Fantasio

par

Le travestissement

Le second thème prédominant de notre œuvre est le travestissement. Les deux personnages les plus représentatifs de ce thème sont Fantasio et le prince de Mantoue. Le premier, dégoûté de sa vie et à la suite d’une boutade d’un des porteurs du cortège d’enterrement de Saint-Jean (« LES PORTEURS. Sa place est vacante, vous pouvez la prendre si vous voulez. […] FANTASIO. C’est un conseil d’ami que m’a donné cet homme, et que je vais suivre à l’instant. » (p.17)) décide de se déguiser à la manière du défunt bouffon Saint-Jean ; le second se fait passer pour un simple aide de camp afin de s’enquérir personnellement et discrètement du caractère et de la réputation de sa future épouse.

Néanmoins, le travestissement de l’un se déroule mieux que celui de l’autre. En effet, Fantasio a aisément obtenu le poste de bouffon et n’a pas laissé la princesse indifférente lors de leur première rencontre. Un simple déguisement permet de franchir les frontières. Il ne plus un jeune Munichois mais un « Phantasio », un spectre, une « incarnation désincarnée ». La princesse voit en lui un fantôme surgi du passé. « Il me semple qu’il y a quelqu’un derrière ces  bosquets. Est-ce le fantôme de mon pauvre bouffon que j’aperçois dans ces bluets, assis sur la prairie ? Répondez-moi ; qui êtes-vous ? que faites-vous là, à cueillir ces fleurs ? ».

Pourtant, le prince déguisé en aide de camp n’est guère apprécié par le roi qui interroge Marinoni, déguisé en prince, sur son aide de camp : « Cet aide de camp est un imbécile, mon ami ; que pouvez-vous faire de cet homme-là ? » (p.30). Le prince se rend compte du déplaisir qu’il provoque chez le Roi : « Jusqu’ici tout va au gré de mes souhaits ; le père me paraît un grand roi, quoique trop sans façon, et je m’étonnerais si je ne lui avais plu tout d’abord. ». Il a encore moins de succès avec la princesse qui le rabroue sans ménagement.

Pendant que le prince déchante, Fantasio est enchanté. Celui, que Spark trouvait misanthrope et gris est épanoui dans sa nouvelle vie de bouffon : « ELSBETH. Ainsi donc, tu es un heureux fou ? FANTASIO. Très heureux. » (p.38). Il s’intéresse même à la princesse et semble préoccupé par sa tristesse. Il pousse la raillerie trop loin et va jusqu’à décoiffer à l’aide d’une canne à pêche Marinoni déjà déguisé en prince.

La réaction de la princesse lorsqu’elle apprend par sa gouvernante que le prince (Marinoni) n’est pas le prince et que le véritable souverain de Mantoue se fait passer pour quelqu’un d’autre, montre définitivement que Fantasio ne la laisse pas indifférente. En effet, elle conclut que c’est le nouveau bouffon du Roi, qui a touché son cœur, le prince de Mantoue. Elle se rend en prison et découvre sans déguisement de bouffon, Fantasio. Il lui avoue la vérité. Elle décide de lui donner un montant équivalent à ses dettes et souhaite le garder pour bouffon car grâce à lui son mariage n’aura pas lieu. Elle est heureuse d’être libérée de cette union qui ne l’enchantait pas même si elle est triste que la guerre entre Mantoue et Bavière soit déclarée.

 

Cette pièce de théâtre constitue un magnifique poème en prose. Les personnages inspirent chacun à leur manière de la poésie ; bien sûr certains plus que d’autres. Fantasio notamment, dont presque toutes les répliques sont de la pure poésie et des remarques corrosives. La fin de cette œuvre laisse place à l’imagination. La gouvernante qui s’étonne que le prince de Mantoue soit partie sans qu’elle n’ait véritablement vue son visage et la princesse Elsbeth qui maintient Fantasio dans sa charge de bouffon, s’il le désire, laisse place à l’imaginaire, que sera la suite de la vie de Fantasio ; Mantoue ou Bavière qui remportera la guerre ? Une chose est sûre le dicton est plus que jamais vraie : « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas ». De personnage gris et misanthrope, Fantasio trouve le bonheur dans le travestissement. Chacun a droit au bonheur, il suffit de chercher ce qui le procure.

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