La chanson de Hannah

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Résumé

Août 1940. Face aux armées de l’Allemagne nazie, la France vient de subir une des pires défaites de son histoire. Dans la petite ville de Saône-et-Loire où habite Louis, la vie continue pourtant. Mais quand on a onze ans, qu’on habite avec ses parents une maison de mineur dans un coron aux logis de pierre noire, et que l’on croise les soldats ennemis vainqueurs à chaque coin de rue, la vie n’est pas drôle. Alors dès qu’il a un peu de temps libre, Louis trouve refuge au Café des Amis. Il y est entré un jour, il y est revenu le lendemain, et il a fini par faire partie du décor des habitués. Il rend de menus services à Mme Jeanne et M. Jean, les patrons, et écoute les conversations des adultes. Là, il est « Petit Louis », et personne ne cherche à en savoir plus à son sujet. En revanche, à l’école ou dans son quartier, il est le fils d’Abraham et Hannah Podski, venus il y a quelques années de leur Pologne natale. Louis est né en France, il est donc français, ne parle pas polonais, mais on lui fait sentir qu’il est différent, qu’il est un « Polak », et cela l’ennuie beaucoup. Alors ce sont de bons moments que ceux qu’il passe au Café des Amis.

Quelle n’est pas sa stupeur quand un soir ses parents lui apprennent une nouvelle incroyable : il est juif. À son fils qui lui demande ce que c’est, Abraham répond que c’est une religion. Et qu’est-ce qu’une religion ? Et à quoi reconnaît-on un Juif ? Louis apprend alors que ses parents ont quitté leur Pologne natale en raison des persécutions qu’ils y subissaient. Il tombe des nues. À vrai dire, il comprend encore moins quand son père, après lui avoir appris la nouvelle, lui fait jurer de ne jamais dire à personne qu’il est juif – bientôt il saura.

Au Café des Amis, il y a des habitués, comme le doux professeur de musique, surnommé Dorémi, les jumeaux Sirmain, ou Gustave Chaunot, un mutilé de la Grande Guerre. Et puis il y a M. Biélot, un beau parleur massif qui assène ses opinions sur un ton définitif. Il est le premier à se féliciter quand, dès octobre, les autorités se décident à mettre les « youpins » – c’est ainsi qu’il désigne les Juifs – au pas, et il se voit approuvé avec force par les jumeaux Sirmain. Tout le mal vient d’eux, et le maréchal Pétain fait bien de les exclure de la fonction publique ! Mme Jeanne garde le silence, et seul Dorémi ose le contredire. Si M. Biélot savait que le Petit Louis qu’il a pris en affection est un de ces « youpins » !

L’ironie de la situation n’échappe pas à Louis, et va même plus loin puisque Mme Jeanne emploie Louis comme commissionnaire entre son café et la Kommandantur voisine. Louis y porte des boissons et y fait une bien désagréable rencontre, celle du lieutenant Franz Hunger. Cet officier à la tête du poste, qui parle un français parfait, décide d’employer le garçonnet comme espion : il écoutera les propos tenus au café et viendra les lui rapporter. Louis n’a pas le choix, et une étrange vie commence alors pour lui, entre le Café où il se sent si bien, la Kommandantur où il a peur, et la maison du coron où l’atmosphère est bien lourde. La direction des mines a appris qu’Abraham Podski est juif, et il a bien failli perdre définitivement son emploi. Les voisins se sont détournés de la famille, on ne leur dit plus bonjour. À l’école, l’instituteur réserve à Louis un traitement particulier, fait d’humiliations quotidiennes qui sont autant de piqûres dans le cœur de l’enfant.

Un jour de décembre, Hannah emmène Louis se faire recenser : les Juifs de France doivent aller se signaler aux autorités. Le fonctionnaire grossier et brutal humilie la mère et l’enfant. Les rayons de soleil de Petit Louis, c’est Mme Jeanne qui les lui donne. Cette femme généreuse et juste ne décolère pas devant le sort que l’on réserve aux Juifs. Et il y a les leçons de piano de Dorémi, qui a décidé d’apprendre à jouer de cet instrument à l’enfant. Celui-ci aime particulièrement une chanson, « Le temps des cerises », qui évoque les temps meilleurs qui un jour viendront. Louis l’a chantée à Hannah, qui la fredonne maintenant à longueur de journée. Un soir, Abraham et Hannah conviennent d’un signal : si Louis entend son père ou sa mère chanter la chanson, c’est qu’il y a danger. Il faudra fuir, tout de suite ! À partir de ce jour, Hannah ne chante plus.

L’année 1941 ne s’annonce pas bien, les vexations contre les Juifs se multiplient. La nourriture manque, les gens ont faim. On commence à arrêter les Juifs d’origine étrangère, ce dont se réjouit M. Biélot. Et un jour un fonctionnaire vient enlever à la famille Podski son poste de radio et le vélo du père : les Juifs ne sont pas autorisés à posséder de tels objets. Dans sa naïveté, l’enfant va faire appel à l’autorité suprême qu’il connaît, le lieutenant Hunger, espérant réparation pour ce qu’il vit comme une injustice. Quand Hunger apprend que Louis est juif, il éclate d’un rire mauvais : quel idiot de venir se dénoncer ainsi ! Dorénavant, il appellera Louis « le petit Juif ».

Vient le jour où Louis découvre le grand secret de Mme Jeanne : elle aide des Juifs en fuite à passer en zone non occupée, à quelques kilomètres de là. Le hasard fait que Louis lui offre ses services, et voilà l’enfant devenu passeur. Lui, le petit Juif, aide d’autres Juifs à gagner une relative sécurité, tandis qu’il reste exposé aux dures lois du régime nazi.

L’année 1942 arrive ; Louis a grandi, il fait bien plus que son âge. Au Café des Amis, M. Biélot martèle toujours ses opinions ; l’espace de liberté des Podski se réduit de jour en jour ; l’instituteur est toujours aussi cruel ; et la faim toujours là. Louis subit les lois contre les Juifs sans avoir conscience d’être différent des autres jeunes de son âge. Il ne ressemble en rien aux portraits des affiches placardées dans les rues enseignant aux bons Français à reconnaître un Juif. Quant à Hunger, non content d’utiliser Louis, il n’hésite pas à lui cracher sa haine des Juifs au visage.

Le 29 mai 1942, la loi obligeant les Juifs à porter sur leur vêtement une étoile jaune pour les distinguer du reste de la population est promulguée. C’en est trop : il faut fuir. Abraham prépare de faux papiers et un itinéraire : la famille va trouver refuge ailleurs. Mais le soir du départ, quand Louis rentre au coron, il entend ses parents chanter « Le temps des cerises » : les malheureux ont été arrêtés. Louis part se réfugier chez Mme Jeanne. La brave femme envoie l’enfant chez une amie qui héberge déjà d’autres enfants juifs. Et c’est confiant que Louis quitte la petite ville et, valise en main, se rend chez Lucie Radiot. Il ignore que cette femme – qui a gagné depuis le nom de « juste » – a été dénoncée et que la police va l’arrêter lui aussi. Comme ses parents, Louis disparaît dans la tourmente.

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