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Robert Desnos

Robert
Desnos est un poète français né à Paris en 1900 et mort en Tchécoslovaquie alors
qu’il était déporté au camp de concentration de Theresienstadt.

Robert
Desnos grandit dans un milieu modeste, dans le quartier Saint-Merri, en face de
l’église. Cette géographie de son enfance resurgira souvent dans son œuvre.
L’école n’est pas pour lui, il n’y brille pas, et dès ses 16 ans, il travaille
en tant que commis chez un droguiste. Parallèlement, il écrit ; ses
premiers essais en poésie sont publiés dans la revue socialiste La Tribune des jeunes.

À 19 ans,
il rejoint le milieu des lettres par la petite porte, en tant que secrétaire de
l’éditeur Jean Bonnefon ; il se lie également à Benjamin Péret, son aîné
d’un an. Le Trait d’union, revue
avant-gardiste, recueille certains de ses poèmes.

En 1922,
de retour de son service militaire, au crépuscule du dadaïsme, Desnos rejoint
le groupe surréaliste qu’il rencontre au bar Certa autour d’André Breton, par l’intermédiaire de son ami Péret.
Le jeune poète, qui notait déjà ses rêves depuis plusieurs années, se distingue
par sa capacité à les dicter alors qu’il est sous hypnose. La mode est alors à
l’écriture automatique.

À 25 ans,
il devient caissier puis journaliste à Paris-Soir.
Il écrit alors La Liberté ou l’Amour,
œuvre jugée obscène et condamnée, parue en 1927. Difficile à évoquer, l’œuvre
consiste en un amas d’images révélant une mythologie toute personnelle, mais
révélatrice du fonctionnement de notre monde intérieur.

La crise
du surréalisme en 1930 est l’occasion pour Robert Desnos de se faire désormais
franc-tireur ; le recueil Corps et
bien
, publié par La Nouvelle Revue
française
, réunit tous ses écrits des dix années passés, toutes ses expériences
poétiques. La métaphore du titre est maritime, c’est un naufrage dont il s’agit ;
on retrouve à travers les poèmes le thème du désastre. À nouveau, c’est une
profusion d’images qui se fait jour à l’occasion de chaque vers, qui bouscule
la syntaxe. Les images sont tantôt noires, cauchemardesques, tantôt féeriques,
rimbaldiennes. Un lyrisme vêtu d’alexandrins y côtoie la plaisanterie lourde et
les calembours – calembours qui formaient déjà la matière de l’œuvre Rrose Sélavy (du nom du personnage créé
par Marcel Duchamp), éclose à l’occasion de sommeils hypnotiques.

Robert
Desnos est employé brièvement par un agent immobilier avant de travailler avec
Paul Deharme, alors directeur de la radio. C’est l’occasion pour le poète de
multiplier les expériences : il écrit des milliers de slogans pour la
radio, des albums pour enfants, des scénarios pour le cinéma, des articles aux
goûts éclectiques sur la musique.

L’année 1936
est le moment d’une expérience poétique quotidienne : Desnos s’astreint à
produire un poème par jour l’année durant.

À
l’occasion de la Première Guerre mondiale, il se voit mobilisé. Prisonnier un
temps, il est libéré et rejoint la Résistance. Le recueil Fortunes de 1942 réunit des pièces écrites entre 1925 et 1937 ;
l’ouvrage se montre pluriel et peut naviguer entre le lyrisme et l’hermétisme
de « Sinamour », et l’érotisme et le désespoir de The Night of Loveless Nights. Dans les
pièces les plus récentes, s’affirme un goût pour la simplicité, à la fois du
langage populaire qu’il utilise et des scènes qu’il évoque.

L’année suivante
il publie un roman étrange, Le Vin est
tiré
, où le dessein de l’auteur s’affiche dès la préface : montrer la
nécessité de réformer la société dans le sens d’une meilleure prise en compte
et d’une intégration des intoxiqués. Le roman expose la lente déchéance
parsemée de suicides d’un groupe d’amis réunis par l’opium, drogue qui les
obsède. Nulle poésie ici, et une thèse on ne peut plus ostentatoire.

La
Gestapo arrête Robert Desnos en février 1944 ; de Compiègne il est déplacé
à Buchenwald pour un an. L’épuisement et le typhus ont raison du poète à Terezín,
exactement un mois après la victoire des Alliés.

Desnos
laisse l’image d’un poète à l’œuvre certes tôt achevée, mais aussi empêchée,
confrontée aux nécessités du quotidien. Cependant, ses œuvres apparaissent
variées, tant lorsqu’on considère ses modes d’écriture que la diversité des
thèmes qui l’ont inspiré.

Ainsi le
poète a su se faire classique, grave, à l’occasion de certains poèmes, comme
dans les quatrains d’alexandrins épiques du
Fard des Argonautes
en 1919 ; dans The
Night of Loveless Nights
près de dix ans plus tard, dans un style romantique
naïf à la Musset mâtiné d’une inquiétude baudelairienne ; dans quelques
pièces d’État de veille, en 1943, au
ton tragique et exprimant la révolte.

Mais aux
représentations du quotidien semble mieux convenir le vers libre, comme chez
Apollinaire, peut-être plus propice à certaines évocations humoristiques,
mélancoliques ou oniriques. Quant à la prose, elle s’accorde avec les
expériences d’écriture automatique de la jeunesse, comme dans sa première
œuvre, Deuil pour deuil, publiée en
1924, lieu d’un moutonnement d’images – comme dans La Liberté ou l’Amour trois ans plus tard – entraînées les unes par
les autres, où l’on distingue une récurrence des motifs aquatiques, des
extraits d’humour noir.

Dans sa
poésie du quotidien – comme dans Le Vin
est tiré
–, Robert Desnos montre une conscience sociale ; il évoque
les espoirs d’un peuple, illustre la misère et la fraternité. C’est un désir de
liberté qui tout d’abord semble motiver le poète, qui tour à tour se manifeste dans
une poésie enthousiaste, généreuse, et à d’autres moments en une fureur de
révolté. Dans La Liberté ou l’Amour,
le poète, le regard posé sur le lointain, écrivait : « Je ne crois
pas en Dieu, mais j’ai le sens de l’infini. »

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