Fables

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Présentation et résumé

Les Fables de La Fontainesont les courts récits les mieux partagés du patrimoine littéraire français.Nul ne les ignore, elles font partie de l’inconscient collectif des paysfrancophones en raison de la sagesse malicieuse de leur propos et de la rigueurintemporelle de leur style classique.

La Fontaine a publié ses fables entre 1668 et 1694, sous le règne duroi Louis XIV. Écrites en vers, elles sont au nombre de deux centquarante-trois. Elles se concluent par une morale, qui se trouve parfois entête de la fable et se voit ensuite illustrée par le récit. Elles sont publiéesen trois recueils : le premier est dédié au Dauphin, fils du roi, cesfables ont donc un rôle pédagogique et moralisateur ; le deuxième recueil estdédié à Madame de Montespan, la maîtresse du souverain ; enfin, letroisième recueil est dédié au petit-fils de Louis XIV. La Fontaine place doncses fables sous les plus hauts patronages, ce qui ne les a pas empêchées d’êtreconnues très vite dans les classes non aristocratiques de la société.

La plupart de ces fables mettent en scène des animaux. Ceux-ci secomportent comme des hommes et épousent leurs qualités et leurs travers. Onretrouve même des animaux qui symbolisent des valeurs : le lion (lapuissance, la force, le pouvoir) ; l’âne (la sottise, la faiblesse, lalâcheté) ; l’agneau (l’innocence) ; le renard (la ruse) ; lechien (la fidélité), etc. Une liste complète serait bien longue. On rencontreaussi des hommes, stéréotypes peu profonds destinés à illustrer leur conditionsociale ; nombre d’entre eux appartiennent au petit peuple : untel estbûcheron, l’autre marchand, ou savetier, meunier, financier ; telle paysanneest par exemple mise en scène en train de porter son lait au marché. Tous cespersonnages sont invoqués par La Fontaine non pas uniquement dans le but dedivertir mais également celui d’instruire. Ils participent à de petites leçonspédagogiques dont la morale doit éclairer le chemin du lecteur.

La Fontaine a principalement puisé dans les œuvres des fabulistes quil’ont précédé, sa grande culture lui a ouvert les portes de la traditionindienne ancienne, mais il s’est surtout inspiré des grands auteurs antiques :les latins (Horace, Tite-Live, Phèdre) et Ésope. Ainsi, La Fontaine a bâti uneœuvre totalement personnelle qui a traversé les siècles. En effet, il ne s’estpas livré à un simple travail de réécriture, il a repris ses modèles de façon àdonner à ses écrits une valeur adéquate au Dauphin, destiné à diriger unroyaume, certes, mais leur portée va beaucoup plus loin et touche tous leshommes quelle que soit leur condition.

La preuve en est que les fables de La Fontaine sont encore aujourd’huicitées en référence quand on veut définir, décrire ou stigmatiser tel ou telcomportement : « C’est la grenouille qui veut se faire aussi grosse quele bœuf » dira-t-on d’un individu animé par une ambition démesurée ; «Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », phrasedevenue proverbe qui nous invite à la prudence ; « Selon que vous serezpuissant ou misérable… », murmurons-nous en apprenant qu’unepersonne a échappé à la justice, justement parce c’est un puissant ; « Vouschantiez ? J’en suis fort aise. Et bien dansez maintenant » peut-on lancerà celui ou celle qui n’aura pas su épargner en prévision des mauvais jours. Lesvers de La Fontaine ont atteint un suprême honneur : on les citequotidiennement sans même savoir qu’un homme de lettres, gentilhomme etacadémicien d’autrefois, les a fait naître de sa plume. Ses vers font partie dupatrimoine linguistique et très rares sont les auteurs qui ont connu un telhonneur. Au fil des siècles et des publications, les plus grands artistes sesont disputé l’honneur de les illustrer ; de Gustave Doré à Chagall,nombreux sont ceux qu’elles ont inspirés.

Qu’on prenne garde à ne pas lire les fables de La Fontaine commel’œuvre d’un courtisan flagorneur qui aurait voulu flatter l’orgueil d’unmonarque mécène. Bien au contraire, La Fontaine était un esprit libre,courageux, fidèle en amitié, qui n’hésita pas à rester aux côtés de sonprotecteur déchu, Nicolas Fouquet, quand cette fidélité aurait pu lui coûtertrès cher, la disgrâce voire l’emprisonnement. À travers ses fables, LaFontaine donne au jeune Dauphin de précieuses leçons de sagesse, degouvernement et d’humanité. La Fontaine livre plus généralement au lecteur desparaboles à la démonstration imparable, à la morale subtile, dans un style d’unclassicisme irréprochable, tout en sachant conserver une chaleur et une humanitéqui les rendent accessibles aux plus jeunes, même si une compréhension plusfine de leur propos, pour beaucoup de textes, ne vient souvent qu’avec lesannées.

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