La photo qui tue

par

Le fantastique dans le livre

Le fantastique est un registre qualifiant l’intrusion du surnaturel dans la vie réelle. On le distingue du merveilleux car le fantastique induit une part de doute : on ne sait pas si ce qui se passe survient réellement ou s’il s’agit du fruit de l’imagination du héros. Il existe différents types de fantastique, par exemple le fantastique dit « frénétique », qui se rapproche de celui employé par l’auteur. En effet, le fantastique frénétique implique de l’horreur, des éléments macabres, qu’on retrouve chez Horowitz. Le fantastique se traduit de diverses façons dans ses nouvelles :

 

1. L’objet déclencheur

 

Chacune des nouvelles d’Anthony Horowitz est déclenchée par un objet magique. Cet objet fait intrusion dans la vie du ou des héros et chamboule tout ce qu’ils ont connu. Il peut revêtir toutes sortes de formes différentes ; il peut s’avérer petit, grand, banal ou excentrique. Le lecteur voit ainsi apparaître un appareil photo maléfique, une baignoire hantée, un ordinateur tueur, un bus mortel et bien d’autres objets. Tous ces éléments permettent l’introduction du fantastique dans l’histoire. Par exemple, dans La Photo qui tue, c’est l’achat d’un appareil photo par Matthew, le héros, pour l’anniversaire de son père, qui va tout déclencher. Peu à peu, les objets ou êtres vivants pris en photo meurent. Ainsi l’arbre de la famille se flétrit, le chien est victime d’un accident, puis toute la ville de Londres en vient à être menacée.

Chacun des objets a son propre pouvoir. La baignoire fait par exemple réapparaître les morts ; en effet, le tueur sanguinaire qui assassinait des femmes dans sa baignoire se retrouve incarné dans le corps du père de la jeune héroïne. Celle-ci peut également apercevoir le visage du meurtrier dans le miroir de sa salle de bain, ainsi que le sang qui a coulé lors de ses crimes. Ces apparitions magiques ne sont dues qu’à la baignoire. De plus, la magie ne touche ici que la jeune fille, car les autres membres de sa famille la pensent folle.

Dans La Photo qui tue, l’appareil « avale » les choses et les tue. C’est pour cela que les trois jeunes qui possédaient l’appareil avant qu’il ne soit mis en vente au marché ont disparu mystérieusement. Mais tous ces objets fantastiques, de manière générale, ont plus ou moins un rapport à la mort, à la destruction.

Les effets du fantastique sont renforcés par la banalité de chacun des protagonistes. Matthew est un jeune adolescent qui aime son père et qui lui cherche un cadeau qui lui fera vraiment plaisir ; Isabel vit normalement sa vie d’étudiante jusqu’à ce qu’une baignoire victorienne arrive chez elle et qu’elle se fasse enfermer pour folie ; Nick et Jérémy Hancock veulent fêter Halloween comme beaucoup de jeunes et se retrouvent à bord du « bus de la mort » alors qu’ils souhaitent rentrer chez eux. Chacun possède une vie classique, avec des hauts et des bas, des ennuis avec des parents, des professeurs, et rien ne les prédestine aux aventures qu’il vont vivre. C’est tout l’intérêt propre au fantastique : il laisse croire au lecteur que ce qui arrive dans l’histoire peut tout aussi bien lui arriver à lui dans la réalité.

 

2. Les événements fantastiques

 

Chacun des protagonistes est entraîné dans une histoire invraisemblable, incompréhensible pour son entourage, et doit donc faire face seul à ce qui lui arrive. Les éléments déclencheurs ayant été mis en place, une trame se construit, entraînant nos héros de plus en plus loin dans le fantastique. D’un quotidien classique, ils passent dans une sorte de « seconde dimension ». En effet, ils seront obligatoirement confrontés à des épisodes inexplicables. Comment justifier devant ses parents que c’est un bus vieux de plus de trente ans, qui s’arrêtait à tous les cimetières, qui a causé notre retard ? Que le fantôme d’un tueur nous poursuit ? Qu’un emploi de testeur de jeux vidéo va se transformer en pur cauchemar ? Toutes ces nouvelles sont racontées de telle façon que l’on ne sait pas si le héros est véritablement confronté à ce qu’il raconte ou s’il s’agit d’un délire. Prenons l’exemple de la nouvelle Le Bus de nuit : les deux enfants prennent place à bord d’un bus rempli de morts, qui les emmène on ne sait où. Grâce à l’instinct de Nick, les deux garçons parviennent malgré tout à rentrer chez eux, mais lorsqu’il faudra raconter leur aventure, la partie ne semble pas être gagnée. En effet, leur bus n’existe plus, l’itinéraire qu’ils disent avoir emprunté n’est plus assuré : « – Il importe qu’il n’existe pas de bus 227 B, répondit Rosemary ». Il leur est impossible de justifier quoi que ce soit, provoquant l’incrédulité de ceux à qui ils racontent leur histoire : « évidemment, c’est une farce, conclut John Hancock en se levant », mais également le doute du lecteur face à leur propos. N’ont-ils pas plutôt rêvé ?

Mais c’est dans L’Horrible Rêve de Harriet que le fantastique instille le plus de doute quant à la véracité des propos tenus. Tout d’abord, de par son titre, puis toute l’histoire nous est présentée comme un pur produit du sommeil, jusqu’au réveil de l’enfant. Pensant qu’elle est sauvée, la tension se relâche un peu chez le lecteur avant qu’il ne s’aperçoive qu’il s’agissait bien de la réalité, que rien n’a été inventé : « Harriet ouvrit tout grand les yeux. Elle était allongée sur une dalle de marbre, dans la cuisine. Une énorme marmite mijotait sur une cuisinière. »

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