Idée d'une histoire universelle

par

L’homme en tant que but final de la nature

La question que l’on pourrait se poser est de savoircomment Kant articule le concept d’« a priori » qui fournirait à sonidéal théorique une vertu théologique et une dimension universelle ? Sil’on se penche sur la question de l’État cosmopolitique, comment Kant parvient-ilà justifier sa visée philosophique au regard de l’antinomie des lois naturelleset de la liberté humaine ?

Selon Kant, l’homme est naturel parce qu’il est fini etlimité. Toutefois, il est doté du pouvoir de la raison qui lui permet desurpasser ses limitations et sa dimension naturelle. Nous pourrions considérerque la lutte entre la dimension naturelle de l’homme et sa liberté inhérenteest ce qui détermine l’histoire. Kant perçoit cette lutte comme étant : « Le plus grand problème pour l’espècehumaine, celui que la nature le force à résoudre », qui inclutnotamment le problème de l’atteinte d’une société civile administrantuniversellement le droit. En faisant du but de l’humanité son plus grandproblème, Kant fait de l’État cosmopolitique la perfection des capacitéshumaines et la culmination du plan que la nature a pour la race. Fairefonctionner de concert la dimension naturelle et la liberté de l’homme seraitdonc le but de l’humanité. La race humaine n’aurait donc d’autre but que de seréaliser elle-même.

Il faut noter que Kant présente l’homme comme étant leseul être sur terre doté du pouvoir rationnel, ce qui lui permet de développeret parfaire ses dispositions naturelles. Les êtres humains ont donc un statut particulieren vertu de leurs capacités uniques, contrairement aux animaux qui n’agissentqu’en suivant les lois mécaniques de la nature. L’homme utilise son pouvoirrationnel pour se définir lui-même et transcender sa dimension naturelle. De cequi précède, il faut tirer la conclusion que l’homme occupe la plus haute placeet qu’il est chargé des plus hautes responsabilités dans le système théologiquede la nature.

Il serait toutefois erroné de penser que l’individu seulserait en mesure d’atteindre son plein potentiel. La vision cosmopolitique del’histoire kantienne ne voit les individus que comme des moyens de parvenir àl’État cosmopolitique. La nature « veut » que les capacitésnaturelles de l’homme se développent pleinement, non chez l’individu mais auniveau de l’espèce. La nature réalise ceci en faisant de l’homme une créature àla fois sociale et asociale. Notre propension à nous isoler et notre instinctgrégaire sont des traits antagonistes qui nous placent dans une position deconflit interne perpétuel. Ainsi, la fusion de ces deux traits qui commandentl’égoïsme et la sociabilité est la raison qui pousse l’homme à intégrer lasociété pour y être reconnu. Nous cherchons donc à nous démarquer du reste ennous individualisant par notre mérite au sein d’une société formée de nospairs. Ainsi, ce désir de singularité est le moteur qui pousse le développementde nos talents :

« Que lanature soit donc remerciée, pour cette incapacité à se supporter, pour cettevanité jalouse d’individus rivaux, pour l’appétit insatiable de possession maisaussi de domination ! Sans cela, les excellentes dispositionssommeilleraient éternellement en l’humanité à l’état de simples potentialités.L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux ce qui est bon pour sonespèce : elle veut la discorde. L’homme veut vivre à son aise et plaisamment,mais la nature veut qu’il soit dans l’obligation de se précipiter hors de sonindolence et de sa tempérance inactive dans le travail et les efforts, pouraussi, en revanche, trouver en retour le moyen de s’en délivrer intelligemment. »

En somme, l’Idée d’une histoire universelle du point de vuecosmopolitique d’Emmanuel Kant nous permet de comprendre comment la viede l’homme suit un fil conducteur qui le mènera à l’accomplissement d’unobjectif crucial – objectif qu’il partage avec tous les autres hommes àcause de leur nature humaine commune. Bien que nous soyons dotés d’intuition dèsle bas âge, la raison que nous développons tout au long de notre vie est pratiquée,exercée et mise à l’épreuve à l’occasion d’obstacles quotidiens. L’unité deshommes et la fondation d’un État sont le secret de la survie de chaque homme entant qu’individu. Bien que cet État n’atteindra jamais la perfection, lavolonté de nous rapprocher de cet idéal – même si son atteinte n’est pasgarantie – est ce qui doit, selon Kant, constituer notre motivation.

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