J'aurais préféré vivre

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Résumé

En ce 8 mai 2001, Jérémy Delègue a vingt ans et il veut mourir. Pourquoi vivre, si Victoria ne l’aime pas ? Il l’aime depuis qu’il a dix ans, profondément, exclusivement. Mais ce n’est pas réciproque. Aujourd’hui, elle lui a présenté son fiancé, et Jérémy a crié : il lui a jeté son amour au visage, il lui a déclaré une flamme ardente et absolue, et en retour, le fiancé l’a frappé. Alors Jérémy s’est assis dans son petit logement, a allumé un joint, et il avale cachet sur cachet, en buvant de larges lampées de whisky. Alors qu’il se sent partir il parle à Dieu, celui de son enfance, être omnipotent qui a refusé d’exaucer sa prière. Quand il sera de l’autre côté, Jérémy lui demandera des comptes. Et Jérémy se laisse glisser dans le néant.

C’est une lumière qui le réveille, une lumière chaude et douce. Il est couché, il n’est pas seul ; une voix lui dit avec amour : « Bon anniversaire ! ». C’est la voix de Victoria. Jérémy ouvre les yeux, découvre une chambre qui n’est pas la sienne, reconnaît pourtant quelques-uns de ses meubles, et Victoria qui se trouve à ses côtés, tendre et amoureuse. Un regard au calendrier accroché au mur stupéfie Jérémy : nous sommes le 8 mai 2002. Un an a passé, dont il ne se rappelle rien. Revenu de sa surprise, ravi de trouver à ses côtés la femme de sa vie, il lui explique ce qu’il ressent, ce vide étrange entre ses deux anniversaires. Victoria l’emmène à l’hôpital où le couple retrouve Pierre, le meilleur ami de Jérémy. Les médecins décrètent qu’une nuit en observation est nécessaire. Une fois seul dans la chambre, un intense malaise envahit Jérémy, une crise d’angoisse le submerge, puis une somnolence le terrasse. Avant de sombrer dans l’inconscience, sa dernière vision est celle d’un vieillard lugubre à barbe blanche qui, debout à côté de son lit, psalmodie le kaddish, la prière des morts juive. Une fois encore, Jérémy glisse dans le néant, étreint cette fois d’un indicible sentiment d’angoisse.

Un cri d’enfant le réveille. À ses côtés, un nourrisson hurle et réclame son biberon. Hébété, Jérémy considère le bambin affamé sans le reconnaître. C’est Victoria qui, au téléphone, le rappelle à ses devoirs de père. Père ? Cet enfant, Thomas, est donc le sien ? Surprise, fierté, amour – divers sentiments envahissent l’âme du jeune homme. Un regard au calendrier : nous sommes cette fois le 8 mai 2004. Deux ans ont passé, deux ans que Jérémy a oubliés. Pour lui, il s’est endormi la veille dans une chambre d’hôpital. Et l’avant-veille, il se donnait la mort. Cette nouvelle crise d’amnésie n’est cependant plus qu’une demi-surprise pour Victoria. La petite fête d’anniversaire prévue aura tout de même lieu ; y ont été conviés Pierre et sa compagne Clotilde. En revanche, grande est la surprise de la jeune femme quand Jérémy lui fait part de son intention d’inviter ses parents. Ses parents ? Jérémy refuse de leur parler depuis trois ans. Cette révélation lui coupe le souffle : comment ! il a rejeté ses parents adorés ? C’est incompréhensible. Sa mère accepte l’invitation et c’est pour elle l’occasion de connaître enfin son petit-fils. La journée passe, pleine de malaise pour Jérémy qui découvre au fil des heures une vie qui ne lui plaît guère : lui, artiste graphique, est devenu commercial. Il gagne bien sa vie mais semble devenu irritable, égoïste, jouisseur même. Quant à Clotilde, il la trouve parfaitement antipathique. Une fois les invités partis, Victoria offre son cadeau d’anniversaire à Jérémy : un livre de psaumes précieux qui a, dit-elle, attiré l’attention de Jérémy dans une vitrine. Une fois seul, il feuillette le livre, se plonge dans la lecture, quand retentit la voix du vieillard récitant le kaddish ; un malaise envahit alors Jérémy qui perd conscience.

Et le cycle se poursuit. Les intervalles entre les réveils de Jérémy s’allongent : il se découvre cette fois père d’un deuxième fils, Simon, mais Victoria vient de le quitter à la suite d’une violente dispute. Thomas a sept ans, Simon en a cinq, et Jérémy découvre horrifié que ses fils le craignent et le détestent. La vérité se fait jour : entre ses réveils, Jérémy se comporte de façon odieuse – il boit, il est devenu un père absent, un mari irascible. Il téléphone à Pierre, qui le remet vertement en place. Abasourdi, le père inexpérimenté qu’est Jérémy en ce 8 mai 2010 néglige de surveiller ses fils, et Simon se blesse avec du verre. Le jeune père emmène son fils à l’hôpital, se montre tendre et attentif, rassure les deux garçonnets, fort surpris par l’attitude nouvelle du tyran domestique qu’est ordinairement leur père. Jérémy a compris qu’il est victime d’un grave trouble de la personnalité. Il se procure un caméscope et se filme, déclarant à Victoria qu’elle doit le faire interner et soigner. Quand apparaît le vieillard psalmodiant, le message est enregistré et Jérémy s’endort plein d’espoir.

Mais cela ne suffit pas : au réveil suivant, Jérémy se trouve dans un petit appartement mal tenu, il découvre que Clotilde est devenue sa maîtresse, qu’une procédure de divorce a été engagée et qu’il fréquente le milieu des revendeurs de drogue ! Il est un mari et un père si odieux que la justice lui interdit d’approcher sa famille. Il réussit cependant à joindre Victoria, qui lui envoie une lettre où elle raconte qu’effectivement il a été interné, soigné, puis qu’il est revenu à sa famille, pour finalement mieux replonger dans ses vices. Victoria le sait malade, mais elle doit protéger ses enfants et elle-même. Est-ce une malédiction dont Jérémy serait victime ? Ses pas le mènent à la synagogue de son enfance où il demande à voir le rabbin. C’est la police qui le prend en charge, tandis que le secrétaire du rabbin l’enjoint à prendre rendez-vous. Jérémy a compris qu’il est un danger pour ceux qu’il aime et décide de se dénoncer pour trafic de stupéfiants. En prison, il sera inoffensif. Et c’est effectivement en cellule qu’il se réveille le 8 mai 2017. Il est devenu un truand influent, certains gardiens trafiquent avec lui, ses codétenus le craignent et il a même commandité un meurtre pour le lendemain ! Horrifié, il parvient à entrer en contact avec le secrétaire du rabbin qui a refusé de le recevoir autrefois. L’homme, Abraham Chrikovitch, se présente au parloir et écoute avec attention l’incroyable récit de Jérémy. Mais au lieu de lui donner une explication, Chrikovitch quitte la prison, la terreur dans les yeux. C’est un Jérémy désespéré qui entend le vieillard psalmodier sa funèbre prière ce soir-là, et c’est un homme vieilli qui s’éveille, toujours en prison : il y a passé douze années. Mais ce 8 mai 2020 est celui de sa levée d’écrou : il quitte la prison puis erre dans les rues. Il marche vers la maison de Victoria, puis vers celle de ses parents… Réfugié dans un hôtel sordide, il reçoit la visite d’un jeune homme : c’est Simon, qui l’a suivi depuis sa sortie. Jérémy lui raconte son histoire et tente de convaincre son fils. Une deuxième visite est moins amicale : des trafiquants de drogue assoiffés de vengeance le battent et le laissent pour mort.

Quand Jérémy se réveille, il a soixante-cinq ans ; il est paralysé, il ne peut plus parler. Mais chaque 8 mai, Simon vient le voir dans son centre de soins, dans l’espoir de retrouver ce père qu’il n’a fait qu’entr’apercevoir dans sa vie. Et lors de son dernier éveil, quand il a soixante-quatorze ans, Jérémy reçoit de Simon un merveilleux cadeau : celui-ci emmène le vieillard au mariage de sa petite-fille. Là, Jérémy retrouve ceux dont son étrange vie l’a privé et comprend, grâce à Chrikovitch qui est là aussi, quelle faute il a commise en se donnant la mort. Il a défié Dieu, et Dieu lui a infligé un terrible châtiment : le gentil Jérémy est mort le 8 mai 2001, et son corps a été habité par un être abject, la face sombre du jeune homme. Jérémy n’est revenu à la vie que pour mesurer le mal qu’il a causé à ses proches, en les privant d’un destin qui aurait pu être beau. Quant au vieillard récitant le kaddish, c’est Jérémy lui-même, pleurant sur sa propre mort. Mais le Dieu vengeur peut aussi pardonner si on l’implore, et Jérémy, vieillard malade dont l’esprit a vingt ans et quelques jours, implore son créateur et se repent de son orgueil. Il crie vers Dieu, sent soudain dans sa gorge le goût de l’alcool et du poison, et sent la main de Victoria serrer la sienne… Il est encore temps de vivre.

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