La Pensée et le Mouvant

par

Le possible et le réel

Par ailleurs, dans le premier et le deuxième chapitres de notre corpus, Bergson s’intéresse respectivement au « Possible et (au) Réel » et à « L’intuition philosophique ». Dans ces chapitres, qui sont en fait un « Essai publié dans la revue suédoise Nordisk Tidskrift en novembre 1930 » et le condensé d’une « Conférence faite au Congrès de Philosophie de Bologne le 10 avril 1911 », il fait une sorte de synthèse de sa pensée. Ces chapitres résument en quelque sorte l’essence de cette pensée qui place l’intuition au centre de tout. L’intuition, qui est selon Bergson, le seul moyen de connaissance de la durée. L’intuition a donc un impact indéniable sur la connaissance. Dans ces chapitres, il met en exergue la rupture qui existe entre nos représentations et ce qui se produit réellement dans le monde. C’est une comparaison entre ce qui se passe dans notre imagination, notre conception du monde et ce qu’il en est réellement. Cette comparaison nous montre le déséquilibre qui existe entre ces deux visions. L’auteur estime que le pouvoir de notre esprit ne pourra jamais saisir le monde. Cet état des choses est dû au fait que notre faculté à reproduire la connaissance est immobile alors que le monde (réel) est mobile. Cette incapacité se traduit par l’immobilité de l’esprit humain. Il estime que le temps tel qu’élaboré par notre pensée, notre psychologie, semble en contradiction avec la nature. Cette constatation l’amène à établir que notre faculté à la connaissance est spéculative, tandis que le monde ou la nature est en mouvement. Il souligne à cet effet : « Pour l'apprendre, nous aurions à revenir sur nous-mêmes, à philosopher, et à remonter la pente de la nature, car la nature a voulu l'action, elle n'a guère pensé à la spéculation. » La pensée bergsonienne montre donc le déphasage entre nos perceptions et le réel. Ce faisant, l’auteur rejette la théorie selon laquelle l’intelligence humaine est fixée et ne peut gérer que des données statiques. Il en déduit donc que si l’intelligence humaine veut saisir et peut gérer ce flux de connaissances, elle doit être active car c’est uniquement de cette manière qu’elle peut appréhender le nouveau, le réel.

Ce constat implique que nous avons figé le réel parce que nous l’avons sous-estimé. En agissant de cette manière, nous avons refusé d’anticiper sur le réel en estimant que tout est prévisible et statique. Il nous invite donc à faire le chemin inverse en tenant compte du fait que le réel est une succession ininterrompue de possibilités. Le réel est donc caractérisé par son imprévisibilité ; il est toujours en devenir. Ce qui amène l’auteur à adopter une démarche prudente face au réel. Il pense que face au réel, il faut combattre la certitude car elle nous empêche de le saisir. Étant donné que le réel est incertain, il faut être dubitatif face à lui, et user d’intuition si l’on veut saisir l’essence, le mouvement de la nouveauté.

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