La Guerre du Feu

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J.-H. Rosny aîné

J.-H.
Rosny aîné est l’un des noms de plume de l’écrivain franco-belge d’expression
française Joseph-Henri-Honoré Boex, né en 1856 à Bruxelles et mort en 1940 à
Paris. Il a obtenu la naturalisation française en 1890 avec sa femme et ses
quatre enfants ; il n’aurait cependant pas renoncé à la nationalité belge.

Si H. G.
Wells, né dix ans plus tard, et Jules Verne, son aîné de près de trente ans, sont
souvent cités comme étant à l’origine de la science-fiction moderne, celui de
J.-H. Rosny aîné est largement passé sous silence. Il fut pourtant un homme de
lettres important au tournant du XXe siècle, et son roman Les Xipéhuz – un des échantillons les
plus originaux des premiers temps de la science-fonction – est paru près de dix
ans avant La Machine à explorer le temps.

J.-H.
Rosny est issu d’une famille modeste – ses parents étaient de petits commerçants
qui officiaient dans le centre de la capitale belge. Le jeune homme commence
très tôt à écrire – un roman dès ses onze ans, un recueil de vers peu après.

Déjà doté
d’une riche imagination, le jeune Joseph-Henri rêve de Far-West. Il part donc dès
1874 pour Londres avec quelques compagnons, envisageant la ville comme une
simple étape vers des terres plus lointaines ; il y restera finalement jusqu’en
1883. Il commence à y travailler en tant qu’employé de la Submarine Telegraph
Company avec son plus jeune frère Norbert. Son expérience de télégraphiste
nourrira certaines de ses fictions à venir, et de manière générale, sa vie en
Angleterre donnera lieu à de nombreuses évocations dans son œuvre.

Le jeune
homme avait aussi quitté sa Belgique natale pour apprendre l’anglais, et c’est
dans cette langue qu’il publiera en 1888 dans la prestigieuse revue américaine Harper’s Magazine un long article
intitulé Socialism in London, où il
évoque la propagation du socialisme en Angleterre, à laquelle il a directement
assisté. Pour appuyer son analyse, il invoque une profonde connaissance du
peuple londonien. Il publiera dans la même revue trois ans plus tard Nihilist in Paris, un autre long article
dont l’analyse s’insère dans le contexte des événements récents liés aux
réfugiés nihilistes (ou socialistes) russes opérant à Paris ; J.-H. Rosny y
parle de Paris comme du nouveau centre de l’action révolutionnaire russe.

En 1883,
il s’installe en France. Ses premières publications paraissent sous le
pseudonyme de J.-H. Boèce. Ainsi, il publie Sur
le calvaire
– qui deviendra L’Immolation
dans le recueil de 1887 dont elle est la nouvelle éponyme, puis La Brute en 1907 – en 1885 dans La Revue moderniste, lancée l’année
précédente. Mais il fait surtout paraître Nell
Horn, de l’Armée du Salut
l’année suivante, où apparaît pour la première
fois le pseudonyme de J.-H. Rosny, et dont la rédaction avait été entamée
outre-Manche. Malgré le peu de succès de cette œuvre, son auteur est vu par
certains comme un nouveau génie naturaliste (comme l’avance un article du Cri du peuple). D’une part, l’ouvrage
est empreint de réalisme, car il représente fidèlement les mœurs dans les
milieux pauvres et sordides de la capitale londonienne, leur langue fleurie,
les péripéties d’une servante ; mais il lorgne aussi du côté de la prose
poétique, de par ses aspects impressionnistes liés au brassage de registres et de
formes variés.

Cette
étiquette de « naturaliste », J.-H. Rosny la décolle très vite,
puisque son prochain livre, Les Xipéhuz,
publié en 1887, est un petit roman préhistorique qui met en scène des sortes de
cristaux, en tout cas des entités non organiques, relevant d’une forme de vie
intelligente, et qui donnent leur nom à l’œuvre. J.-H. Rosny dira les avoir
imaginés alors qu’il se promenait un matin dans Green Street à Londres. Une
tribu préhistorique livre combat à cette forme de vie parallèle jusqu’à son extermination ;
l’ouvrage évoque ainsi la tendance guerrière de l’homme et ce que semble
parfois impliquer, pour d’autres populations, sa survie. C’est aussi une
illustration de la possible éphémérité de l’espèce humaine, dont la pérennité
apparente du siège, au sommet de la création, n’est peut-être qu’une illusion.

La même
année il signe le « Manifeste des Cinq », paru dans le Figaro en
réponse à la publication par Émile Zola de son roman La Terre, tribune où une nouvelle génération d’auteurs accuse leur
maître de trahison ; il croulerait selon eux sous les clichés, serait la victime
de son ignorance scientifique, un observateur superficiel et enclin à « la
note ordurière ».

En 1889, J.-H.
Rosny publie La Légende sceptique,
que l’auteur décrit comme un texte entre l’essai et la fiction. Il y mêle des
concepts scientifiques à un mysticisme lyrique pour produire un tableau complet
de la création et du développement de la vie. L’écrivain postule un sens de la
beauté inné, déconnecté des expériences passées, qui aurait à voir avec
l’éthique car il reflète la perception qu’a chacun du mystérieux projet à
l’œuvre dans le monde. Les personnages de J.-H. Rosny peuvent ainsi tomber sous
le charme de Martiennes ou de femmes préhistoriques, même si ces expériences ne
recoupent aucune jouissance esthétique passée. Une telle réaction esthétique,
intime, face au monde extérieur, n’a donc rien à voir avec une appréhension
scientifique. La science n’est qu’un des moyens, pour J.-H. Rosny, de percer
les mystères de la création. Dans ses Pensées
errantes
, il peut donc déclarer que « L’Univers serait une bien pauvre
chose s’il était vrai que la science humaine pût en atteindre plus qu’une
fraction infinitésimale. » Ses œuvres de science-fiction entreprennent bien
le chemin déductif propre aux sciences, mais l’auteur se laisse aussi aller à
la méditation et au rêve éveillé, qui ont aussi une valeur heuristique. Il
n’appuie donc pas autant que Verne ou Wells la part technologique dans ses
récits, mais se montre plus attentif à leurs échos plus proprement humains.

Fin 1886,
début 1887, J.-H. Rosny avait commencé à collaborer avec son frère, Justin
Boex, dit J.-H. Rosny jeune, mais qui utilise d’abord le même pseudonyme que
son aîné. Ce n’est qu’en 1935 que les deux frères signeront une convention
littéraire qui attribue les textes écrits sous un pseudonyme commun à chacun
d’eux. À partir de 1908, chacun des frères Boex poursuivra sa carrière
littéraire de son côté ; l’aîné signera désormais « J.-H.
Rosny aîné ». Ils publient par exemple ensemble Vamireh – que la convention de 1935 attribue effectivement aux deux
frères –, un roman qui paraît d’abord dans L’Écho
de Paris
fin 1891. Il s’agit d’un roman des temps primitifs, occasion pour les
auteurs de raconter l’histoire d’une humanité naissante. Les différents peuples
sont présentés environnés d’une nature à la beauté sauvage au sein de laquelle
ils luttent contre les animaux préhistoriques et entre eux, les plus faibles –
les hommes des arbres et les mangeurs de vers – étant voués à l’extinction. Il
s’agit alors d’hommes ; l’humain, naissant, sera celui qui au lieu
d’employer sa force pour vaincre égoïstement en fera profiter un plus faible.

Par son
testament, Edmond de Goncourt, un proche des deux frères, mort en 1896, créait l’Académie
Goncourt, et désignait J.-H. Rosny aîné, avec son frère, comme deux des huit
premiers académiciens qui la composeraient. J.-H. Rosny aîné en sera élu
président en 1926 et le restera jusqu’à sa mort.

En 1910
paraît en huit parties La Mort de la
Terre
dans la revue hebdomadaire Les
Annales politiques et littéraires
, œuvre qui envisage l’extinction de
l’espèce humaine suite à la disparition des réserves d’eau. Cette fois, la vie
parallèle qui conteste la suprématie des humains se présente sous la forme de
structures minérales appelées ferromagnétaux. À la monotonie d’une humanité
moribonde s’oppose l’espoir de Targ, qui part en quête d’eau et d’un site
habitable pour les siens dans les sous-sols.

 La Guerre du feu, après
des prépublications partielles, paraît l’année suivante. L’œuvre considère à
nouveau l’homme dans le cadre de la Préhistoire, mais sous l’angle de sa
maîtrise du feu. Il s’agit de la quête d’un nouveau feu par Naoh et ses
compagnons après que la tribu des Oulhamrs l’a perdu lors d’un affrontement, bien
qu’il ait été jusque-là l’objet de nombreuses attentions. L’œuvre inspirera de
nombreuses adaptations sur d’autres supports artistiques – dont le célèbre film
de Jean-Jacques Annaud en 1981 –, mais encore bien des vocations
d’archéologues.

Parmi la
nombreuse production fictionnelle de J.-H. Rosny aîné, citons enfin Les Navigateurs de l’infini, œuvre parue
d’abord en 1925, puis en volume en 1927. Cette fois, c’est sur Mars, atteinte
par le vaisseau Stellarium, qu’une
espèce ancienne et évoluée, celle des Tripèdes, à l’étrange beauté, également
menacée par la désertification de leur planète, cède le pas devant une autre
forme de vie évoluant vers la suprématie, des entités minérales primaires
appelées les Zoomorphes. Un sentiment de mélancolie, distillé au fil d’une prose
poétique coutumière chez J.-H. Rosny, y est particulièrement perceptible, dû à
l’extinction d’une civilisation qui est en jeu, et à l’amour empêché entre un
explorateur humain et la fille d’un chef extraterrestre. C’est dans cette œuvre
qu’apparaît pour la première fois le terme « astronautique ».

En tant
que penseur, J.-H. Rosny aîné ne s’est pas toujours appuyé sur la
fiction ; il a par exemple publié, sous son vrai nom, un essai dans la Revue Philosophique de la France et de
l’Étranger
en 1909, intitulé Le
pluralisme, essai sur la discontinuité et l’hétérogénéité des phénomènes
. Sa
pensée y rejoint celle illustrée par ses fictions d’une réalité échappant
abondamment à la connaissance humaine. À l’infinie diversité des choses qui
emplissent notre monde s’additionne l’infinité des mondes qu’imagine J.-H.
Rosny. Ses Pensées errantes, œuvre
éditée en 1924, aborde par ailleurs de nombreux sujets, évoque par exemple ses
pairs des siècles précédents, sur un mode parfois poétique, dans des formules
parfois sibyllines.

Parmi
ceux qui ont subi l’influence de J.-H. Rosny aîné, on peut citer Arthur Conan
Doyle ou Richard Matheson. Malgré l’ombre de ses contemporains, Verne et Wells,
l’œuvre de Rosny eût pu gagner une plus grande part de lumière de par
l’originalité de son imagination, particulièrement perceptible lors de
l’évocation de mondes parallèles peuplés d’êtres avec lesquels est interdite
toute communication, ou lorsqu’il renverse les schémas coutumièrement admis
concernant l’évolution des espèces – autant d’éléments qui font de cet écrivain
un novateur important parmi les pionniers de la science-fonction.

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