L'évolution créatrice

par

Le sens ou l’évolution de la vie

Le deuxième thème présent dans l’œuvre est celui du sens et de l’évolution de la vie. Bergson constate que la philosophie n’a pas pu donner une explication claire sur le sens de la vie. Il estime donc que ses prédécesseurs ont été incapables de saisir le sens de la vie en tant que mouvement de création ou de liberté, cela parce qu’ils sont restés jusqu’alors dans les arcanes de la philosophie/la métaphysique antique. Notons que ce postulat qu’il défend dans notre corpus est aussi présent dans L’énergie spirituelle (1919). Le fait que ses prédécesseurs philosophent en se basant sur le modèle antique les emprisonne et les éloigne de cette question majeure : celle du sens de la vie et, plus précisément ici, de son évolution. Il conçoit la vie comme un mouvement continuel et reconnaît la possibilité qu’elle puisse prendre de multiples directions attribuables à l’évolution. Cette conception, il la fait ressentir dès le premier chapitre lorsqu’il parle de vie humaine et de vie animale. Pour lui, la vie est un processus dynamique. Cette dynamique qui est extérieure à la vie elle-même exerce un contrôle sur la matière. En contrôlant la matière, la vie parvient à développer une espèce de langage. Selon l’auteur, ce contrôle prend naissance dans la conscience et s’exprime par l’intelligence, Bergson jette ici encore les jalons de L’énergie spirituelle, œuvre qui tourne autour du concept de la vie comme mouvement créatif. Cette création confère à l’intelligence son aptitude à modifier la matière tout en dénotant que la conscience est libre. Et c’est ainsi que la dynamique se répète, inlassablement. Cette position de l’auteur nous amène à penser qu’il attribue une finalité à la vie. En effet, en soulignant que le fait que l’être humain puisse transformer la matière par le biais du mouvement de création, il donne un sens à la vie. Il déclare à cet effet : « La résistance de la matière brut est l'obstacle qu'il fallut tourner d'abord. La vie semble y avoir réussi à force d'humilité, en se faisant très petite et très insinuante, biaisant avec les forces physiques et chimiques, consentant même à faire avec elles une partie du chemin, comme l'aiguille de la voie ferrée quand elle adopte pendant quelques instants la direction du rail dont elle veut se détacher. » (p.66).  Ce constat est clair et l’auteur a trouvé une des directions divergentes de la finalité de la vie et de son évolution. Une autre direction qui se profile dans le texte est celle de la spiritualité ou de l’énergie spirituelle. Cette nouvelle direction prend racine dans le fait que l’auteur attribue à la vie une autorité sur la matière : d’où lui vient cette autorité ? Quelle est la source de ce contrôle que la vie exerce sur la matière ? D’où vient l’intelligence dont la conscience fait preuve ? Bergson, consciemment ou inconsciemment, confère une autorité à la vie sur la matière sans toutefois justifier cet état de choses. L’on serait tenté de répondre que l’auteur s’oriente vers une finalité métaphysique de la vie. Cette possibilité métaphysique, prise sous un certain angle, devient alors très plausible. Cette plausibilité n’enlève rien au fait que son argumentation présuppose une cause première et nous oriente, presque malgré nous, vers la religion.

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