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Le surréalisme dans Domaine Public

Mais il ne faut pas oublier que parallèlement à son engagement résistant, Robert Desnos est avant tout un pionnier de la poésie surréaliste, aux côtés d’André Breton par exemple. Ainsi, nous pouvons retrouver cet aspect dans son poème Le dernier poème, qui clôture le recueil.
 

Le surréalisme, en poésie, se traduit par une utilisation abondante d’images, de métaphores, d’un lyrisme onirique et par la présence parfois déroutante de fractures dans le vers, ce qui peut engendrer parfois une interrogation chez le lecteur. La poésie surréaliste est très intimiste en ce qu’elle reflète tout d’abord un état d’esprit du poète à un moment précis, mû alors par une inspiration soudaine, livré à l’écriture spontanée… Les idées sont bien souvent difficiles à interpréter, car les surréalistes considéraient que l’expression des sentiments la plus juste qui soit, est celle que l’on atteint en dormant, en écrivant dans un état de semi-conscience. Ainsi, la production donnée est souvent très délicate à interpréter.

Ainsi, il appelle clairement au surréalisme dès le tout premier vers, en s’identifiant lui-même à un rêveur, en montrant tout d’abord que le cadre de l’expression de ses sentiments semble être une dimension onirique et non réelle. « J'ai rêvé tellement fort de toi ». Pour Desnos, le rêve semble être plus réel que la réalité physique. De plus, il n’évoque à aucun moment le physique, la réalité de la personne dont il parle, mais se focalise sur les ombres de celle-ci. Ce mot d’ombre est utilisé six fois pour un poème de huit vers, ce qui confère à celui-ci une dimension qui semble au-delà de l’atteinte de tout monde physique, matériel.

De plus, Desnos semble enfermé définitivement dans ce monde de l’ombre : il s’identifie à elle, et semble la considérer comme une entrave à l’amour. Il se fait ici porteur d’un paradoxe : à force de trop aimer, il ne lui reste plus rien d’autre qu’une empreinte. « …Tellement aimé ton ombre, Qu'il ne me reste plus rien de toi… » . Ainsi, l’auteur semble osciller constamment entre l’amour qui le dévore, et l’obsession de la finitude de cet amour.

Enfin, il semble se déclarer lui-même comme incapable d’aimer de manière ardente, vivante : en effet, il semble condamné à n’aimer que l’ombre, que l’empreinte, alors que l’objet de son amour demeure dans un monde vivant. Nous assistons ici à un second paradoxe puisque le début du poème peut nous porter à croire que la femme aimée est morte, et que seul le poète demeure en vie. Or, le dernier vers nous informe que celle-ci semble être encore bien vivante, mais que c’est le poète qui, lui, semble mort ! « D'être l'ombre qui viendra et reviendra / dans ta vie ensoleillée. ». Il est ainsi étrange de constater cette inversion qu’opère le poète au cours de son poème, mêlant puis séparant vie et mort, ombre et lumière, le tout baignant dans une atmosphère onirique qui caractérise bien le travail du surréaliste.

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