De la dignité de l'homme

par

Le miracle humain : ses spécificités : son absence de spécificité

L’être humain est donc perçu en un sens comme une sorte de miracle par le philosophe, de par sa position parmi les autres créatures du monde du vivant : « Finalement j’ai cru comprendre pourquoi l’homme est le plus heureux des êtres vivants – et par conséquent le plus digne d’admiration –, et quelle est précisément la condition que lui a donnée le sort dans l’ordre de l’univers, condition qu’envieraient non seulement les animaux, mais encore les astres et les esprits au-delà du monde. Chose incroyable et étonnante ! Et comment ne le serait-elle pas ? C’est à cause d’elle que l’homme est à juste titre estimé un grand miracle, et proclamé vraiment admirable. – Mais quelle est cette condition ? Ecoutez, Pères, et prêtez-moi pour ce discours une oreille indulgente, conforme à votre humanité. ». C’est donc le rôle de l’homme, que lui a confié Dieu le créateur, qui fait de l’être humain un miracle, qu’il estime au dessus de la condition animale, mais également au dessus des astres et des esprits au delà du monde, c’est ainsi un discours éminemment positif et admiratif à propos de la condition humaine que Pic de la Mirandole proclame.

 

La différence de l’homme avec les autres créatures, c’est qu’au moment de sa création, toutes les qualités avaient déjà été réparties entre tous les autres êtres, qui garderont à jamais ces qualités, et qui représentent donc des espèces stables, qui n’évolueront jamais, alors que l’homme naît sans aucune spécificité, et donc a devant lui un horizon très grand pour progresser et changer : il n’apparait pas sans qualités, c’est qu’il n’a pas de qualités propres. L’auteur démontre qu’il peut les acquérir toutes ou presque et donc les rassembler en son être : « tout ce qui avait été le propre de chacune des créatures », il peut donc jouer le rôle de lien entre les créatures : « l’homme est un être de nature variable, multiforme et voltigeante ». L’auteur illustre sa thèse par l’image des germes : l’homme peut, dans son absence de spécificité faire grandir en lui les germes végétales et donc devenir une sorte d’homme plante, il peut laisser évoluer les germes animales et devenir un sauvage, ou alors il peut cultiver les germes élevées, et devenir un homme abouti : « Mahomet aimait à répéter qu’à s’éloigner de la loi divine, on tombe dans la bestialité. Et il avait raison. Car ce n’est pas l’écorce qui fait la plante, mais sa nature stupide et insensible; ce n’est pas le cuir qui fait les bêtes de somme, mais leur âme bestiale et sensible; ce n’est pas son corps arrondi qui fait le ciel, mais la rectitude d’un plan; et ce n’est pas la séparation du corps, mais l’intelligence spirituelle qui fait l’ange. Si donc vous voyez ramper sur le sol un homme livré à son ventre, ce n’est pas un homme que vous avez sous les yeux, mais une bûche; si vous voyez un homme qui, la vue troublée par les vaines fantasmagories de son imagination, comme par Calypso, et séduit par un charme sournois, est l’esclave de ses sens, c’est une bête que vous avez sous les yeux et non un homme. Si vous voyez un philosophe discerner toutes choses selon la droite raison, vénérez-le: c’est un être céleste et non terrestre; si vous voyez un pur contemplateur se retirer, sans souci de son corps, dans le sanctuaire de son esprit, il ne s’agit plus d’un être terrestre ni d’un être céleste, mais d’une divinité plus auguste enveloppée de chair humaine. » L’homme, par ses choix peut ainsi sortir de sa condition pour celle de végétal, d’animal, d’ange…

 

Ce sera lui qui décidera, ce sera à lui de faire ses choix. L’humanité réside dans l’absence de détermination, c’est quelque part le propre de l’homme. Mirandole le résume par une affirmation au rythme ternaire qui peut rappeler la structure de la trinité : « Ni visage, ni place, ni don ». 

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