La chanson de Hannah

par

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Jean-Paul Nozière

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1943 :
Jean-Paul Nozière naît à Monay
(département du Jura) de parents instituteurs. L’écrit, les livres, les
discussions politiques tiennent une grande place dans la vie de la famille.
Très tôt les enfants paraissent destinés à l’enseignement. Jean-Paul fait ses
études à la faculté de lettres de Dijon puis
enseignera l’histoire et la géographie dix
années durant. Les deux ans où il est professeur
à Alger lui inspireront Un été algérien et Le [sic] ville de Marseille. Il passe ensuite
vingt-cinq ans dans un collège à Is-sur-Tille en Côte d’or comme documentaliste.

1966 : À
vingt-trois ans Jean-Paul Nozière commence à publier des nouvelles dans le journal de
l’école
où il travaille, Le Normalien
dijonnais
. La première, intitulée L’Uniforme, a pour cadre la guerre d’Algérie. Il
publie aussi quelques nouvelles dans une revue confidentielle, des critiques de
films, puis s’arrête d’écrire de longues années.

1979 :
Jean-Paul Nozière fait une rencontre
décisive
, celle d’une auteure de livres pour enfants qui débloque son
activité créatrice. Cette année-là, il publie Un cheval à l’école dans
la collection « J’aime lire ». Alors que le père Jules va vendre sa
ferme et quitter le village, la question du devenir de Barnabé, son cheval, se
pose.

1989 : Souviens-toi de Titus repose sur l’atmosphère de mystère qui
entoure les meurtres en série commis
dans une petite ville de province, incarnée par un brouillard permanent. Ils
sont en effet étrangement signés de citations
littéraires
dont l’étude semble pouvoir donner accès aux motivations de
l’assassin. Si ce roman pour les adolescents de treize-quatorze ans est noir,
le ton demeure cependant enjoué.

1990 : La Chanson de Hannah figure parmi les œuvres les plus lues de
Jean-Paul Nozière. Louis Podski, onze ans, fils d’immigrés polonais, vit dans
le quartier des corons d’une petite ville de Saône-et-Loire. Il a pris ses
habitudes au Café des Amis où il se retrouve au milieu de conversations
d’adultes. Quand en 1940
l’Occupation commence, il entend ainsi diverses voix s’exprimer, en faveur ou
contre les lois antisémites
promulguées par le régime de Vichy. Quand ses parents apprennent à Louis qu’il
est juif – un « youpin » comme le dit Biélot, le beau parleur du café
–, il tombe des nues. Ironie du sort : Louis est employé en tant que
commissionnaire entre le café et la Kommandantur
voisine, et même comme espion par
celle-ci. Le titre s’explique par la chanson que Louis et ses parents décident
d’employer comme signal en cas de danger ; cette chanson, c’est « Le
temps des cerises », que Louis a apprise à sa mère qui la fredonnait sans
cesse.

Cette année-là paraît également Un
été algérien
, un roman pour la jeunesse qui a remporté plusieurs prix.
Le cadre en est l’Algérie en 1958. Paul et Salim, deux adolescents
de quinze ans, vivent près de Sétif, en Algérie du Nord. Leurs liens vont être
amenés à se distendre quand Salim, fils de fellah, est amené à s’engager dans
le camp de l’indépendance, à l’inverse de Paul, du côté des colons français. La
sympathie de l’auteur va clairement aux Algériens qui se battent pour
l’indépendance, et l’Algérie est représentée comme une nation d’une grande beauté en train de connaître son éveil. Les rapports entre colons et
colonisés, le mépris et le racisme
sont des thèmes traités de façon à convenir à un lectorat jeune.

2003 : Maboul à zéro a pour protagoniste Aïcha, une brillante jeune fille qui à quatorze ans prépare déjà
son bac. Elle ne vient pas d’un milieu privilégié : sa mère est concierge
dans un collège et son père travaille à l’usine. Pourvue d’un grand sens des
responsabilités, elle s’occupe régulièrement de son frère aîné, Mouloud, un adolescent victime de troubles obsessionnels. L’histoire se
passe au moment de l’élection
présidentielle
de 2002, quand
Jean-Marie Lepen, à la surprise de la famille, se trouve qualifié pour le
deuxième tour. Jean-Paul Nozière aborde donc ici, pour un jeune lectorat, les
questions du racisme, mais aussi de
l’intolérance en général, qui peut
toucher les personnes handicapées. L’œuvre permet de se pencher sur les origines du sentiment de peur qui motive souvent le vote pour le
Front national.

Cette année-là, à soixante ans, Jean-Paul
Nozière cesse son activité de documentaliste et se consacre à l’écriture de
livres pour la jeunesse et de romans policiers pour adultes.

2006 : Après un premier roman noir destiné à un public adulte paru en 1995, Chère Béa, puis cinq autres, Jean-Paul
Nozière remporte le Grand prix du roman noir français pour Le Silence des morts lors
de la dernière édition du festival de Cognac. Christian Milius, surnommé Slo,
est un capitaine de police à la retraite hanté par sa dernière enquête. En
effet, il ne croit plus à la thèse du suicide par laquelle il l’avait conclue
et décide de la reprendre en dehors de tout cadre légal. Entre autres
personnages figurent Ghislain, un danseur occasionnel comme Slo, et Maud, la
sœur du capitaine, internée dans un hôpital psychiatrique.

2008 : Tu peux pas rester là peut initier des collégiens aux sujets
d’actualité concernant les sans-papiers
et les expulsions qu’ils subissent.
Nozière met en scène une fillette de dix ans, Mei, première de sa classe, qui habite depuis six ans en France
avec sa mère Hua, laquelle travaille dans un atelier de confection et rembourse
peu à peu la dette engendrée par leur passage clandestin en France. Quand elles
reçoivent de la gendarmerie les papiers d’expulsion du territoire, elles
décident de se cacher. Dès lors, un cercle
d’entraide
se fait jour dans leur ville, mais aussi des manifestations de racisme et d’indifférence chez une partie de la population. Jean-Paul Nozière
est un auteur cultivant coutumièrement les bons
sentiments
dans ses œuvres mais le côté édulcoré de cette œuvre est
particulièrement signalé par les lecteurs.

2011 : Rien qu’un jour de plus dans la vie d’un pauvre fou est un
roman pour adolescents abordant à nouveau les préjugés dont peuvent être victimes les personnes handicapées. Ici, c’est Linlin, un jeune homme handicapé mental, qui est accusé de la
disparition d’une jeune fille de treize ans, dix ans après celle d’une autre
fille du même âge, dont le récit ouvre le roman. Peu à peu, des liens entre les
deux histoires vont apparaître. Comme Maboul
à zéro
et Tu peux pas rester là,
le cadre de l’histoire est Sponge, une
ville de la région de Dijon.

2013 : Le récit de Que deviennent les enfants quand la nuit
tombe ?
fait l’aller-retour entre l’île de la Réunion dans les années 1960, où circule une 2CV de la DDASS qui
enlève légalement des enfants à leur famille, et la découverte, de nos jours,
du crâne d’une jeune fille dans la grange d’une ferme que Bertille, adolescente
déscolarisée de seize ans, retape avec ses parents dans la campagne de la Haute-Marne.
Son père et elle rêvaient de fonder une agence de détectives privés, et les
voilà donc sur une piste qui va les mener vers une île lointaine…

Cette année-là paraît également Camp
Paradis
, roman pour la jeunesse qui aborde le devenir des enfants en temps
de guerre
. Entre brousse et forêt, dans un pays africain en pleine guerre civile, Pa et Ma accueillent en
effet dans leur refuge des enfants
« éclopés de la vie ». Enfant-soldat ou enfant violenté, chacun des
cinq pensionnaires dont la trajectoire est évoquée a été grandement éprouvé et
constitue un mystère à déchiffrer. Il s’agit donc d’une œuvre sur la résilience, la seconde chance, la renaissance
à soi
.

 

 

 

 

« À Paradis, n’entrent ni les races, ni les couleurs de peau,
ni les religions, ni l’argent, ni le désir de possession, ni le désir de
dominer les autres, ni la violence, ni les égoïsmes, ni les rivalités,
prévenait Ma, le premier jour de l’arrivée d’un éclopé de la vie.
Les termes du contrat étaient clairs et furent tenus. Du moins jusqu’au survol
de Paradis par ce maudit avion. »

 

Jean-Paul Nozière, Camp Paradis, 2013

 

« Linlin détestait les
gosses. Ils jouaient au foot sur la plage. Hurlaient. Se battaient. Se
conduisaient le plus souvent comme des sauvages. Ils l’insultaient. Cinglé.
Toqué. Maboul. Dingue. Tordu. Neuneu. Mongol. Un dictionnaire entier auquel
Linlin ne prêtait guère attention. »

 

Jean-Paul
Nozière, Rien qu’un jour de plus dans la
vie d’un pauvre fou
, 2011

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