La princesse de Babylone

par

Un conte philosophique

La Princesse de Babylone est un conte fait en partie pour divertir mais s’il est passé à la postérité, c’est parce qu’il contient de nombreux enseignements philosophiques. L’écriture de Voltaire, en tant que philosophe des Lumières, est forcément engagée. Le conte est pour lui un moyen d’initiation du lecteur à certaines réflexions. À travers le périple de ses personnages, il dénonce les injustices et les maux de son époque, les abus de la société européenne, mais propose aussi des alternatives. Ici, on retrouve une critique de la discrimination sociale, du dogmatisme religieux et de la guerre. Sur un versant positif, est fait l’éloge de l’amour et de la fidélité, et une société égalitaire est présentée.

 

– Critique de la discrimination sociale : Pour Voltaire, tous les hommes sont égaux. La naissance d’un homme ne peut être l’objet d’un jugement en sa faveur ni contre lui. La véritable noblesse n’est clairement pas affaire d’hérédité : Amazan est un simple berger mais il réussit là où trois rois ont échoué. Il a une grandeur d’âme supérieure : il va jusqu’à sauver l’un de ses rivaux. Il fait preuve de plus d’intelligence, de force et de courage.

Voltaire à travers le comportement de Bélus fustige cette noblesse qui se croit supérieure au peuple et le méprise. Ce dernier rechigne en effet à donner en mariage sa fille à un simple berger, violant ainsi sa propre parole et faisant par là preuve de fourberie et d’orgueil. Voltaire va même jusqu’à critiquer la royauté et sa prétendue supériorité : « Amazan n’est pas roi et je ne sais même pas s’il voudrait s’abaisser à l’être ». La royauté n’a clairement rien, dans l’esprit du philosophe, d’un mérite ni d’une qualité dont on peut se vanter.

 

– Critique du dogmatisme religieux : Voltaire a, dans presque toutes ses œuvres, fait un procès cinglant au dogmatisme religieux. Dans ce conte, il ne déroge pas à la règle. À des degrés différents il critique l’Église avec ironie ; par exemple, Amazan refuse de « baiser les pieds du Vieux des sept montagnes », c’est-à-dire du pape, et s’étonne qu’en sa ville prestigieuse maints seigneurs et « violets » le courtisent comme s’il était une dame. Il fustige aussi l’Inquisition avec plus de sérieux, notamment à travers l’épisode de la condamnation de Formosante au bûcher.

Pour Voltaire, les religieux sont sans grand mérite. Ainsi, au pays des Gangarides, les prêtres sont-ils remplacés par de simples perroquets, animaux qui symboliquement représentent la futilité, le bavardage inutile. Par ailleurs, au pays des Gangarides, les fidèles font la prière non pour solliciter mais pour « rendre grâce des bienfaits».

 

– Critique de la guerre : Voltaire fustige aussi la guerre dans ce conte. Dans Micromégas ou Candide, il en fait aussi une critique acerbe. Dans La Princesse de Babylone, Voltaire parle ainsi des gouvernants qui déclenchent les guerres : « leur principale démence est de verser le sang des autres », et utilise plusieurs fois le terme de « fous » pour les qualifier.

Avec l’épisode de la guerre du roid’Inde contre les Gangarides, le philosophe expose les horreurs des conflits et leurs conséquences sur les peuples.

 

– Une société égalitaire : Face à tous ces maux, Voltaire propose une société égalitaire, l’utopie dupays des Gangarides, où tous les hommes sont considérés comme égaux, et où il n’y a pas de gouvernants.

Par ailleurs, les Gangarides sont pacifiques. Ils n’ont aucune volonté de conquête ni de domination. Bien au contraire, ils se montrent respectueux de la vie humaine même lorsqu’ils sont attaqués. Ainsi, ils ne torturent pas leurs prisonniers et les traitent avec dignité.

 

– Un éloge de l’amour : Voltaire à travers ce récit fait un éloge de l’amour et de la fidélité. Malgré toutes les tentations, Amazan et Formosante resteront fidèles l’un à l’autre. Si Amazan succombe à la fin, c’est l’occasion pour Voltaire de montrer la force de l’amour à travers le pardon que Formosante lui accorde.

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