Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, autrement dit Amérique

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Résumé

Dans la préface de l’ouvrage, Jean de Léry commence par expliquer les raisons qui l’ont poussé à écrire longtemps après son voyage en Amérique. Après la perte de son manuscrit en 1563 et en raison des troubles accompagnant les guerres de religion en France, il est obligé d’abandonner ses livres. Son second recueil est à son tour perdu mais il retrouve le premier texte. Il explique avoir entamé l’écriture de son ouvrage pour corriger les erreurs et les médisances avancées par le colon Thevet au sujet des réformés. L’auteur passe en revue ce qu’il dénonce comme les calomnies de Thevet et livre pour chacune d’elles sa vision des choses. Ainsi, Thevet ne peut pas accuser les réformés d’avoir mis en danger la colonie ou de l’avoir empêché d’évangéliser les sauvages car il n’était pas présent au moment des faits. Jean de Léry accuse Thevet de mélanger les événements et d’inventer des contre-vérités, notamment concernant l’identité et la mort de trois martyrs protestants. En s’appuyant sur la lettre de Nicolas de Villegagnon à Jean Calvin, Jean de Léry défend les réformés, remet en cause la crédibilité de Thevet et ironise sur son ignorance et sa démarche consistant à rapporter des informations erronées ou inventées.

Dans la suite de la préface, Jean de Léry présente son livre et commence par indiquer que, contrairement à l’opinion générale qui stipule que les hommes ont naturellement une religion, les Indiens n’ont pas de religion et vivent sans divinité. Ensuite, Jean de Léry introduit les chapitres de son ouvrage qui contient, selon lui, des choses « prodigieuses ». Anticipant d’éventuelles critiques, il précise qu’il ne maîtrise pas le lexique de la navigation et que son style d’écriture n’est pas exceptionnel, mais il revendique son indépendance et défend son choix d’utiliser la première personne dans son récit.

 

Chapitre I : Du motif et occasion qui nous fit entreprendre ce lointain voyage, en la terre du Bresil.

Jean de Léry commence son ouvrage par une présentation de l’histoire de la colonie. Il rappelle le projet initial de 1555 mené par Villegagnon qui souhaitait créer une colonie pour les protestants persécutés. Ensuite, l’auteur évoque sa décision de rejoindre Villegagnon sur l’île.

 

Chapitre II : De nostre embarquement au port d’Honfleur, pays de Normandie : ensemble des tourmentes, rencontres, prinses de navires, et premieres terres et isles que nous descouvrismes.

Le 20 novembre 1557, Jean de Léry embarque au port d’Honfleur en Normandie en direction de l’Amérique. L’auteur rapporte que les marins prennent l’habitude d’aborder tous les bateaux qu’ils croisent. Après des tempêtes particulièrement dangereuses, ils font escale aux îles Canaries.  

 

Chapitre III : Des Bonites, Albacores, Dorades, Marsouins, poissons volans, et autres de plusieurs sortes que nous vismes et prismes sous la zone Torride.

L’auteur consacre le début de ce chapitre à la description des différents types de poissons croisés, notamment les bonites, les albacores, les dorades et les poissons volants. Jean de Léry en profite pour louer l’expérience qu’il a vécue et les connaissances qu’elle lui a permis d’acquérir, critiquant au passage les sédentaires. Pour l’auteur, le savoir acquis par les livres ne vaut pas l’expérience riche et unique du voyage. Enfin, il rectifie l’idée des Français au sujet du lard de marsouin qu’ils pensent acheter.    

 

Chapitre IV : De l’Equateur ou ligne Equinoctiale : ensemble des tempestes, inconstances des vents, pluye infecte, chaleurs, soifs et autres incommoditez que nous eusmes et endurasmes aux environs et sous icelle.

 

Jean de Léry poursuit son récit de la navigation et son compte-rendu détaillé des événements à bord. L’équipage doit affronter plusieurs épreuves successives, notamment des vents puissants, une pluie « infecte » et une chaleur étouffante. De plus, les hommes doivent faire face à la soif et à l’avarie des provisions. Ensuite, Jean de Léry critique de nouveau les sédentaires qui préfèrent le confort du quotidien et insiste sur l’importance de l’expérience comme outil de connaissance plus efficace que la théorie. Enfin, il souligne les difficultés de navigation au niveau de la ligne de l’équateur, puis termine en citant de nouveaux types de poissons rencontrés.

 

Chapitre V : Descouvrement et premiere veue que nous eusmes, tant de l’Inde Occidentale ou terre du Bresil, que des sauvages habitans en icelle : avec tout ce qui nous advint sur mer, jusques sous le Tropique de Capricorne.

 

Arrivés à proximité des côtes brésiliennes, les marins hésitent d’abord à s’approcher, craignant une attaque de la part des sauvages cannibales qui y habitent. Les premiers qui viennent à leur rencontre se présentent nus. Jean de Léry décrit leur façon comique de porter des chemises qui ne cachent pas leurs postérieurs. Après être passés à proximité de plusieurs tribus d’Indiens sauvages, ils sont bien accueillis par ceux qui sont alliés aux Français. Jean de Léry évoque avec ironie les marins qui se permettent de manger pendant le carême. Le chapitre se referme sur l’arrivée de l’équipage sur l’île de Villegagnon.

 

Chapitre VI : De nostre descente au fort de Colligny, en la terre du Bresil : du recueil que nous y fit Villegagnon : et de ses comportemens, tant au faict de la Religion qu’autres parties de son gouvernement en ce pays-là.

 

À leur arrivée au fort de Colligny, Jean de Léry et ses compagnons sont accueillis par Villegagnon qui prononce un long discours, remerciant Dieu pour leur arrivée et faisant une prière engouée. Ensuite, et après avoir mangé un mauvais repas, les nouveaux arrivants se mettent au travail. Villegagnon fait deux oraisons protestantes et montre son pessimisme vis-à-vis des Indiens qu’il considère comme les descendants de Satan. Par ailleurs, il accuse ouvertement le Christ d’idolâtrie et de papisme mais nie sa présence physique dans l’eucharistie. Ensuite, les réformés et Villegagnon s’opposent au sujet de l’eucharistie, Léry développe le sujet puis s’accorde avec Villegagnon concernant la dénonciation des métissages. Aussi, il défend le militaire français contre les accusations de grivoiserie.

À l’occasion d’un second repas, Villegagnon discute avec son ami Cointa au sujet des Évangiles, mais se perd dans de fausses interprétations. Ensuite, sans explications, il revoit le jugement qu’il porte sur Calvin et soudain fait preuve d’une extrême violence et de nervosité. C’est alors que la dispute éclate avec les réformés qui sont poussés à quitter l’île après huit mois afin de vivre parmi les sauvages pendant deux mois.

 

Chapitre VII : Description de la riviere de Ganabara, autrement dite Genevre en l’Amerique : de l’isle et fort de Colligny qui fut basti en icelle : ensemble des autres isles qui sont és environs.

 

Dans ce chapitre, Jean de Léry décrit la rivière de Ganabara et détaille le profil de la côte et des îles de la baie. Ensuite, il déconstruit le mythe inventé par Thevet au sujet de l’existence d’une ville imaginaire sur la rive gauche de la rivière. Enfin, il décrit une baleine échouée sur la côte.

 

Chapitre VIII : Du naturel, force, stature, nudité, disposition et orne-mens du corps, tant des hommes que des femmes sauvages Bresiliens, habitans en l’Amerique, entre lesquels j’ay frequenté environ un an.

 

Jean de Léry poursuit son récit en s’intéressant ici aux corps des sauvages. Il décrit leur force naturelle et la nudité de leurs femmes. Il évoque avec nostalgie les Indiens qui lui manquent et qu’il ne peut décrire. Enfin, il rejette l’idée selon laquelle la nudité des sauvages les incite à la débauche, puis il condamne les excès inverses des Européens. 

 

Chapitre IX :Des grosses racines, et gros mil, dont les sauvages font farine qu’ils mangent au lieu de pain ; et de leur bruvage qu’ils nomment Caou-in.

 

Dans ce chapitre, Jean de Léry décrit la nourriture des sauvages, à base notamment de manioc et de maïs. Il souligne la fertilité des terres et décrit leurs festivités joyeuses. Il raconte en particulier l’histoire d’Indiens qui se saoulent en buvant du vin d’Espagne. Ensuite, Jean de Léry et ses compagnons essaient de faire du caouin (breuvage local) en pilant les racines au lieu de les mâcher, mais leur tentative se solde par un échec.

 

Chapitre X : Des animaux, venaisons, gros lezards, serpens, et autres bestes monstrueuses de l’Amerique.

 

Jean de Léry poursuit son récit en décrivant les animaux observés sur place, notamment les lézards, les serpents et autres bêtes « monstrueuses », classés suivant l’ordre de leur qualité alimentaire.

 

Chapitre XI : De la varieté des oyseaux de l’Amerique, tous differens des nostres : ensemble des grosses chauves-souris, abeilles, mousches, mouschillons, et autres vermines estranges de ce pays-là.

 

Jean de Léry souligne la stupidité des Indiens qui pensent que le fait de manger un oiseau lent ralentirait le rythme de leur marche. Ensuite, il s’intéresse aux différentes variétés d’oiseaux de l’Amérique et se montre admiratif leurs beaux plumages. Il s’émerveille devant un perroquet qui obéit aux ordres d’une femme sauvage. Par ailleurs, il évoque la présence de chauve-souris, d’abeilles et de mouches, toutes différentes de celles qu’on rencontre en Europe. Enfin, il note que les Indiens pensent que les oiseaux sont les messagers de leurs ancêtres, ce que prouveraient leurs chants. Néanmoins, il observe que cette croyance est plus supportable que celle du retour des âmes.

 

Chapitre XII : D’aucuns poissons plus communs entre les sauvages de l’Amerique : et de leur maniere de pescher.

 

Dans ce chapitre, Jean de Léry évoque les poissons consommés sur place en précisant leur goût. Il décrit notamment la façon de pêcher des sauvages et relate un épisode comique au cours duquel il aperçoit des sauvages en train de nager après le renversement de leur barque. Enfin, il rapporte le récit fantastique d’un Indien qui prétend avoir vu une sirène. 

 

Chapitre XIII : Des arbres, herbes, racines, et fruicts exquis que produit la terre du Bresil.

 

Jean de Léry décrit le bois du Brésil et explique la façon dont il est coupé tout en signalant que les Indiens sont exploités dans le cadre de cette industrie. Ensuite, il fait la rencontre d’un vieux sage qui s’étonne que les Européens viennent d’aussi loin pour chercher du bois, et qu’il juge bien plus barbares que les sauvages. Jean de Léry décrit également les arbres et les fruits, et il loue la qualité du climat. Il fait notamment l’éloge de l’ananas et évoque la qualité du tabac. Il en conclut que l’Amérique est un vrai don du ciel et qu’il faudrait en remercier Dieu, ce que les Indiens ne peuvent malheureusement pas comprendre.

 

Chapitre XIV : De la guerre, combats, hardiesse, et armes des sauvages de l’Amerique.

 

Dans ce chapitre, Jean de Léry décrit l’organisation de la guerre et explique la logique des blocs alliés et ennemis. Aussi, il explique que la vengeance est le seul motif de la guerre ici et que les Indiens ne se battent jamais pour des richesses matérielles ou des terres. Après une critique de Machiavel et de ses disciples, l’auteur détaille les étapes de la guerre, du discours initial des vieux sages jusqu’à la capture des prisonniers, en passant par la description de l’armement, des stratégies. S’il souligne la violence des combats, Jean de Léry est toutefois ébahi devant la beauté du spectacle offert par les scènes de guerre.

 

Chapitre XV : Comment les Ameriquains traitent leurs prisonniers prins en guerre : et des ceremonies qu’ils observent à les tuer et à les manger.

 

Jean de Léry commence par évoquer la façon dont les Indiens engraissent leurs prisonniers de guerre avant d’organiser une grande fête précédant l’exécution des captifs. L’auteur note le courage du prisonnier qui s’apprête à être tué. Ensuite, il décrit les détails du rite de l’exécution et raconte l’anecdote d’une femme qui refuse de se convertir avant de mourir. Après l’exécution, le corps du prisonnier est préparé à la façon d’un cochon. L’auteur souligne la gourmandise des vieilles dames et note le refus des chrétiens de participer à la cérémonie. Enfin, il établit un parallèle entre le rite anthropophage des Indiens et les massacres des catholiques.

 

Chapitre XVI : Ce qu’on peut appeler religion entre les sauvages Ameriquains : des erreurs, où certains abuseurs qu’ils ont entr’eux, nommez Caraibes, les detiennent : et de la grande ignorance de Dieu où ils sont plongez.

 

Contrairement à l’idée générale que tous les peuples ont une divinité, Jean de Léry indique que les Indiens en sont dépourvus : ils ne font pas de prières et ne disposent pas d’écritures sacrées. Il en profite pour faire l’éloge de l’écriture qui permet de connaître et de prendre conscience de l’existence de Dieu, mais se montre pessimiste concernant les Indiens, dont le salut semble impossible. Par ailleurs, Jean de Léry critique leurs rites et s’interroge sur la possibilité de les convertir. Aussi, il relate un épisode au cours d’une promenade : touché par la splendeur d’un paysage, il commence à chanter un psaume, suscitant la curiosité des Indiens. Enfin, l’auteur s’interroge sur leur origine et conclut qu’ils descendent de Cham, le fils maudit de Noé, et que par conséquent ils ne peuvent pas être sauvés. Leur situation désespérée renforce sa foi.

 

Chapitre XVII : Du mariage, Polygamie, et degrez de consanguinité, observez par les sauvages : et du traitement de leurs petits enfans.

 

Dans ce chapitre, Jean de Léry décrit les règles du mariage chez les Indiens. Il note que les femmes ne sont pas jalouses entre elles mais que l’adultère féminin est puni. Par ailleurs, il évoque l’homosexualité présente parmi les hommes. Ensuite, il fait le récit détaillé d’une naissance et observe que les Indiens s’occupent des enfants mieux que les Européens. Enfin, il note que les Indiens sont assez pudiques quand ils ont des rapports sexuels.

 

Chapitre XVIII : Ce qu’on peut appeler loix et police civile entre les sauvages : comment ils traitent et reçoivent humainement leurs amis qui les vont visiter : et des pleurs, et discours joyeux que les femmes font à leur arrivée et bien venue.

 

Jean de Léry observe l’harmonie qui règne dans la société des Indiens. Il procède à une description détaillée de leurs villages et de leurs maisons, en évoquant notamment les meubles, les ustensiles de cuisine et la vaisselle qu’ils utilisent. Il raconte ensuite l’épisode d’une nuit où il demeure éveillé de peur d’être mangé, avant de se rendre compte que ses craintes étaient vaines. Il précise que les Indiens ont l’habitude d’accueillir les étrangers avec des pleurs et de porter ceux qui sont fatigués. Grâce à leur charité et leur bonté, les Indiens sont plus dignes de confiance que les Français. Enfin, l’auteur relate un épisode où s’était faite jour une tension suite à une opération de troc ratée.

 

Chapitre XIX : Comment les sauvages se traitent en leurs maladies ensemble de leurs sepultures et funerailles : et des grands pleurs qu’ils font apres leurs morts.

 

Dans ce chapitre, Jean de Léry s’intéresse aux maladies des Indiens et notamment la maladie connue sous l’appellation « le Pians », qu’il présente comme résultant de leur paillardise. Ensuite, il décrit leur pratique du deuil et donne des informations concernant leurs sépultures et leurs funérailles. Enfin, il évoque leur rite singulier consistant à laisser des offrandes aux morts.

 

Chapitre XX : Colloque de l’entrée et arrivée en la terre du Bresil, entre les gens du pays nommez Tououpinambaoults et Toupinenkin : en langage sauvage et François.

 

Probablement écrit par une tierce personne (Léry a été accusé par Thevet de plagiat), ce chapitre se présente sous la forme d’un lexique bilingue entre le français et le tupi, langue des Indiens locaux. Par ailleurs, l’auteur cite les noms des villages où il a eu l’occasion de se rendre.

 

Chapitre XXI : De nostre departement de la terre du Bresil, dite Amerique : ensemble des naufrages et premiers perils que nous eschapasmes sur mer à nostre retour.

 

Dans ce chapitre, Jean de Léry évoque leur départ d’Amérique et mentionne la lettre calomnieuse transmise par Villegagnon au capitaine. Léry présente Villegagnon comme responsable de l’échec de la colonie. Après le départ, l’auteur est envahi par un sentiment de nostalgie de l’Amérique. Après avoir traversé des voies d’eau, Léry est sur le point de faire demi-tour et de retourner sur l’île, mais il se ravise et se trouve sauvé par la Providence. Dans le même temps, les trois réformés qui souhaitaient rentrer sont morts en route. L’auteur détaille les conditions du voyage ainsi que les différentes nouvelles épreuves traversées en mer, notamment les risques de naufrage, la traversée de la mer des Sargasses ainsi qu’une explosion accidentelle.

 

Chapitre XXII : De l’extreme famine, tormente, et autres dangers, dont Dieu nous delivra en repassant en France.

 

Alors que la famine sévit à bord, les marins sont obligés de manger n’importe quoi. Jean de Léry établit un parallèle avec le siège de Sancerre. Après un long périple, ils finissent tout de même par arriver et toucher terre. Malgré la transmission d’une lettre accusatrice de Villegagnon, les autorités ne prennent aucune mesure à son égard. Jean de Léry referme son ouvrage en évoquant les trois réformés qui sont revenus vers Villegagnon puis en louant la bonté divine qui l’a protégé et l’a maintenu en vie après tant d’épreuves.

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