Bérénice

par

La violence racinienne

Jean Racine utilise la violence comme mécanisme tragique :

La violence destructrice de l'amour est particulièrement mise en évidence dans la pièce. Un dialogue fort et violent est présent. On remarquera que cette violence croît au fur et à mesure du déroulement de l'histoire.

Par ailleurs la violence racinienne se caractérise par l'expression des sentiments des personnages. Les paroles sont claires et directes, le texte donne un dynamisme omniprésent à la pièce, notamment avec les longues tirades des différents protagonistes.

Nous allons voir quelques passages démontrant la violence dont Racine agrémente ses textes:

– Acte 2 Scène 4: Bérénice est excédée des silences de Titus. Ses répliques sont violentes avec une multiplication d'interrogations, qui laissent Titus confus et gêné. Ainsi Titus mettra un terme à l'entretien, sans n'avoir osé rien avouer à Bérénice. La succession de questions, d'interrogations, de doutes mais aussi d'impatience dont Bérénice a fait preuve a impressionné Titus. On le remarque, ses répliques sont courtes, Bérénice le coupe à chaque fois et ''l'assomme'' de questions.

– Acte 3 Scène 3: Cette fois ci c'est avec Antiochus que Bérénice aura un entretien. Elle lui demande avec insistance de lui faire part de ce que Titus prévoit. La violence racinienne s'exprime ici par le désespoir de Bérénice avec l'expression de «ma douleur, ma colère, ma haine» de la part de Bérénice, traduisant le trouble de son âme et de ses humeurs.

– Acte 3 Scène 4: Antiochus est désespéré de la haine que lui témoigne dorénavant Bérénice, en lui ayant appris que Titus voulait la quitter.

Ses tirades contiennent un vocabulaire autour du thème de la culpabilité: «responsable», «coupable», «injustice», «indignité», «trahie», «perfidie»… Autant de mots utilisés avec violence dans les paroles d'Antiochus, qui attestent de la haine que lui démontre à présent Bérénice.

– Acte 4 Scène 4: Titus se parle à lui-même et se sent confus, dans le doute. Il s'apprête à parler à Bérénice et sa tirade montre toute la violence de ses sentiments. Le texte est agrémenté de nombreuses interrogations qui s'enchaînent sans laisser au lecteur le temps de respirer, le discours et très dynamique, la cadence rapide. Le vocabulaire est violent: «cruauté», «barbare», «percer un cœur», «crier», «sacrifice», «malheur». Ainsi la tirade de Titus nous montre toute la violence de Racine autour du thème des sentiments amoureux des ''héros''.

– Acte 4 Scène 5: L'entrevue entre Titus et Bérénice est violente, Bérénice le montre avec plusieurs paroles: «je vous crois digne, ingrat, de m'arracher la vie», «Si devant que mourir la triste Bérénice», «Mon sang, qu'en ce palais, je veux même verser».

Le thème de la mort et de la souffrance est clairement présent dans ce passage, Bérénice est désespérée de l'annonce de Titus et la scène se fini par un ''Adieu'' lourd de sens et de douleurs! Racine, par sa violence, nous fait ainsi ressentir les sentiments de Bérénice avec force, en nous montrant le déchaînement des passions et des sentiments.

– Acte 5 Scène 4: Antiochus, dans une très courte réplique, exprime toute sa détresse à travers un langage assez violent, il a en effet compris qu'il n'obtiendrait pas Bérénice : «funeste vie», «De la crainte à l'espoir, de l'espoir à la rage», «Dieux cruels!».

– Acte 5 Scène 6: Titus atteint une tristesse si grande qu'elle se déclare avec violence, à travers notamment certaines expressions: «mes craintes, mes combats, vos larmes, vos reproches», «Je vois la mort peinte en vos yeux», «Et je ne réponds pas que ma main à vos yeux N'ensanglante à la fin nos funestes adieux». Racine emploie des expressions et des images très fortes, très violentes, qui font ressortir toute la détresse de Titus.

Ces quelques passages nous montrent avec quelle force se déverse l'expression des sentiments de nos protagonistes. Le vocabulaire employé est violent, souvent sur le thème de l'injustice et de la mort. Les longues tirades qui donnent toute cette force au texte sont très ponctuées, avec notamment les nombreuses interrogations et exclamations qui nous martèlent sans cesse, qui prennent à la gorge le lecteur. Ainsi on partage le désespoir des personnages et leur détresse.

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