Fin de partie

par

L’ambigüité de l’absurde

Le mot « absurde » vient du latin absurdus qui signifie « dissonant » (« drame et art dramatique», Encarta). C'est le caractère de ce qui est contraire et échappe à toute logique ou qui ne respecte pas les règles de la logique. C'est avant tout un degré de comique très élevé. Il signifie ce qui n'est pas en harmonie avec quelqu'un ou quelque chose, par exemple, une conduite absurde est un comportement anormal, un raisonnement absurde est un raisonnement complètement illogique.

L’absurde c’est également une philosophie et un courant littéraire. Selon Pierre Brunel, on peut définir le but de l’absurde en littérature ainsi :

Questionner et contester les conventions traditionnelles de la société par le biais de l’humour. [De plus] Le sentiment de l’absurdité de la condition humaine ainsi qu’un extrême pessimisme étaient déjà présents chez le philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860).

(Brunel : 2004)

Seulement, ce sentiment remonte à encore plus loin. En effet, Salomon, couronné Roi d’Israël vers 970 avant Jésus-Christ, fait remarquer que « […] tout est vanité et poursuite du vent, et il n’y a aucun avantage à tirer de ce qu’on fait ici bas » (Ecclésiastes, 2 :11 ». Il ajoute « Et j’ai haï la vie, […] car tout est vanité et poursuite du vent » (Ecclésiastes, 2:17). Pour Salomon, la vie que nous menons ici bas est vaine, absurde car l’on ne peut rien en tirer. Revenons à présent à Schopenhauer dont la philosophie va largement influencer les philosophies existentielles, notamment celles des écrivains français Jean-Paul Sartre (1905-1980) et Albert Camus (1913-1960). Camus fut révélé en 1942 au public par L'Étranger, dans lequel « Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir virent une sorte de manifeste de l'existentialisme. » (Brunel : 2004). Ces philosophies existentialistes ont inspirés certains dramaturges des années cinquante et soixante, comme Beckett, Ionesco, Albee ou Pinter, et leurs œuvres sont classées sous le théâtre de l’absurde.

Dans Fin de Partie, cette immutabilité se traduit surtout par les thèmes de la monotonie, du perpétuel recommencement et du perpétuel questionnement car même si les personnages de Fin de Partie vivent dans une routine quotidienne et sont conscients de l’absurdité des inepties qui constituent leurs existences, ils essaient néanmoins d’en réchapper. Il cherche à comprendre pourquoi la vie est ce qu’elle est : vaine, absurde et monotone. Pour fuir cette existence, il faut d’abord la comprendre. Ainsi, tout commence par une question qui vient rompre la continuité de la chaîne quotidienne : aussi bien « Qui suis-je ? » « Où suis-je ? » « Où vais-je ? » et « d'où suis-je tiré ? » de Voltaire que le simple « Pourquoi ? » Ce besoin de rompre avec la continuité de la chaîne et la routine quotidienne est une caractéristique de l’absurde présente dans la pièce.

Si les personnages beckettiens se questionnent, ils sont néanmoins loin de pouvoir donner un sens à leur existence absurde. Peut être est-ce à cause des limites des mots. En effet, il est paradoxal que les dramaturges de l’absurde veuillent exprimer rationnellement l'irrationnel et user d’un discours logique pour suggérer l'absurde qui par définition même, échappe à la logique. Dès lors que l’on prend en compte ce caractère illogique de l’absurde, la crise du langage parait inévitable, d'autant plus que le sentiment de l'absurde révèle les tares des mots, notre instrument de communication. Dans son essai sur Proust, Samuel Beckett juge que :

La tentative de communiquer là où nulle communication n'est possible est une pure singerie, une vulgarité ou une abominable comédie, telle que la folie qui tiendrait conversation avec le mobilier ». (Brunel : 2004)

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