Domaine public

par

La voix: une dénonciation de la guerre

Parmi les poèmes de Domaine Public, La Voix est particulièrement intéressant en ce qu’il dénonce la guerre non d’une manière violente et agressive, mais en montrant son aspect vain d’une façon pacifique, et en inspirant la paix et l’espoir.
 

En effet, il est manifeste que l’auteur s’en prend à la situation de guerre dans son poème. Il l’évoque de manière élusive, allégorique, mais le lecteur n’est pas dupe pour autant. Celle-ci est racontée sous son aspect violent psychologiquement, par le biais de l’emploi récurrent du champ lexical de la nuisance sonore, de la brutalité du son, de ce que l’on entend. Desnos s’emploie à décrire une situation qui heurte l’oreille et fait souffrir l’esprit : il évoque « les tambours » qui dissimulent la voix qu’il s’efforce d’entendre, « les fracas de la vie et des batailles » qui empêchent à auteur et lecteur d’écouter la voix, symbolisant la violence faite à la fois sur le champ de bataille mais également infligée aux populations restées à l’arrière, par l’évocation de la vie quotidienne. Ici, il montre que la violence se manifeste non seulement parmi les soldats mais également sur les civils, par le biais des bombardements récurrents chez les Alliés comme du côté des forces de l’Axe, mettant en évidence cette cruauté gratuite à l’égard des populations innocentes. De plus, l’auteur s’emploie également à définir la guerre comme étant apocalyptique, la qualifiant d’ « écroulement » et de tonnerre ».
 

Cette dénonciation de la guerre comme milieu inhumain et insensé se double cependant d’un appel au pacifisme et à l’harmonie, et est d’ailleurs l’enjeu principal de ce poème. Le titre choisi porte sur le symbole de cet espoir, soutenu par cette voix qui continue de murmurer au poète que le printemps reviendra, que « la peine sera de courte durée », que « la belle saison est proche ». Toutefois, il faut préciser que cet appel est universel et ne s’adresse pas uniquement aux français, mais à tous : Robert Desnos vise cet objectif de paix pour tout le genre humain et oublie la discrimination causée par la guerre. Lorsqu’il emploie cette apostrophe : « Et vous ? Ne l’entendez-vous pas ? », il adresse au peuple en général un appel à la non-violence et à l’amour, en utilisant la deuxième personne du pluriel ; c’est un appel à une compréhension collective. Il montre ainsi sa foi dans le genre humain, sa confiance en l’homme et en ses capacités à pardonner et à aimer. La voix de Domaine Public est en cela un exemple primordial de poésie engagée mais pacifiste.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La voix: une dénonciation de la guerre >