Critique de la raison pure

par

Dialectique transcendantale

La dialectique, comme nous l’avons dit plus haut, est la logique de l’apparence. Kant distingue l’apparence empirique qui peut comprendre, par exemple, les illusions d’optique, l’apparence logique et encore l’apparence transcendantale. On comprend donc que l’entendement peut être victime d’une illusion que l’on peut juger comme étant naturelle. C’est ce que Kant tente de comprendre ici. Qu’en-est-il de l’illégitimité de l’entendement ?

Il convient de rappeler que la raison pure est le fondement de l’apparence transcendantale. Dans cette partie du livre, Kant tente de faire une différence véritable entre le nouménal et le phénoménal. Le philosophe appelle paralogismes et antinomies les illusions de la raison pure. « Mais si j’admets des choses qui sont simplement des objets de l’entendement, et qui, à ce titre, puissent néanmoins être donnés en intuition, quoique pas en intuition sensible (comme coram intuitu intellectuali) ; alors, de semblables choses s’appellent noumena (intellibililia) (…) La distinction ne regarde pas simplement ici la forme logique de la connaissance obscure ou claire d’une seule et même chose, mais bien la différence dans la matière dont ces objets peuvent être donnés primitivement à notre connaissance, et suivant laquelle ils se distinguent en eux-mêmes les uns des autres quant au genre ».

En premier lieu, il s’agit de différencier la raison et l’entendement. La raison, assimilée à la sensibilité, concerne seulement les intuitions. Au contraire, l’entendement concerne les règles. La raison se sert donc des règles que crée l’entendement pour parvenir à des principes. « Mais toutes les lois de la nature sans distinction, sont soumises à des principes supérieurs de l’entendement, puisqu’elles n’en sont que des applications à des particuliers du phénomène.»

En second lieu, il est important de distinguer la raison et la faculté de juger. Pour cela, Kant donne un exemple clair. La faculté de juger dira simplement « Socrate est mortel ». Cette entité va donc seulement subsumer un nom et un prédicat. De la même façon, la raison pourra dire également « Socrate est mortel ». Mais pour ça, elle passera par des étapes de réflexion qui se feront de cette façon : « Socrate est un homme. Or les hommes sont mortels. Donc Socrate est mortel. » La raison subsume donc un premier nom avant d’arriver à ce résultat final concernant la mortalité de Socrate. Par l’intermédiaire de cette déduction, on peut se demander quelle est la véritable fonction de la raison.

En suivant la thèse de Kant, on peut dire que la raison cherche toujours à trouver un principe plus général à partir d’un principe premier jusqu’à arriver à un principe nouveau et non réductible que l’on appelle « absolu ». On a alors affaire à une connaissance dite inconditionnée. La raison recherche donc des idéaux qui ne sont autres que des idées inconditionnées. Celles-ci sont au nombre de trois. On compte une substance qui se rapporte à la psychologie rationnelle, une suite non limitée de conditions qui est liée à la cosmologie rationnelle et enfin, une entité possédant tous les prédicats se rapprochant alors de la théologie rationnelle (Dieu).

Les antinomies :

Kant pense que les antinomies surviennent lors d’un dilemme de la raison qui ne sait résoudre un problème par le choix. Il s’agit donc de contrastes intérieurs qui restent insolubles à toute décision car l’entendement et la raison ne savent s’accorder. Ils sont tous deux contradictoires dans le sens où l’un est limité par la sensibilité et les notions d’espace et de temps, tandis que l’autre cherche à dépasser ces limites et à poursuivre l’idée même de la raison.

Il existerait quatre grandes antinomies. Tout d’abord, la question posée est celle de savoir si le monde est fini ou bien infini. Le monde tel que nous le connaissons est limité par l’espace et par son commencement temporel. Mais, il reste cependant vrai que le monde ne connait pas de véritables limites. La seconde antinomie concerne l’existence, une idée à la fois simple et indivisible. Ces deux premières antinomies se résolvent de la même façon : c’est à dire par négativité des réponses entre deux thèses totalement opposées et surtout foncièrement contradictoires.

Enfin, Kant pose le problème de l’existence de Dieu. Il répond tout d’abord de façon affirmative à la question : il existe un Dieu qui peut être la cause du monde ou bien encore une partie de celui-ci. Mais une seconde thèse affirme que le nécessaire et l’aspect inconditionné d’un être ne peut faire de lui la cause même du monde que nous connaissons.

Kant prouve ici que les thèses explicitées ne sont pas contradictoires mais simplement contraires. Cela voudrait simplement dire que les deux affirmations peuvent exister l’une à côté de l’autre. Mais pour ça, la première thèse doit être nouménale et la seconde doit être phénoménale. C’est sur la troisième antinomie que Kant base la morale. « Mais le conflit des propositions qui en résultent montre que cette supposition contient une fausseté, et il nous conduit ainsi à découvrir la véritable nature des choses, comme objet des sens ».

Théologie rationnelle :

Ensuite, le philosophe va donner une définition de ce qu’est l’idéal. Selon lui, cette notion provient d’une idée que l’on va assimiler à une personne. Ainsi, si la sagesse est une idée alors le sage est un idéal. Il s’agirait donc d’une personnification. L’idéal n’est pas une réalité matérielle mais seulement une règle. Par conséquent, Dieu serait un idéal. La théologie rationnelle repose en fait sur la question de l’existence par l’expérience. On parle donc d’une intuition. Selon Kant, l’existence de quelque chose ne se prouve pas mais s’éprouve.

Le philosophe va réfuter l’existence de Dieu selon trois systèmes de pensée, qu’il appellera preuves. Il existe donc la preuve ontologique, la preuve cosmologique et enfin, la preuve physico-théologique. Selon la preuve ontologique, si quelque chose est nécessaire alors il existe forcément. Ici, le « quelque chose » est en fait Dieu. Par conséquent, Dieu existe forcément.

La preuve cosmologique vient ensuite. Kant ne parle plus de concept a priori mais d’une existence a posteriori. L’argumentation est simple : tout ce qui existe possède une cause, le monde que nous connaissons ne peut avoir pour cause sa propre existence, donc sa cause ne peut être que Dieu.

Enfin, Kant affronte la preuve physico-théologique par une étude des causes finales antérieures. En effet, quelque chose ayant une fin provient obligatoirement d’une intelligence. C’est le cas du monde. Il devrait alors exister, en toute logique, une entité supérieure au monde lui-même. Et il s’agirait forcément de Dieu.

Kant affirme que finalement une seule preuve est nécessaire : la preuve ontologique. Cet élément est sûr puisque chaque argument se rejoint pour ne former qu’un dernier argument qui est de nature ontologique. Mais comme la volonté de Kant est de réfuter toute existence de Dieu, il va de soit qu’il lui faudra réfuter sa dernière preuve ontologique. Il va donc prouver que Dieu et son existence ne peuvent provenir d’un concept. En effet, Dieu est représenté comme étant une entité dont l’existence est nécessaire. Or cet élément ne provient que d’un jugement. L’existence ne peut donc pas appartenir à Dieu. Il faut bien savoir distinguer le conceptuel de l’existentiel. Ainsi, l’ontologie ne fonctionne pas pour prouver l’existence de Dieu, et par elle toutes les autres preuves sont réfutées. « Le concept d’un être suprême est une idée très-utile à beaucoup d’égards ; mais, précisément parce qu’il n’est qu’une idée, il est tout à fait incapable d’étendre à lui seul notre connaissance par rapport à ce qui existe. (…)Cette preuve ontologique (cartésienne) si vantée, qui prétend démontrer par des concepts l’existence d’un être suprême, perd donc toute sa peine, et l’on ne deviendra pas plus riche en connaissance avec de simples idées qu’un marchand ne le deviendrait en argent si, dans la pensée d’augmenter sa fortune, il ajoutait quelques zéros à son livre de caisse. »

Conclusion :

Pour connaitre un objet il faut distinguer sa forme a priori et sa matière a posteriori. En ce qui concerne l’a priori, on trouve tout d’abord les intuitions pures qui sont l’espace et le temps et qui proviennent de la sensibilité, et on trouve également les concepts purs qui sont les catégories et qui proviennent de l’entendement. L’usage transcendant de la connaissance est impossible puisque la connaissance doit provenir de l’expérience. Finalement, même si d’une idée peut surgir un idéal, l’existence de Dieu comme celle de notre âme ou de notre monde n’est pas affirmable par la raison.

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