Bubble Gum

par

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Lolita Pille

Lolita
Pille est une auteure française de romans née en 1982 à Sèvres
(Hauts-de-Seine). Elle est principalement connue pour son illustration, dans
son premier roman, d’une jeune « élite » française menacée
d’avachissement moral, dépourvue d’idéaux, peu soucieuse du bien commun et de
ses responsabilités.

Lolita
Pille est issue d’un milieu relativement aisé – sa mère est comptable, son père
architecte. C’est l’anticléricalisme de son père qui lui vaut son prénom. Elle
se passionne jeune pour la littérature. Dès l’âge de douze ans, elle lit
Proust, Baudelaire, mais à quatorze ans, elle rêve plutôt d’être actrice et se
désintéresse des activités intellectuelles. Elle obtient son baccalauréat littéraire
à dix-sept ans. Elle commence à étudier le droit à l’université Panthéon-Assas
avant d’abandonner deux mois plus tard.

En 2000,
paraît le roman à succès 99 francs, écrit
par Frédéric Beigbeder. Alors que Lolita Pille écrivait déjà depuis longtemps, elle
perçoit dans l’œuvre de son aîné une modernité qui offre une alternative à la
littérature classique dont elle était plus habituée, et cette lecture la
décomplexe tout à fait. Elle propose alors son premier récit, Hell, aux éditeurs. C’est Grasset qui le
publie en 2002, alors que l’auteure n’a encore que dix-neuf ans. Les premières
lignes donnent le ton : « Je suis une pétasse. De celles que vous ne
pouvez supporter ; de la pire espèce, une pétasse du XVIe,
mieux habillée que la maîtresse de votre patron. » Hell est la diminutif
d’Ella, l’héroïne, une jeune fille de dix-huit ans, grande consommatrice de cocaïne,
qui fréquente les fêtes huppées de la capitale, obsédée par les marques,
méprisante pour ceux qui se trouvent en dehors de son monde. Malgré les
apparences d’une existence insouciante et animée, Ella s’ennuie, a conscience
que l’absence de désir la corrompt, elle et les membres de la jeunesse dorée,
les « fils de » dont elle est constamment entourée. Alors qu’elle
pense être revenue de tout, elle rencontre son double, Andrea, au volant d’une
Porsche. C’est un jeune homme diabolique, effronté, qui semble même plus
cynique qu’elle. Ils vivent une histoire d’amour de six mois en reclus, avant
que la jeune fille ne soit rattrapée par son passé et poursuive sa déchéance.

Le roman
évoque celui que publia Bret Easton Ellis dix-sept ans plus tôt, Less Than Zero, exposant la même
pauvreté de la jeunesse dorée de Beverly Hills et de Bel Air, désabusée, consommatrice
compulsive de drogue et de sexe. Le livre de Lolita Pille reçoit un accueil
mitigé ; si l’œuvre se range difficilement aux côtés des grands textes de
la littérature, de par ses maladresses de jeunesse, la lucidité qui transparaît
derrière les manifestations de futilité surprennent chez une jeune auteure qui
n’a pas vingt ans. Ella, elle-même jeune, alter ego de l’auteure, a quelques
références, lit Belle du Seigneur
d’Albert Cohen – qui raconte de même le parcours d’un couple, lucide face à
l’étiolement inexorable de leurs sentiments –, ou Le Bleu du ciel de Georges Bataille – qui met aussi en scène un
personnage enclin aux excès, Henri Troppman, qui se rend jusqu’aux limites de
la mort sur un chemin de beuveries et de coucheries. Autant d’aînés qui ont
sans doute fonctionné comme des influences pour la jeune écrivaine.

Le roman
sera adapté au cinéma par le réalisateur Bruno Chiche en 2006, avec Sara
Forestier dans le rôle d’Ella, et Nicolas Duvauchelle dans celui d’Andrea.

Deux ans après
sa première œuvre, toujours chez Grasset, paraît Bubble Gum, un nouveau récit qui raconte l’amertume d’une jeune
fille. Manon, vingt-et-un ans, serveuse dans le bistrot de son père à Terminus,
village isolé du Sud de la France, rêve de gloire et monte à Paris. Comme dans Hell, la jeune fille rencontre un jeune
homme blasé qui va fonctionner comme un révélateur. Derek Delano, vingt-huit
ans, richissime, décide de se jouer de cette jeune fille, et fait d’elle –
selon toute vraisemblance – une actrice mondialement connue – jusqu’à ce que
Manon découvre qu’on s’est moqué d’elle. Le roman veut donc raconter le manque
de morale, la cruauté d’un monde entretenant des illusions, qui cache ses travers
derrière des paillettes, sous la forme d’un conte de fée inversé, où le lecteur
est invité à passer derrière le rideau.

Le récit
met donc en scène deux voix. On peut y voir la critique d’une société altérée
par la superficialité. Le récit à cet égard fait cette fois plutôt penser à Glamorama de Bret Easton Ellis, avec la
même étrange sensation pour le lecteur, qui se trouve confronté à un entre-deux
entre la réalité et le rêve, des soupçons dont on ne sait s’ils sont
paranoïaques, qu’entretient la consommation de cocaïne chez les protagonistes.

En 2008,
fidèle à sa maison d’édition, Lolita Pille y publie Crépuscule Ville, roman plus ambitieux qui a pour cadre Clair-Monde,
dans un futur proche, et qui invente une société fictive où la liberté des
individus est largement entamée, par exemple par des « implants
bancaires » conçus pour contrôler les dépenses de l’intérieur du corps
humain, ou par le S. P. S. (Service de protection contre soi-même),
organisme qui vise à anticiper les tentatives de suicide. C’est à travers un policier,
Syd Paradine, que l’on découvre l’envers du décor de ce monde finalement peint
comme une dystopie.

Cette
fois la jeune fille semble s’être inspirée des polars de Raymond Chandler,
ainsi que du cinéma et de la littérature de genre. Même si le roman se présente
comme d’anticipation, il pointe des travers humains bien actuels. Il ne rencontre
cependant pas le succès du premier roman, succès qui s’était renouvelé mais de
façon étouffée avec le deuxième.

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