Fables

par

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Jean de La Fontaine

Jean de
La Fontaine est un poète français né à Château-Thierry en 1621 et mort à Paris
en 1695. Il naît de parents âgés ; sa mère est issue d’une bonne maison et
son père est maître des eaux et forêts et capitaine des chasses.

Le jeune
Jean grandit dans une maison cossue de Château-Thierry, mais la région connaît
des troubles causés par les Lorrains, les Espagnols et les Allemands. Il est d’abord
– peut-être poussé par un goût pour la méditation, l’examen intérieur – novice
à l’Oratoire dès 1641, mais il y reste un an et demi à peine, incapable de
supporter quelque joug que ce soit.

Vers
1646, il fréquente les Chevaliers de la Table ronde, un cénacle de jeunes
avocats poètes dont il rejoint bientôt la profession, et dont l’amitié
perdurera toute sa vie – parmi eux, Furetière, Tallemant, Maucroix, La
Sablière. Il fréquentera aussi Racine et Boileau, même si des questions de
poétique l’opposent à ce dernier.

En 1652,
La Fontaine acquiert une charge de maître particulier triennal des eaux et
forêts ; en 1658, il hérite de son père deux charges similaires. Dans
l’exercice de ses fonctions, jusqu’en 1671, il observe les mœurs paysannes,
découvre leurs intérieurs, se fait le témoin de leurs épanchements. Il est le
seul poète de son temps à s’être de la sorte frotté à des vies rustiques.

La
Fontaine offre en 1658 le poème Adonis
à Fouquet ; il est composé de six cents alexandrins ; la légende
reprise d’Ovide constitue ici un petit exercice précieux, à l’ambition purement
ornementale, mais empreint d’un amour remarquable pour la grande poésie
antique. En 1661, Fouquet est arrêté et La Fontaine perd sa pension.

Deux ans
plus tard il est protégé par le duc de Bouillon, puis en 1664 il entre comme
gentilhomme au service de Marguerite de Lorraine.

Il fait
paraître ses premiers Contes en 1664
et les premières Fables en 1668. Les Contes constituent une œuvre licencieuse
composée de cinq livres et de soixante-quatre échantillons. Ici, La Fontaine ne
met en scène que des humains ; le récit est gaillard même si l’unité
d’action est respectée. Il s’agit d’une satire, mais qui n’oublie pas d’être
gaie. La longueur en varie entre l’épigramme, l’anecdote – format le plus
fréquent – et la nouvelle. L’écrivain parle entre autres thèmes d’amour, des
défauts humains comme la jalousie à l’occasion d’un portrait, le tout sur un
ton très libre, même quand il moralise. La matière de l’auteur provient de
Boccace, de l’Arétin, de l’Arioste, mais encore de Machiavel, de Rabelais. La
tournure scabreuse des histoires, dans un climat de pudibonderie, entraîne la
suppression du recueil de 1675 sur ordre du roi ; son succès se cantonne
donc, pour l’heure, aux sociétés libertines. Malgré des longueurs et des
absurdités – tant le nombre de contes est grand –, le style de La Fontaine s’y
fait généralement fin et élégant.

Comme
chacun sait, ce sont les animaux, cette fois, qui sont au centre de ses Fables. Elles se divisent en douze
livres dont les six premiers sont publiés en 1668 sous le titre de Fables choisies et mises en vers par M. de
La Fontaine
 ; le douzième livre ne paraît qu’en 1694, peu avant la
mort du poète. La Fontaine commence leur écriture dans un souci d’assagir son
image après que Louis XIV eut fait des remarques à Colbert au sujet de ses Contes. Le succès est tout de suite
immense ; La Fontaine est vu comme un nouvel Ésope, un nouveau Phèdre. Le
fabuliste s’est protégé en écrivant une épître dédicatoire, qui commence
l’œuvre, au fils de Louis XIV. Dans la préface, il fait part de son intention
morale : « L’apologue est composé de deux parties, dont on peut
appeler l’une le corps, l’autre l’âme. Le corps est la fable, l’âme la
moralité ». Le poète dit utiliser des animaux pour l’instruction des
hommes. Il défend même son œuvre dans le corps des poèmes comme dans
« Contre ceux qui ont le goût difficile ». Les fables s’attachent à
défendre certaines valeurs, citons pour exemple « La Poule aux œufs
d’or », qui prône la circonspection, la constance dans l’effort. Le
dessein est parfois plus grand, comme dans celle qui commence le Livre VII,
« Les Animaux malades de la peste », fable dramatique qui s’affirme
comme une satire de l’humanité, à la peinture vive et aux sentiments forts et
réalistes. Les sources du fabuliste sont multiples, car La Fontaine est un
grand lecteur, entre Ésope, Phèdre, Ignatius Magister, Aviénus, Horace, les fabliaux
du Moyen Âge, le Roman de Renart, l’Ysopet de Marie de France, les
fabulistes du XVIème : Abstémius, Gilbert Cousin, Faërne, Guillaume
Guéroult et Guillaume Haudent, Gilles Corrozet, mais encore Marot, Bonaventure
Des Périers, Régnier, Rabelais, et les fables orientales qui paraissent en
France au XVIIème siècle, dont Le Livre
des Lumières
qu’on attribue au sage Pilpay. Toutes ces influences sont
mêlées par La Fontaine qui sait parfaitement marier le goût ancien au goût
moderne.

À la
variété des influences, s’ajoute celle des genres, car les fables éclosent à
l’occasion de discours, de contes, d’idylles, d’élégies, de dissertations,
entre drame et comédie. La fable « L’Hirondelle et les Petits
Oiseaux », par exemple, est même divisée en actes, pour mieux en exposer
la fatalité.

Si La
Fontaine ne s’attaque pas à la monarchie en tant que telle – même s’il met en avant
les insuffisances du souverain absolu –, il condamne sévèrement les abus des
grands seigneurs, l’exploitation des pauvres.

Du point
de vue lexical, les Fables sont très
riches ; l’auteur cherche la justesse et n’exclut pas le jargon des
métiers, celui de la vénerie, les expressions du peuple, les locutions vieillies
ou les mots provinciaux, et va jusqu’au néologisme. La métrique elle aussi est chamboulée,
entre une césure qui voyage et les multiples enjambements ; La Fontaine est
d’ailleurs considéré comme l’inventeur du vers libre.

À côté
des Fables et des Contes, La Fontaine publie également de
nombreux poèmes dans tous les genres : ballades, rondeaux, odes, épitaphes,
épigrammes, etc. Le poète se montre d’une pluralité rare et met parallèlement
en œuvre, par exemple, le Recueil de
poésie chrétiennes
.

Mais si
La Fontaine a si longuement rechoisi les formats de la fable et du conte, c’est
parce qu’il tenait à sa liberté, et ces genres non codifiés lui permettaient de
déployer sa singularité. Dans ses fables, il se fait tour à tour historien, homme
politique, philosophe ; il peut se permettre l’épopée comme la méditation
lyrique.

En 1673
La Fontaine devient l’hôte de Mme de La Sablière, entourée d’une brillante
compagnie où La Fontaine peut observer des hommes savants venus de toutes les
disciplines. Ses essais au théâtre s’achèvent funestement. Il fréquente des
gens de tous milieux, on le retrouve partout : chez les fidèles du roi
comme chez les disgraciés. En 1683 ses Fables
lui ont ouvert les portes de l’Académie française ; le roi l’a adoubé et
l’a reçu.

À
l’occasion du scandale provoqué par le Dictionnaire
de Furetière, il se range contre son vieil ami avec violence, tandis que la
querelle des Anciens et des Modernes le voit hésitant.

À
l’approche de la mort, en 1693, il confesse ses fautes en présence d’une
députation de l’Académie, mais son esprit n’a pas vieilli et apparaît intact
dans ses lettres adressées à Maucroix. Mme de La Sablière est morte il y a peu
et il meurt à son tour en 1695 chez les riches époux d’Hervart.

Du poète
Balzac dit qu’il est « le seul qui n’ait point expié le don de son génie
par le malheur. Mais aussi sut-il cultiver la muse pour la muse elle-même et,
loin d’escompter avidement ses inspirations en applaudissements fugitifs, en
richesses, en honneurs, il se crut assez payé par les délices de l’inspiration
et il en trouva l’extase trop voluptueuse pour la quitter et se jeter dans les embarras
de la vie ! »

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