Fantasio

par

Le sacrifice

Comme nous l’avons souligné plus haut, les deux principaux thèmes de notre corpus sont le sacrifice et le travestissement. Le personnage qui incarne le premier thème c’est la princesse Elsbeth. Jeune femme au grand cœur, elle aime son peuple et est prête à épouser un homme qu’elle ne connaît pas afin de maintenir cette paix qu’elle chérit. Même si son père est trop bon pour lui imposer de se sacrifier à la raison d’Etat, Elsbeth s’offrira d’elle-même en sacrifice, elle acceptera les devoirs qu’elle se croit imposés par sa situation de fille de roi. Son sens du devoir attriste Fantasio, brise le cœur de sa gouvernante et force l’admiration de son père et du lecteur. Sa gouvernante la compare d’ailleurs à l’agneau pascal (p.25).  Face à sa tristesse apparente, son père veut savoir, bien qu’il se doute de sa réponse, son opinion sur son mariage imminent. Elle lui avoue son déchirement, mais en véritable cœur noble, elle est prête à se sacrifier pour maintenir la paix naissante. Dans Fantasio la solitude donne lieu à des voltiges psychologiques, l’impénétrabilité est déjouée par les jeux du déguisement et du hasard. « ELSBETH. Je pense qu’il est prince de Mantoue, et que la guerre recommencera demain entre lui et vous, si je ne l’épouse pas. LE ROI. Cela est certain, mon enfant. ELSBETH. Je pense donc que je l’épouserai, et que la guerre sera finie. » . Fort heureusement pour Elsbeth, elle n’aura pas à s’emprisonner dans cette union qui ne l’enchante pas. Ce sacrifice, inspiré par l’idée chrétienne qu’on doit immoler l’amour à des devoirs plus hauts paraît un monstrueux sacrilège à Musset qui se déguise en Fantasio le bouffon pour révéler la vérité à la princesse : elle n’aimera jamais le prince et son geste fatal – il harponne la perruque du prince de Mantoue – a des conséquences funestes : « la guerre est déclarée ».

Par le biais de cette comédie, Musset invite le spectateur à réfléchir à la conception de la pièce, tout en insinuant qu’un message désespéré et lucide ne peut exister que grâce au jeu, au déguisement, au théâtre. Les dernières paroles d’Elsbeth révèlent la supériorité de la vérité dramatique sur les mensonges de la vie : « Le jour où tu t’ennuieras d’être poursuive par tes créanciers, viens te cacher dans les bluets où je t’ai trouvé ce matin ; aie soin de reprendre ta perruque et on habit bariolé ; ne parais jamais devant moi sans cette taille contrefaite et ces grelots d’argent, car c’est ainsi que tu m’as plu : tu redeviendras mon bouffon pour le temps qu’il te plaira de l’âtre, et puis tu iras à tes affaires. Maintenant tu peux t’en aller, la porte est ouverte. ».

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