Illuminations

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Arthur Rimbaud

Chronologie : Vie &
Regards sur l’œuvre

 

1854 : Arthur Rimbaud naît à Charleville. Son père, capitaine
d’infanterie, n’est présent que lors de rares permissions ; sa mère Vitalie
est une paysanne rigoriste et revêche qu’il surnommait « la bouche
d’ombre ». Quand l’enfant a six ans, ses parents se séparent et sa mère se
déclarera dès lors veuve. Durant sa scolarité dans un collège mêlant un personnel de prêtres et de laïcs, Arthur brille et multiplie les prix en version, thème et littérature. Il
découvre la poésie par le biais d’exercices scolaires et se découvre un grand
talent pour composer en vers latins. Il fait alors la
connaissance d’Ernest Delahaye, ami
avec lequel il entretiendra une correspondance. Ses premiers textes sont
publiés dans le Bulletin de l’académie de
Douai
. Parmi ses maîtres en poésie, qu’il lit notamment dans Le Parnasse contemporain, figurent Gautier, Leconte de Lisle et Théodore
de Banville
. Il aime également l’inventivité verbale de Hugo mais rejette son emphase. Il
admire Baudelaire, dont l’influence
le poussera à tenter des essais de poésie en prose dès le début de l’année
1871.

1870 : Parvenu en classe de rhétorique, Rimbaud se lie avec un
jeune professeur de littérature, Georges
Izambard
, âgé de vingt-et-un ans, qui lui prête des livres. Cette année-là,
à quinze ans, l’adolescent fait paraître dans une revue un premier poème, Les
Étrennes des orphelins
. Il ose ensuite écrire une longue lettre à Théodore de Banville, alors
chef de file des parnassiens, en lui joignant trois poèmes qu’il espère voir
paraître dans Le Parnasse contemporain.
S’ils sont refusés, son aîné lui répond. Dans ses premières pièces poétiques,
l’adolescent exprime des sentiments de révolte,
des opinions antibonapartistes, mais aussi des désirs sensuels, pour de facétieuses fillettes. Il emploie
volontiers le sarcasme, peint des grotesques bourgeois ou ecclésiastiques.

C’est aussi l’année de sa première fugue, pendant les vacances scolaires.
Contrôlé à la gare du Nord à Paris, il échoue en prison. Il écrit à Izambard
qui le fait libérer et l’invite à le rejoindre à Douai, où Rimbaud reste trois semaines. L’adolescent
antimilitariste, plongé dans l’atmosphère patriotique que fait naître la guerre
franco-prussienne, s’imagine soudain une vocation guerrière et tente de
s’engager dans la Garde nationale, ce que lui interdit son âge. Il rencontre Paul Demeny, un ami d’Izambard qui
dirige La Librairie artistique, une maison d’édition, auquel le jeune poète
confie plusieurs poèmes, depuis réunis sous l’appellation « Cahier de Douai » ou
« Recueil Demeny ». Y figure notamment un de ses poèmes les plus
célèbres, Le Dormeur du Val, portrait d’un jeune soldat
mort faisant écho aux combats, avec d’autres pièces composées entre janvier et
octobre 1870.

Il fugue
à nouveau en octobre, et Paris étant en état de siège, rejoint Charleroi, où il tente de se faire
engager comme journaliste. Dès
novembre il est rentré à Charleville. Là, il fait publier sous pseudonyme dans Le Progrès des Ardennes un récit
satirique, « Le Rêve de
Bismarck 
», dont le texte n’est retrouvé par hasard qu’en 2008.

1871 : Rimbaud fugue à nouveau
pour Paris, où il tente de se lier à des poètes et de futurs communards. Il revient
à Charleville avant le commencement de la Commune et l’on ne sait s’il est
retourné à Paris pour y participer. À cette époque le ton du poète devient plus
sarcastique, il critique les romantiques
et les parnassiens. Deux lettres écrites
en mai, où il exprime sa poétique,
sont devenues célèbres sous l’appellation de « lettres du voyant » : la première du 13, adressée à Izambard ; la seconde en date du 15 a pour destinataire Paul Demeny. Dans
un contexte révolutionnaire, elles expriment l’urgence d’un changement, reposant sur une utilisation du langage capable de faire accéder à un inconnu. Pour ce faire –
la formule est célèbre –, le poète doit, selon Rimbaud, connaître un « long, immense et raisonné dérèglement de
tous les sens 
». Cette injonction touchera les dadaïstes et les
surréalistes lors de la publication tardive de ces lettres. Ce qu’il découvre
par ce dérèglement, ce qui se révèle d’étrange en lui, le pousse à dire que
« Je est un autre ». Le
même mois il écrit Les Poètes de sept ans, sorte de poème autobiographique où
Rimbaud observe sa vocation de poète.

À l’invitation
de Verlaine avec lequel il a échangé
des lettres, il retourne à Paris en septembre. Il y est bien accueilli par le cercle d’artistes dit des Vilains Bonhommes, qui apprécie son Bateau
ivre
, long poème virtuose composé pour l’occasion. On réunit
généralement sous le titre de Poésies toutes les premières pièces de Rimbaud jusqu’à celle-ci. Il est
logé tour à tour par Verlaine, Charles Cros ou Banville. Il intègre également
le cercle des Zutistes, formé autour
de Charles Cros, et collabore à leur
Album.
Mais assez rapidement, en raison de ses multiples provocations, il devient persona non grata, notamment après avoir
blessé le photographe Carjat – celui-là même qui avait tiré son portrait en
octobre, où il apparaît les cheveux en bataille, contemplant l’horizon, et devenu
le plus reproduit pour véhiculer la légende du poète.

1872 : Rimbaud est retourné à Charleville après avoir éprouvé le ménage de
Verlaine qui tente de se rabibocher. Les poèmes qu’il écrit alors traduisent
une certaine solitude et montrent un
détachement de l’influence parnassienne. On réunit les
pièces qu’on pense de cette période sous l’appellation « Derniers vers ». Dans les premiers
mois de l’année, il a écrit son célèbre et mystérieux poème Voyelles,
qui semble tracer des correspondances baudelairiennes. Puis Rimbaud revient à Paris pour en repartir avec Verlaine. C’est le début d’une relation amoureuse tumultueuse, ponctuée de crises, qui mènera les deux amants et poètes à Bruxelles et Londres.
C’est finalement de retour à Bruxelles,
en juillet 1873, que leur relation
prend fin sur un coup de revolver tiré
par Verlaine contre Rimbaud qui veut le quitter. Rimbaud s’en tire avec une
blessure au poignet, Verlaine avec un passage en prison. Le jeune poète rentre
alors à Roche et termine Une saison en enfer, dont il date
lui-même la composition d’avril à août
1873
. Il s’agit du seul recueil
qu’il ait fait publier
– à compte d’auteur en octobre 1873 à Bruxelles – et
qui présente donc une structure qu’il a choisie. Verlaine le considérait comme
une « autobiographie
psychologique 
» ; Rimbaud revient notamment sur son parcours
poétique de l’année passée dans « Délires II », où la poésie mime l’hallucination, tandis que « Délire
I » évoque sa relation avec Verlaine. Dans les huit pièces que le recueil contient souffle un esprit de rébellion, celui d’un adolescent
cherchant l’adulte qu’il sera. Le poète questionne son existence, ainsi que l’Histoire, la Famille, la Religion et
l’Occident dans son entier :
tout est mis en crise avec un
certain goût du sacrilège, avec un
désir de heurter les habitudes. L’anamnèse personnelle se fait donc parallèlement
à une remontée dans l’histoire de l’Occident. Le recueil se clôt sur
l’injonction fameuse : « Il
faut être absolument moderne 
», c’est-à-dire, notamment, dépasser le
vieux dualisme religieux entre âme et corps. Peu après il rencontre à Paris Germain Nouveau, un jeune poète avec
lequel il vit deux mois à Londres.

1875 : Rimbaud se met à l’allemand,
part séjourner à Stuttgart, où il
voit une dernière fois Verlaine, puis rejoint Milan avec l’idée d’apprendre l’italien. Il passe par Marseille
avant de retourner à Charleville. Il pense alors à passer le baccalauréat ès science et intégrer Polytechnique, mais il vient de
dépasser la limite d’âge de vingt ans. Il se passionne alors un temps pour le piano.

1876 : À peine arrivé à Vienne,
il est dépouillé et arrêté pour vagabondage avant d’être expulsé. Puis après un passage par Charleville il repart à Bruxelles, où il se fait recruter dans
l’armée coloniale néerlandaise pour
voyager gratuitement. Il s’engage pour six ans. Une fois arrivé à Java et perçue la seconde partie de sa
prime, il déserte puis rentre à Paris via l’Irlande à bord d’un voilier
écossais. Il est difficile de suivre ensuite son cheminement. De Brême en 1877 il cherche à se renseigner sur un moyen de se faire engager
par la Marine américaine. Il serait ensuite passé par Hambourg, Copenhague et Stockholm. Il tente ensuite de
rejoindre Alexandrie mais pris de douleurs gastriques, il est finalement
débarqué en Italie et retourne dans les Ardennes.

1878 : Rimbaud a finalement rejoint Alexandrie
puis Chypre, où il travaille comme chef de chantier. Démarre une nouvelle
vie durant laquelle il n’écrira plus de poésie, seulement cent quatre-vingt
lettres et quelques descriptions géographiques. C’est en partie cet abandon de
la littérature, de manière très précoce, remplacée par une aventure géographique, qui nourrira sa légende. Pour des raisons de
santé, l’aventurier rentre cependant à Roche dès l’année suivante. Il retourne
à Chypre en 1880 et devient surveillant
dans un chantier de construction. Il cherche ensuite du travail dans plusieurs
ports jusqu’à atteindre le Yémen. À Aden, il devient surveillant du tri du
café. Il organise ensuite avec un partenaire une caravane pour transporter des marchandises vers le Harar (Éthiopie). Il mène ensuite
plusieurs expéditions commerciales, dans
des régions parfois inexplorées des Européens.

1882 : Rimbaud commande du matériel
de photographie
. Il a le projet de documenter un ouvrage sur la région du
Choa, en Abyssinie, qu’il compte soumettre à la Société de géographie de Paris.
Ce voyage n’aura pas lieu mais Rimbaud prendra plusieurs photos de lui qu’il
envoie à sa famille, et dit dans ses lettres gagner quelque argent en faisant
des travaux photographiques. Il revendra son matériel en 1885. À cette période
il songe à se marier et fonder une famille. En 1884, la Société de
géographie
publie son Rapport sur l’Ogadine.

1885 : Rimbaud s’associe avec un Français trafiquant d’armes et convoie finalement seul des armes au futur Menelik II, alors roi du Choa. Il devra
finalement négocier le stock à bas coût et faire face à de nombreuses demandes
de remboursement de dettes suite à la mort de son partenaire. En 1887, alors qu’il est au Caire, il donne le récit de son dernier voyage
au Bosphore égyptien. Il montre alors
une volonté de collaborer avec Le Temps,
Le Figaro ou le Courrier des Ardennes.

1888 : Rimbaud part édifier son comptoir
à Harar. Ce sera une période d’ennui dont il se plaint à sa famille
dans ses lettres, déplorant l’absence d’occupation intellectuelle. En 1890, il
reçoit un courrier du directeur d’une revue littéraire marseillaise, La France moderne, qui s’adresse à lui
comme au « chef de l’école décadente et symboliste ». Rimbaud ne
donnera pas suite.

1891 : En février, dans une lettre, Rimbaud commence à se plaindre d’une
« douleur rhumatismale »
au genou droit. Il commence à mener
ses affaires en position allongée, et devant l’état de raideur de sa jambe, il part pour la France, transporté en civière, et débarque à Marseille en mai. Sa mère l’y rejoint, on l’ampute de la jambe et en juin, il s’entraîne à se déplacer avec des
béquilles. Il commandera ensuite une jambe de bois qui le fera trop souffrir
pour s’en servir. Il rejoint Roche en juillet, son état y empire. Comptant
toujours retourner à ses affaires en Afrique, il décide de retourner à Marseille en août pour embarquer
« au premier mieux senti ». Il est admis dans un hospice. Il continue
de maigrir, son cancer progresse,
son bras gauche se paralyse et il se met à délirer.
Il meurt finalement le 10 novembre,
sa sœur à son chevet. Des obsèques auxquelles n’assistent que des intimes sont
organisées à Charleville.

 

Illuminations

 

Le titre d’Illuminations
n’est pas de Rimbaud. Ce recueil rassemble cinquante-quatre poèmes en prose, très disparates, dont la datation fait l’objet de controverses. Il a été
publié en 1886 par les éditions de
La Vogue, après avoir paru dans la revue du même nom. On ne sait s’ils furent
écrits avant ou après Une saison en enfer.
Dans la lignée de la poétique annoncée par les Lettres du Voyant, Rimbaud tente
de traduire, avec fulgurance, les
éléments d’un univers intérieur, qu’il
tente de peindre dans sa totalité et
son immédiateté. Il parle d’une conscience nouvelle, annonce le
dévoilement à l’humanité d’une dimension
insoupçonnée
, dont il semble avoir accès aux données grâce à des sensations désorganisées. Le ton est parfois cruel, en tout cas oraculaire.
Il s’agit de dire, avec violence, le
monde sous la forme de son énergie, à travers une prose qui transmet une
impression de vitesse et de tournis. C’est une révolte en acte, qui va de pair avec l’interruption systématique de
tout élan lyrique.

 

Arthur Rimbaud a suscité les admirations les
plus diverses et influencé de très nombreux poètes après lui, au premier rang
desquels, peut-être, René Char et Henri Michaud, mais aussi, plus généralement,
de nombreux artistes, et des musiciens comme Patti Smith et Bob Dylan. Il fait
figure d’exception dans l’histoire littéraire et même artistique ; il est le seul
artiste à avoir su, si jeune et en quelques années à peine, atteindre la
perfection de son art et en renouveler à
ce point les formes.

 

 

« Elle est retrouvée.

Quoi ? — L’Éternité.

C’est la mer allée

Avec le soleil. »

 

Arthur Rimbaud, 1872

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Arthur Rimbaud >