
qu’il apprendrait l’allemand pendant les vacances. C’est finalement à un
étrange hollandais qu’il va être initié auprès de son nouvel ami
« Niclausse », alors que sa famille se trouve dans un camping an
Allemagne. Grâce à ces deux livres, Marie-Aude
Murail remporte deux années de suite le prestigieux prix Sorcières.

Toujours en 1989 paraît Baby-sitter
blues
, qui entame une série
de sept volumes dont Émilien, un adolescent, est le héros.
Dans ce premier titre, motivé par l’achat d’un magnétoscope, Émilien se met au
baby-sitting, et très sérieusement, puisqu’il lit même un ouvrage sur
l’éducation de l’enfant. Il s’attache beaucoup à Anthony, un petit garçon de
six mois, mais quand il entre en troisième, sa mère lui interdit et la télévision,
et le baby-sitting, pour qu’il se concentre sur son travail scolaire. Émilien
se reconvertit alors dans les cours de français et rencontre Amandine, une
élève qui se révèle chapardeuse.

1992 : L’Assassin est au collège poursuit la série des Nils Hazard
commencée un an plus tôt avec Dinky Rouge
Sang
. Dans ce volume, Nils Hazard, professeur en Sorbonne étruscologue, flanqué
de Catherine Roque, son ex-étudiante, devenue sa petite amie et collaboratrice,
mènent l’enquête suite aux événements
étranges
qui surviennent dans un collège :
le directeur, qui apparaît au bord de la folie, reçoit des lettres anonymes, on
retrouve des copies corrigées avec du sang humain, mais encore une élève de sixième
se défenestre (mais ne se fait qu’une entorse !), etc.

1997 : Dans Ma vie a changé, Madeleine vit tristement avec son fils
Constantin depuis que son mari l’a quittée pour sa secrétaire. Tout change
quand l’elfe Timothée vient
chambouler leur vie à coups d’objets qui se déplacent et d’odeurs de muguet
répandues dans la maison. Cet ouvrage inaugure une veine fantastique que l’auteure exploitera dans plusieurs autres titres
comme Amour, vampire et loup-garou
(1998) et Tom Lorient (1998).

2000 : Oh, Boy ! est le plus grand
succès
de l’auteure ; le roman a connu une très belle carrière en
Allemagne notamment. Il mêle de nombreux thèmes autour de la fratrie Morlevent.
La mère de Siméon, un adolescent de quatorze ans surdoué, et de ses deux jeunes
sœurs vient de se suicider. Or leur père a disparu autrefois et les enfants
risquent de se retrouver placés en foyer. Siméon fait tout pour retrouver un
frère et une sœur issus d’un premier mariage de leur père. Alors que la
demi-sœur ne s’intéresse qu’à la plus petite d’entre eux, le demi-frère, Barthélemy,
un jeune homme de vingt-six ans homosexuel, n’apprécie guère les
responsabilités. Et il s’avère que Siméon développe une leucémie ! Malgré
les difficultés, une belle vie de famille va se mettre en place. Outre la maladie, le deuil, l’homosexualité et
les clichés qu’elle véhicule, l’auteure aborde également la maltraitance au sein du couple à
travers le personnage de la voisine de Barthélemy, battue par son mari.

2004 : Maïté coiffure raconte l’histoire de Louis, un garçon de
troisième qui choisit de faire un stage d’une semaine dans un salon de
coiffure. Louis est un garçon assez discret, observateur, qui n’aime pas
l’école et manque de confiance en lui. Mais voilà que dans ce nouveau cadre il
se découvre doué, et qu’une vocation s’affirme, qui n’est cependant pas du goût
de son père chirurgien, selon lequel l’apprentissage de la coiffure,
« c’est pour les ratés ».

Avec Simple, qui paraît la même année, Marie-Aude
Murail aborde le thème du handicap
mental
à travers l’histoire de deux frères très différents. Alors que
Simple a trois ans d’âge mental bien qu’il ait officiellement dépassé les vingt
ans, son frère Kléber, en terminale, est un jeune homme responsable qui a pour
ambition de devenir le pivot de la famille, quand le père aurait bien vu Simple,
par facilité, enfermé dans une institution spécialisée.

2005 : Vive la République ! est un nouveau roman pour adolescents
abordant de nombreux sujets à travers la première
rentrée
d’une jeune institutrice
de vingt-deux ans, qui se retrouve face à une classe de dix-huit élèves de CP alors qu’elle manque de confiance en
elle et doit faire preuve d’autorité. Il est question de ses rapports avec le
directeur de l’école, fervent défenseur de l’école laïque, gratuite et
obligatoire, de sa crainte de l’inspecteur, mais aussi des enfants sans-papiers, de la dictature
des marques
et plus généralement de l’engagement
politique et républicain
.

2008 : Miss Charity est un long roman racontant la vie d’une petite
fille solitaire confrontée aux impasses de la société anglaise des années
1880
, inspirée de la biographie de Beatrix Potter (1866-1943). Elle grandit
seule, ses petites sœurs étant mortes en bas âge, plutôt ignorée des adultes,
recueillant dans la nursery des animaux éclopés, destinés à un sombre futur. Pour
s’occuper elle apprend aussi par cœur Shakespeare, développe un intérêt profond
pour l’étude non seulement des animaux mais des champignons et plus généralement
de la nature, qu’elle se met à croquer en couleurs quand sa gouvernante lui
apprend l’aquarelle. Elle grandit en privilégiant son indépendance, qui devient même financière quand elle rencontre le
succès en tant qu’auteure pour enfants.
Elle continue cependant d’éprouver un sentiment
de différence
persistant, de par sa poursuite d’une vie anticonformiste.
L’ouvrage est illustré par Quentin Blake,
illustrateur célèbre des romans de Roald Dahl.

 

Éléments sur l’art de
Marie-Aude Murail

 

Marie-Aude Murail est une écrivaine prolixe, à
succès, qui a écrit plus de quatre-vingt-dix livres dont certains ont été
traduits dans plus d’une vingtaine de langues. Ses histoires se distinguent par
leurs thèmes originaux et leur réalisme. Si ses personnages sont
confrontés à des problèmes graves,
l’humour et une certaine légèreté restent très présents, de
sorte que l’histoire ne sombre jamais dans le pur mélodrame.

Elle se veut une auteure engagée, contre l’homophobie
(Oh, Boy !), en faveur de la
lecture (Nous on aime pas lire, 1996 ; Je ne sais pas quoi lire, 1998) et attentive à ses méthodes d’apprentissage (cf. la méthode Bulle qu’elle a développée en
collaboration avec des enseignantes, qui
réserve une place importante à la littérature jeunesse et à la lecture à voix
haute). Elle a également expliqué sa démarche d’auteure pour la jeunesse dans
des ouvrages, notamment Auteur jeunesse.
Comment le suis-je devenue, pourquoi le suis-je restée ?
, paru en
2003.

L’écrivaine nourrit son imagination par un travail d’investigation fourni, qui se
traduit par de nombreuses rencontres sur
le terrain, notamment avec des thérapeutes, des infirmières scolaires, par des
observations au sein de classes. Le site YouTube lui offre également un terrain
d’étude a-t-elle dit, à travers les vidéos postées par les utilisateurs les
plus jeunes. Marie-Aude Murail fait partie de ces auteurs pour la jeunesse se
sentant la responsabilité de traduire la réalité sans la trahir à leur jeune
lectorat. Son travail dans ce sens lui a valu d’être faite chevalière de la
Légion d’honneur en 2004.

 

 

« Pendant
les quinze jours qui suivirent, les deux frères firent des efforts pour ne pas
se heurter. Lorsque Siméon, lisant Nietzsche, voyait son frère relire son
Spirou, il se permettait tout juste de lui demander affectueusement :

– Tu
n’avais pas bien compris la première fois ?

À quoi
Bart répondait, non moins affectueusement :

– Je
t’emmerde. »

 

Marie-Aude
Murail, Oh, boy !, 2000

 

« Tous les enfants ne sont pas sur le même modèle […]. Les
intelligences sont diverses, sociale, manuelle, artistique. Votre femme a
raison de penser que l’école ne sait pas comment accueillir ces enfants qui
sont intelligents autrement. »

 

Marie-Aude Murail, Maïté coiffure, 2004

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Marie-Aude Murail >