L'évolution créatrice

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Résumé

L’évolution créatrice est parue pour la première fois en 1907. Le corpus qui constitue l’œuvre est divisé en quatre chapitres qui s’articulent autour de certains sujets importants en philosophie. Les trois sujets prédominants sont le changement, le sens et l’évolution de la vie et enfin, l’immutabilité et le néant.

Cette œuvre est une nouvelle tentative bergsonienne visant à comprendre l’essence de la vie et il procède ici à une analyse approfondie du sens de la vie. L’auteur donne à sa pensée et à sa philosophie une nouvelle orientation. Il semble faire face à des difficultés dans sa quête du sens. En effet, il estime que la science ne nous a pas encore livré tous ses secrets concernant l’évolution de la vie. Cette orientation paraît rejoindre la théorie darwinienne qui est centrée sur l’évolution. Cette théorie, contrairement à celle de l’auteur, donne un sens bien tranché à la vie. Selon la théorie darwinienne, l’évolution de la vie est basée sur le pouvoir, la domination et la force : au cours de l’existence, les organismes les plus puissants écrasent les moins forts. Bergson, par contre, veut aller au-delà de cette perception darwinienne. Il établit alors le fait que l’évolution de la vie tend vers la créativité même il s’interroge sur sa finalité.

Pour lui, la vie est sans cesse en mouvement. Par conséquent, L’évolution créatrice, titre de notre corpus, renvoie à une forme, une conception de l’évolution différente, et même opposée à toutes les précédentes. Elle s’oppose plus précisément à l’évolution matérialiste. L’évolution, telle que perçue par l’auteur, semble prendre forme dans la durée. Le mouvement créateur tend vers une destinée dont il n’a pas encore réussi à dégager les sens. Néanmoins, pour Bergson, une chose est certaine : le souci de création qui motive l’Homme provient de la vie, il est le résultat de la liberté dont jouit l’être humain.

Le changement est l’un des moteurs de la philosophie bergsonienne. Il estime que rien n’est statique et que toutes les forces sont en constante mutation. Il pense que changement s’effectue dans la durée et ce constat revient à dire que le réel est dominé par la nouveauté. Cette nouveauté est omniprésente car le réel est sans cesse en mouvement. Rien n’est donc permanent dans le réel. Par conséquent, rien n’est identique. Cette lecture du réel nous amène à admettre que tout change, nous allons toujours de l’ancien vers le nouveau et vice-versa. Cette impression de tourner en rond conduit vers la monotonie, ce qui pousse Bergson à souligner : «C'est dire qu'il n'y a pas de différence essentielle entre passer d'un état à un autre et persister dans le même état. ». Néanmoins, il rejette cette monotonie et estime que le changement qui s’opère prend une orientation totalement différente. Selon lui, la transition de l’ancien au nouveau est marquée par une imprévisibilité certaine : « Chacun de ses moments est du nouveau qui s'ajoute à ce qui était auparavant. Allons plus loin: ce n'est pas seulement du nouveau, mais de l'imprévisible. ». Pour lui, nul ne peut prétendre et prouver que l’occurrence d’un changement n’est pas le fait d’un mécanisme tout apprêté qui nous renseignerait sur la nature de ce changement. Cette analyse l’amène à conclure que le changement n’est pas un processus en vue d’atteindre un certain objectif mais qu’il est plutôt guidé par une impulsion. En d’autres termes, il veut nous faire comprendre que le changement dont il parle est caractérisé par la liberté, d’où son imprévisibilité.

Le deuxième thème présent dans l’œuvre est celui du sens et de l’évolution de la vie. Bergson constate que la philosophie n’a pas pu donner une explication claire sur le sens de la vie. Il estime que ses prédécesseurs ont été incapables de saisir le sens de la vie en tant que mouvement de création ou de liberté parce qu’ils sont restés jusqu’alors dans les arcanes de la philosophie/la métaphysique antique. Notons que ce postulat qu’il défend dans notre corpus est aussi présent dans L’énergie spirituelle (1919). Le fait que ses prédécesseurs philosophent en se basant sur le modèle antique les emprisonne et les éloigne de cette question majeure : celle du sens de la vie et, plus précisément ici, de son évolution. Il conçoit la vie comme un mouvement continuel et reconnaît la possibilité qu’elle puisse prendre de multiples directions attribuables à l’évolution. Cette conception, il la fait ressentir dès le premier chapitre lorsqu’il parle de vie humaine et de vie animale. Pour lui, la vie est un processus dynamique. Cette dynamique qui est extérieure à la vie elle-même exerce un contrôle sur la matière. En contrôlant la matière, la vie parvient à développer une espèce de langage. Selon l’auteur, ce contrôle prend naissance dans la conscience et s’exprime par l’intelligence. Il convient de rappeler que Bergson jette ici déjà les jalons de L’énergie spirituelle qui tourne autour du concept de la vie comme mouvement créatif. Cette création confère à l’intelligence son aptitude à modifier la matière tout en dénotant que la conscience est libre. Et c’est ainsi que la dynamique se répète, inlassablement. Cette position de l’auteur nous amène à penser qu’il attribue une finalité à la vie. En effet, en soulignant que le fait que l’être humain puisse transformer la matière par le biais du mouvement de création, il donne un sens à la vie. Il déclare à cet effet : « La résistance de la matière brut est l'obstacle qu'il fallut tourner d'abord. La vie semble y avoir réussi à force d'humilité, en se faisant […] dont elle veut se détacher. ». Ce constat est clair et l’auteur a trouvé une des directions divergentes de la finalité de la vie et de son évolution. Une autre direction qui se profile dans le texte est celle de la spiritualité, de l’énergie spirituelle. Cette nouvelle direction prend racine dans le fait que l’auteur attribue à la vie une autorité sur la matière : d’où lui vient cette autorité ? Quelle est la source de ce contrôle que la vie exerce sur la matière ? D’où vient l’intelligence dont la conscience fait preuve ? Bergson, consciemment ou inconsciemment, confère une autorité à la vie sur la matière sans toutefois justifier cet état de choses. L’on serait tenté de répondre que l’auteur s’oriente vers une finalité métaphysique de la vie. Cette possibilité métaphysique, prise sous un certain angle, devient alors très plausible. Cette plausibilité n’enlève rien au fait que son argumentation présuppose une cause première et nous oriente, presque malgré nous, vers la religion.

Enfin, le troisième thème est celui de l’immutabilité et du néant. Au début du quatrième chapitre, l’auteur souligne à ce propos : « Il nous reste à examiner en elles-mêmes […] les conséquences plutôt que le principe. ». Il semble revenir à la philosophie proprement dite car il n’est plus autant question de la vie. Néanmoins, il établit un lien entre philosophie et évolution de la vie. Dans notre corpus, Bergson tisse un fil de fond qui lie la vie, ses particularités à l’illusion que les hommes peuvent avoir de la vie. Illusions, il convient de le rappeler, qui trouve leur racine dans la vie elle-même.

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