Idée d'une histoire universelle

par

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Emmanuel Kant

Chronologie

 

1724 :
Emmanuel Kant (Immanuel en allemand) naît
à Königsberg, capitale de la
Prusse-Orientale, dans un milieu très modeste,
d’un père artisan sellier et d’une mère sincèrement piétiste. Ses deux parents,
profondément honnêtes, lui inspirent une morale
scrupuleuse
.

1732 :
Grâce à sa mère, liée à un pasteur professeur d’université et directeur du
Collegium Fredericianum, Emmanuel intègre celui-ci. S’il apprécie la culture
latine qu’il y reçoit, il gardera un souvenir angoissée de l’atmosphère
religieuse du lieu.

1740 : Kant commence ses études à l’université de Königsberg. Il y préfère l’enseignement de la philosophie et de la science à celui de la théologie et découvre
notamment les théories de Newton. De
l’étude de Wolff il conservera l’idée d’une méthode rigoureuse, et du piétisme
la force de contrainte de la loi.

1746 :
À la mort de son père il interrompt ses études et devient précepteur dans des familles des alentours de Königsberg pour près
de dix ans. Travaillant chez une comtesse, il prend goût à la vie mondaine et à
ses raffinements, et s’adapte si bien que sa compagnie sera grandement
recherchée sa vie durant.

1755 : Après son habilitation
obtenue avec une Dissertation sur les
principes premiers de la connaissance métaphysique
, Kant commence à enseigner à l’université de Königsberg en tant que privat-docent (Privatdozent).
Pendant près de quarante ans, il donne des cours dans des matières variées :
métaphysique, théologie, sciences, logique, droit naturel, pédagogie,
anthropologie, mais encore géographie physique. Toute sa vie sera consacrée à
l’enseignement et à la recherche, on ne note aucun évènement marquant en dehors
des parutions de ses œuvres.

1770 : Grâce à sa thèse
connue sous l’intitulé Dissertation de 1770 (voir ci-dessous), après quinze ans de
gêne matérielle Kant devient professeur ordinaire
à l’université de Königsberg

1781 : À près de soixante ans et après dix ans de
quasi-silence, Kant publie sa première grande œuvre, la première édition de la Critique
de la raison pure
.

1785 :
Publication des Fondements de la
métaphysique des mœurs
(voir ci-dessous).

1788 : Publication de la Critique de la raison pratique (voir ci-dessous).

1789 :
On rapporte souvent l’anecdote selon laquelle le philosophe ne changea le cours
de sa promenade quotidienne et de son emploi du temps très réglé qu’à
l’occasion de la parution du Contrat
social
de Rousseau et lors de la Révolution
française
, qui l’intéressa beaucoup.

1790 : Publication de la Critique de la faculté de juger (voir ci-dessous).

1793 :
La publication de La Religion dans les
limites de la simple raison
vaut au philosophe des démêlés avec la censure
de Frédéric-Guillaume II. Kant doit promettre de ne plus traiter de questions
religieuses.

1797 :
Kant met fin à sa carrière d’enseignant.

1804 : Kant meurt
à Königsberg, laissant inachevés ses Premiers
principes métaphysiques de la science de la nature
. Sa mort intervient
alors que le philosophe est finalement devenu célèbre, sur le tard, mais alors
qu’il reste peu compris par ses contemporains.

 

La pensée
kantienne

 

Penseur
de l’Aufklärung,
qu’on résumé rapidement comme les Lumières allemandes, Kant souhaite que
l’homme se serve de son entendement de façon autonome. Mais à rebours de
l’optimisme leibnizien, il considère que l’homme, prisonnier de sa subjectivité,
ne saurait atteindre à la vérité. Il le replace cependant au centre de la
connaissance et le considérant libre, il trouve en lui, en sa volonté,
l’impératif catégorique de la loi morale.

Avec la Critique de la raison pure (voir
ci-dessous), dépassant l’idéalisme empirique de Descartes, réveillé de son
« sommeil dogmatique » par le scepticisme empiriste de Hume, Kant
fonde par sa théorie de la connaissance
un idéalisme transcendantal. Il fait
la distinction entre le phénomène, relevant
d’une expérience que l’entendement humain peut atteindre, donnée dans le cadre
transcendantal de l’espace et du temps (formes de la sensibilité ou intuitions
pures) ; et le noumène ou « chose en soi », qui demeure
inconnu. Le donné sensible est pensé par les fonctions de l’entendement que
sont les catégories, dont l’usage objectif
est réglé par des principes
identifiés aux lois universelles de la nature (comme le principe de causalité)
– principes toujours connaissables a
priori
puisque c’est l’entendement qui les prescrit à la nature. Au lieu de
simplement rejeter la métaphysique traditionnelle, véritable « champ de
bataille » dit Kant, il la refonde, compte faire de sa critique une science capable d’assigner à l’entendement humain ses limites.
Dès lors il sera possible de distinguer clairement la science, ce que l’on peut
connaître, de ce qui relève de la croyance, ce sur quoi on ne fait que spéculer.
La métaphysique fondée par Kant est naturelle dans le sens où elle
abandonne ses prétentions à connaître le suprasensible.

La morale qu’il établit dans les Fondements de la métaphysique des mœurs et
sa Critique de la raison pratique (voir
ci-dessous) obéit à un impératif catégorique,
à un devoir inconditionné. Le seul
mobile de la volonté est la loi morale elle-même, universelle et a priori. En effet, la moralité ne peut être objet de connaissance puisque
un exemple de moralité requiert au préalable la reconnaissance de la loi
morale. Cette morale est corrélée aux postulats
de la liberté, de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme, qui assurent la
connexion entre les questions « que dois-je faire ? » et
« que m’est-il permis d’espérer ? ». La religion accroît donc
l’efficacité du devoir comme mobile de l’action. La réflexion morale de Kant
débouche sur une réflexion politique (voir ci-dessous Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique et
Projet pour une paix perpétuelle).

Enfin la
pensée esthétique de Kant est
principalement contenue dans sa Critique
de la faculté de juger
(voir ci-dessous) où il établit notamment sa
distinction entre le jugement
déterminant
de la raison théorique et le jugement réfléchissant dont il est question pour juger du beau ou
du sublime. Dans un second temps il expose une téléologie, considérant la finalité
comme un principe régulateur qui organise les phénomènes dans l’esprit humain.
La finalité, comme Dieu, est donc une idée « pratique ».

 

Regards
sur les œuvres principales

 

I. Dissertation
de 1770
, De mundi sensibilis atque intelligibilis forma et
principiis
 : Ce texte vient
clore la période précritique du philosophe et marque une rupture avec Leibniz
et Wolff. Ces philosophes déduisaient la connaissance sensible – celle du temps
par exemple – de l’intelligible, alors que Kant pose que les mondes sensible et
intelligible ont une forme et des principes différents, ce qui interdit de
mettre la connaissance de l’intelligible et du sensible sur le même plan. Si le
philosophe refuse à l’homme la possibilité d’une intuition intellectuelle,
celle d’une connaissance métaphysique ne lui est pas fermée. C’est Dieu qui assure
l’harmonie entre les substances composant le monde.

 

II. Critique
de la raison pure 
(Kritik der reinen Vernunft ; 1781 ; 2nde édition
remaniée en 1787) : Dans cette œuvre, une des plus importantes de la
philosophie, où il expose sa théorie de
la connaissance
, le but de Kant est de réhabiliter
la raison
contre le scepticisme, il faut : « instituer un tribunal qui
en assurant les légitimes prétentions [de
la raison]
, repousse aussi toutes celles de ses exigences qui sont sans
fondement. Ce tribunal, c’est la critique de la raison pure elle-même. »

Kant compte donc corriger le dogmatisme rationaliste de Descartes, poursuivie
en Allemagne par Wolff, et réfuter la critique sceptique de Hume. Cette œuvre
de Kant, qui pose le problème de la possibilité
même d’une connaissance objective,
à travers la question « Que puis-je
savoir ?
 », est divisée en plusieurs parties :

– L’« Esthétique transcendantale » est l’étude des éléments a priori et universels que l’on retrouve
dans la diversité du donné, livré par la sensibilité. Les cadres a priori qui
rendent l’expérience sensible possible sont l’espace et le temps. Une
connaissance dite transcendantale « s’occupe moins des objets que de nos
concepts a priori des objets »,
explique Kant.

– L’« Analytique transcendantale » est
l’étude des procédures pures et a priori
qu’emploie l’entendement pour unifier la diversité sous des concepts.

– La
« Dialectique transcendantale » enfin s’intéresse aux idées de la raison, c’est-à-dire aux
connaissances illusoires que croit posséder la métaphysique quand la raison, pour
tenter de penser l’inconditionné, l’absolu (qui est une exigence de la raison),
s’échappe de l’ordre de certitudes indubitables obéissant aux règles posées par
l’Esthétique et l’Analytique. Ces idées concernent l’âme, le monde et Dieu, notions correspondant
à trois disciplines de la métaphysique classique : psychologie, cosmologie et
théologie rationnelle. Les
connaissances qu’elles engendrent, déduites du seul raisonnement, et pas du
tout de l’expérience, ne peuvent être que confuses et contradictoires. En
étudiant les antinomies de ces deux
dernières disciplines, Kant considère que les idées, devenant de simples postulats,
des objets de croyance et non de
savoir, ont une valeur régulatrice
et heuristique. À la raison rétablie dans ses droits est conférée une légalité pratique. Le dessein de la métaphysique
doit être de produire la représentation claire des concepts à l’origine de
toute démonstration. Elle formule, à partir des expériences et de
l’entendement, les règles selon lesquelles se produisent les phénomènes.

Cette Critique est le lieu d’une « révolution copernicienne » selon
l’expression de Kant, qui renverse le rapport entre raison et expérience ;
c’est-à-dire que le sujet connaissant
devient le centre de la connaissance,
c’est lui qui plaque ses règles sur l’objet à connaître. La raison devient la
puissance législatrice. Cependant, du fait de la limitation du pouvoir de celle-ci
aux bornes de l’expérience, son pouvoir moral, sa fonction pratique prennent le
pas sur son pouvoir spéculatif, sa fonction théorique. Dans sa seconde préface,
Kant écrit : « J’ai donc dû supprimer
le savoir pour lui substituer la croyance
. » L’homme a donc une
double dimension : phénoménale – il est soumis au déterminisme des lois
causales régissant le monde de l’expérience sensible – ; et nouménale –
par l’autonomie de sa volonté :
car il produit sa propre causalité éthique, l’homme est un sujet moral radicalement libre.

 

III. Prolégomènes
à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science
(Prolegomena
zu einer jeden künftigen Metaphysik die als Wissenschaft wird auftreten können 
; 1783) : Ce texte visait à éclaircir
et rendre plus populaire la première édition de la Critique de la raison pure, qui fut jugée hermétique et donna lieu
à des contresens. Kant réexplique donc, de façon plus simple, le sens et la
portée de son entreprise critique, en commençant par exposer le problème
général de la connaissance métaphysique, qu’on peut résumer par la
question : « comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? ». Ces jugements, fréquents
en mathématiques, relient un concept à une donnée ni comprise dans le concept,
ni empruntée de l’expérience. Puis il examine les conditions de possibilité a priori des sciences déjà établies –
mathématiques, physique –, avant d’en arriver à la métaphysique et de fixer ses
limites. Kant reconnaît aussi sa dette vis-à-vis de Hume. Cette entreprise de
vulgarisation fut cependant vaine.

 

IV. Idée
d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique
(Idee zu
einer allgemeinen Geschichte in weltbürgerlicher Absicht 
; 1784) : En énumérant neuf
propositions Kant en arrive à imaginer une Société
des Nations
permettant d’administrer universellement le droit et assurant
la paix au niveau mondial. Cet aboutissement correspondrait à un plan caché de
la nature.

 

V. Fondements
de la métaphysique des mœurs
(Grundlegung zur Metaphysik der Sitten ; 1785) : Dans ce premier ouvrage de
Kant sur la morale, le philosophe cherche
à formuler rigoureusement la morale commune déjà existante, en remontant de ses
jugements moraux au principe suprême de la moralité. Comme il est toujours
possible de faire un mauvais usage d’un bien jugé bon, seule la volonté bonne peut être bonne
absolument. La volonté bonne est définie comme une volonté désintéressée, pure
de toute détermination sensible : agir moralement est agir par devoir, mû
par le devoir, et non en s’y conformant. La raison engendre la volonté bonne en
donnant à l’action la forme de l’universalité et en lui imprimant le sceau de
la nécessité. C’est donc l’intention qui importe, et non le succès de l’action.
Le devoir est lui défini comme la
nécessité d’accomplir une action seulement par respect pour la loi morale.
L’homme doit vouloir la loi, l’universalité, qui ne peut relever que d’un
impératif catégorique, qui commande inconditionnellement, et que Kant traduit par
plusieurs formules :

« Agis uniquement d’après la maxime qui
fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi
universelle. »

« Agis comme si la maxime de ton action
devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature. »

« Agis de telle sorte que tu traites
l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans celle d’autrui, toujours en
même temps comme une fin, et jamais seulement comme un moyen. »

Puis à
nouveau il est question de la liberté,
exigée par la morale et possible dans l’ordre nouménal. L’homme peut se
concevoir de deux façons : être naturel sensible, il est soumis au
déterminisme ; être intelligible, il est libre.

 

VI. Critique
de la raison pratique
(Kritik der praktischen Vernunft ; 1788) :
Dans ce nouvel opus sur la morale, Kant a une démarche synthétique, alors
qu’elle était essentiellement analytique dans les Fondements : le philosophe cherche en effet à comprendre
comment la volonté pure peut prendre intérêt à la loi morale. Plusieurs parties
à nouveau :

– L’« Analytique de la raison pure pratique » étudie
la liberté, notion clé du système
kantien ; elle permet d’opérer une synthèse entre la bonne volonté et
l’idée d’une législation universelle. Kant la présente comme une puissance
absolue et spontanée de choix : l’homme peut embrasser le bien ou le mal.
Cherchant un mobile moral, qui se
situe entre le sensible et l’intelligible, qui ne soit ni un plaisir ni un
déplaisir, Kant en arrive à la notion de respect,
sentiment qui élève l’homme en lui faisant sentir sa dignité d’être
raisonnable, en même temps qu’il l’humilie en le poussant à se soumettre à la
loi.

– La
« Dialectique de la raison pure
pratique
 » opère la synthèse entre être et devoir-être, nature et
valeurs, à travers le concept de souverain-bien
– c’est-à-dire le bonheur qui vient s’ajouter à la vertu –, ce qui mène Kant
aux postulats de la raison pratique,
qui définissent ce qu’il est permis à l’homme d’espérer, les conditions d’une
moralité qui ne soit pas désespérée : immortalité
de l’âme
, existence de Dieu, liberté de la volonté.

Ces
postulats seront largement critiqués et la conclusion de Kant, qui s’achève
dans la croyance en Dieu, décevra beaucoup, même si celle-ci ne fonde pas
l’exigence éthique, la raison pratique primant toujours sur elle.

 

VII. Critique
de la faculté de juger ou Critique du jugement
(Kritik der
Urteilskraft 
; 1790) : Le
jugement apparaît comme le moyen terme entre l’entendement et la raison, et
assure donc le passage de la pure faculté de connaître, du domaine des concepts
naturels à celui de la liberté. L’homme ne peut opérer une liaison mentale
qu’en raison d’un principe de finalité
subjective
. Kant fait le lien entre les deux principes d’explication,
mécanique et téléologique, grâce au jugement
réfléchissant
, par lequel l’homme cherche le général alors que seul le particulier
lui est donné. À ce jugement s’oppose le jugement déterminant, subsumant le
particulier à partir du général. À travers le jugement esthétique, qui détourne la détermination au profit de la réflexion,
l’art s’écarte du règne des fins et
de la connaissance de la nature et apparaît comme un domaine libre où les
facultés de la connaissance s’exercent à l’état pur.

 

VIII. La
Religion dans les limites de la simple raison
(Die Religion
innerhalb der Grenzen der blossen Vernunft 
; 1793) : Kant expose ici son déisme, sa croyance en une religion
naturelle
orientée vers l’espérance, et sans preuve de l’existence de Dieu.
Il propose comme définition de la religion « la connaissance de tous nos
devoirs comme commandements divins » – ce qui veut dire que la loi morale,
la raison priment sur tout, la religion y compris. Homme des lumières, le
philosophe refuse donc aux Églises la moindre autorité ; il mise plutôt
sur une communauté des hommes de bonne
volonté
, capables d’embrasser par eux-mêmes le bien, et non à l’issue d’une
révélation. La religion rejoint la morale dans le sens où elle a permis
d’inculquer à l’homme certaines leçons que la raison eût mis plus de temps à
lui enseigner.

 

IX. Projet
de paix perpétuelle
(Zum ewigen Frieden ; 1795) : Cet opuscule se présente
comme un traité diplomatique, genre alors en vogue. Après des articles
prohibitifs, Kant en vient aux conditions nécessaires d’un traité de
paix : une constitution
républicaine
pour chaque État, la constitution d’une fédération d’États libres, l’hospitalité
universelle
en guise de droit cosmopolitique. Morale et politique se
réconcilient ici et le philosophe anticipe le règne à venir du droit public, dont la formule
transcendantale est : « Toutes les actions relatives au droit
d’autrui, dont la maxime n’est pas susceptible de publicité, sont
injustes. »

 

Regards
sur les autres œuvres

 

Histoire
générale de la Nature et théorie du Ciel
(Allgemeine
Naturgeshichte und Theorie des Himmels
1755) : Après une description
de la constitution du système solaire qu’il élargit à l’univers, Kant propose
une cosmogonie basée sur la physique newtonienne, l’application des
forces de répulsion et d’attraction sur une matière inégalement dense. Dans
cette œuvre Kant fait la première description juste de la Voie lactée en disque
aplati, et l’universalité des lois physiques le pousse à imaginer que d’autres
mondes sont habités. Il énonce également une preuve de l’existence de Dieu à
partie de l’ordre et la beauté de l’univers.

Considérations
sur l’optimisme
ou Essai de quelques considérations sur
l’optimisme
(Versuch einiger
Betrachtungen über den Optimismus 
;
1759) : C’est à partir d’une réflexion particulièrement abstraite sur
la notion de réalité que Kant rejoint les conclusions leibniziennes et adhère à
l’optimisme. Le livre a été largement éclipsé par Candide ou l’Optimisme de Voltaire paru la même année.

Essai pour
introduire dans la philosophie le Concept de grandeur négative
(Versuch
den Begriff der negativen Grössen in die Weltweisheit einzuführen 
; 1763) : Cet essai traite du
problème de la légitimité du passage d’un raisonnement
logique
à la position d’une existence.
Dans le réel, l’affrontement entre deux principes opposés aboutit
nécessairement à un équilibre. Kant reprendra sa réflexion sur le principe de causalité, mis en jeu ici,
dans sa Critique de la raison pure,
où la critique des preuves métaphysiques de l’existence de Dieu a aussi à voir
avec cet opuscule.

Observations
sur le sentiment du beau et du sublime
(Beobachtungen
über das Gefühl des Schönen und des Erhabenen 
; 1764) : Comme le titre l’indique Kant se fait surtout
observateur ici, dans les champs de la psychologie
et de l’anthropologie, même si sa
recherche d’une morale, inspirée par les moralistes anglais, anticipe les
analyses de la Critique de la faculté de
juger
. On note quelques propos aventureux sur les caractères psychiques
qu’associe le philosophe aux sexes ou aux peuples.

Rêves
d’un visionnaire expliqués par des rêves métaphysiques
(Träume
eines Geistersehers erläutert durch Träume der Metaphysik 
; 1766) : Kant critique ici les
histoires d’esprits et le prétendu « sens » qui permet d’entrer en
contact avec eux défendus par le fondateur de la théosophie, Emanuel Swedenborg
(1688-1772), et va jusqu’à les identifier aux thèses métaphysiques, dont il
parle comme de « rêves ».

Premiers
principes métaphysiques de la science de la nature
(Metaphysische
Anfangsgründe der Naturwissenschaft 
; 1786) : Cette métaphysique de la nature qu’envisageait Kant
est restée inachevée. À la suite de Leibniz et contre les atomistes, Kant
expose une conception dynamique de la matière, considérée comme un mouvement
engendré par les deux forces primitives antagonistes de répulsion et
d’attraction.

Qu’est-ce
que s’orienter dans la pensée ? 
(Was heisst:
sich im Denken orientieren ? 
;
1786) : Kant répond à la question du titre que la pensée libre,
libérée de toute tutelle, doit s’orienter selon les principes subjectifs de la publicité,
c’est-à-dire en obéissant à la seconde maxime du sens commun : il faut
pouvoir penser à la place de tout un chacun.

Anthropologie
du point de vue pragmatique
(Anthropologie in pragmatischer
Hinsicht 
; 1798) : La
première partie, « Didactique anthropologique », étudie les facultés
humaines et leur usage. Kant y livre notamment un classement des divers
plaisirs et un traité des passions. La seconde, « Caractéristique
anthropologique », constitue un catalogue des caractères de la personne,
du sexe, du peuple et de la race. Les préjugés du philosophe, qui n’a jamais
quitté Königsberg, sur les Français frivoles ou les Espagnols cruels, font qu’elle
a très mal vieilli. Dans cet ouvrage le philosophe s’efforce de se montrer
concret en multipliant les remarques pratiques, d’où le
« pragmatique » du titre.

Le
Conflit des Facultés
(Der Streit der Fakultäten ; 1798) : Kant étudie principalement
dans ce traité le conflit opposant la tradition positive, religieuse ou
juridique – reposant sur les Facultés dites « supérieures » de
théologie, droit et médecine – et l’autonomie intellectuelle – incarnée par la
Faculté de philosophie.

Réflexions
sur l’éducation
ou
Traité de pédagogie
(Über Pädagogik ; 1803) : Compilations de notes
plutôt que traité, cet ouvrage traite des enjeux de la question pédagogique,
que Kant oriente vers le perfectionnement
de la nature humaine
, vers des finalités
humanistes
, le développement de la liberté.
Il parle aussi de la discipline
qu’exige toute éducation, qui doit se régler sur un idéal. L’esprit sera éduqué
intellectuellement mais moralement
aussi ; l’élève doit être éveillé aux devoirs
envers soi-même. Kant se montre assez inspiré de l’Émile de Rousseau.

 

Postérité

 

La pensée critique de Kant se trouve à l’origine
de l’idéalisme allemand, que Fichte, Schelling et Hegel vont
développer dans des voies distinctes en cherchant à réduire la distinction
entre chose en soi et phénomène. Le néokantisme
pour sa part signe un retour à l’orthodoxie kantienne, mais à travers plusieurs
écoles : celle de Marbourg autour de Natorp, Cassirer et
Cohen, orientant son étude vers l’épistémologie et la culture ; et celle
de Baden, autour de Heinrich
Rickerts et Wilhelm Windelbrand, privilégiant une philosophie des valeurs.

Le point de vue kantien sur la morale, sa réflexion éthique inspirera
aussi de nombreux philosophes : ceux qui opèrent un retour vers la
métaphysique – Fichte et dans une
moindre mesure Schopenhauer –, et
les morales de l’hétéronomie, sociales et biologiques, au XIXe
siècle. Hegel quant à lui dépasse
l’éthique kantienne en l’intégrant dans un système plus vaste.

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