La princesse de Babylone

par

Résumé

Bélus, roi de Babylone, vit dans un palais fastueux et pense être « le premier homme du monde », oubliant le génie de ses prédécesseurs et des créateurs de la ville. Formosante, sa fille unique, est d’une beauté exceptionnelle. Souhaitant la marier à un homme digne d’elle, le roi s’adresse à un oracle qui lui annonce qu’elle ne pourra épouser que celui qui saura tendre l’arc de Nembrod, un arc merveilleux, d’un bois particulièrement dur, qu’aucun homme n’a pu jusqu’alors maîtriser. Doté de beaucoup d’esprit, le mari devra être « le plus magnifique » et « le plus vertueux » des hommes, et posséder la chose la plus rare de l’univers. Trois rois tentent de relever le défi et se présentent devant Bélus et sa cour à l’occasion d’une cérémonie organisée à cet effet : le pharaon d’Égypte, le Shah des Indes et le grand Khan des Scythes. Après avoir offert des richesses en l’honneur de la belle princesse, les prétendants sont tirés au sort pour définir leur ordre de passage. Alors que les épreuves sont en cours de préparation, les spectateurs se délectent de la fête organisée, convaincus que « l’homme n’est né que pour la joie » et les plaisirs et que « l’essence de la nature humaine est de se réjouir ». Cependant, juste avant le début des essais, un jeune inconnu, qui souhaite assister à la cérémonie, se présente et charme l’assemblée par sa majesté et sa grâce.

Après les échecs successifs des trois rois, le jeune inconnu réussit l’exploit de tendre l’arc et de faire voler une flèche. Séduite par l’exploit du jeune homme, Formosante est de plus charmée par les vers qu’il lui adresse sur une tablette d’ivoire. Après le refus des rois d’Égypte et des Indes de participer à la deuxième épreuve qui consiste à affronter et tuer un lion dangereux, le roi des Scythes accepte de relever le défi mais évite la mort de justesse, sauvé par une intervention du jeune inconnu qui tue le lion et libère le monarque. Après avoir remplacé les dents du lion par des diamants, le jeune homme offre la tête du félin à la princesse, suscitant de nouveau l’admiration des spectateurs. Cependant, informé de la situation de son père souffrant, le jeune inconnu s’éclipse subitement après avoir laissé à la princesse son bel oiseau.

 Alors que la disparition du jeune homme suscite les discussions les plus folles dans la cour de Babylone, Aldée, la cousine de Formosante, explique à la princesse que le jeune inconnu mérite de l’épouser car il a relevé tous les défis ; il a en outre fait preuve d’esprit et de générosité. Le roi Bélus consulte de nouveau l’oracle qui lui annonce que sa fille ne sera mariée que quand elle aura fait le tour du monde. Malgré le respect qu’ils doivent à l’oracle, les ministres du roi s’opposent à son avis et jugent qu’il n’a pas le sens commun. Cependant, et sur l’avis d’Onadase, le plus jeune des ministres, le roi Bélus décide d’envoyer sa fille au temple d’un saint, célèbre pour offrir de beaux mariages aux jeunes filles.

Lors d’un festin grandiose organisé par Bélus dans un salon magnifique en l’honneur des trois rois, l’oiseau merveilleux laissé par le jeune inconnu se distingue par sa gentillesse et sa serviabilité. Alors que le roi des Scythes séduit la princesse Aldée, cette dernière se présente devant lui en héritière légitime de la couronne de Babylone, victime de Bélus qui l’a empêchée de se marier. Le roi des Scythes propose alors de la venger en l’enlevant du palais et en attaquant son père avec une armée de trois cent mille hommes. Aldée accepte et les deux amants s’échangent des promesses avant de se séparer.

 Au moment de dormir, Formosante pense au charmant inconnu quand l’oiseau merveilleux lui adresse la parole et lui raconte son histoire. Né à l’époque où les animaux s’entretenaient avec les hommes, bien avant que ces derniers ne deviennent des « barbares », il lui explique que le charmant inconnu s’appelle Amazan et qu’il vient du pays des Gangarides, situé sur la rive orientale du Gange. Terre de richesses innombrables, ce pays est habité par des bergers, « nés tous égaux », qui ne tuent point leurs troupeaux, rendent régulièrement grâce à Dieu et ont su défendre leur patrie contre un roi des Indes ayant tenté de l’envahir. Enfin, l’oiseau offre à la princesse de visiter le pays d’Amazan. Formosante est tout enchantée. La discussion se poursuit et Formosante apprend qu’Amazan n’a eu aucune maîtresse et qu’il passe son temps à « cultiver les arts », « pénétrer les secrets de la nature » et « perfectionner son être ».

Le lendemain, le roi Bélus vient annoncer à sa fille sa décision de l’envoyer en pèlerinage. Ensuite, il organise un nouveau dîner auquel prennent part des convives « mal assortis » et « jaloux les uns des autres ». Alors que Formosante part se promener dans les jardins avec l’oiseau merveilleux, ce dernier est tué par une flèche tirée par le roi d’Égypte, ivre et maladroit au tir à l’arc. Avant de s’éteindre, l’oiseau demande à Formosante de le brûler et de porter ses cendres en Arabie. Consulté de nouveau par le roi Bélus, l’oracle donne une réponse concise et incompréhensible.

Après avoir rendu les honneurs funèbres à l’oiseau regretté, Formosante fait tuer les animaux du roi d’Égypte. Ce dernier décide de préparer son armée pour attaquer Babylone, bientôt rejoint dans son projet par son allié le roi des Indes ainsi que le roi des Scythes qui, après avoir enlevé la princesse Aldée, est désormais résolu à la venger. Au petit matin, Formosante quitte Babylone en direction de l’Arabie, déterminée à exécuter les dernières volontés de l’oiseau et à retrouver Amazan. À son réveil, le roi découvre l’enlèvement de la princesse Aldée et ordonne d’envoyer son armée contre le roi des Scythes. Une guerre impliquant quatre armées de trois cents mille hommes chacune s’apprête à embraser l’Asie. Formosante, quant à elle, se dirige vers Bassora avec le projet de rallier par la suite l’Arabie.

Dans une hôtellerie, Formosante tombe par hasard sur le roi d’Égypte. Il dit vouloir abuser d’elle pour la punir du comportement qu’elle a eu envers lui à Babylone. Feignant la soumission à ses volontés, elle le charme par un discours envoûtant et demande à recevoir sa femme de chambre Irla et son apothicaire. À l’aide de celui-ci, elle s’arrange pour faire boire au roi et à ses serviteurs un vin mélangé à des drogues somnifères, puis elle se déguise en prêtre et s’enfuit avec sa femme de chambre vers Bassora. De là, les deux femmes embarquent en direction d’Éden.

À son arrivée, au moment où elle rend à l’oiseau les honneurs funèbres qu’il a exigés, Formosante est surprise de le voir ressusciter. Le phénix lui rappelle que « tout est résurrection dans le monde », en donnant l’exemple des chenilles, des noyaux et des animaux ensevelis. Ensuite, répondant à la demande de la princesse, il fait confectionner un canapé « aussi léger que commode et solide » et appelle deux griffons amis pour transporter Formosante et sa suivante au pays des Gangarides.

Là, Formosante est accueillie chez Amazan qui s’est absenté. Pendant qu’on lui sert des mets délicieux, le phénix discute avec la mère d’Amazan qui, affligée de la mort de son mari et du départ précipité de son fils, demande à voir la princesse. Formosante apprend d’elle qu’Amazan a été informé de ses aventures grâce à un merle qui l’a suivie. Le jeune homme a quitté la maison quand il a appris que la princesse avait échangé un baiser avec le roi d’Égypte. La mère annonce à Formosante qu’Amazan, « le plus passionné » de tous les bergers gangarides, est en réalité son cousin germain. Affolée, Formosante se dit déterminée à retrouver l’homme qu’elle aime puis, informée par l’oiseau merveilleux qu’Amazan a pris la route de la Chine, elle part à sa poursuite à bord d’un carrosse à six licornes. En réaction au mal causé par le merle indiscret, l’oiseau merveilleux chasse tous les merles des bords du Gange.

Arrivée à Cambalu, en Chine, en compagnie de sa femme de chambre et du phénix, Formosante découvre une ville magnifique et reçoit les honneurs de l’empereur, monarque sage et juste qui a su repousser les jésuites venus prêcher « des dogmes d’intolérance » sur ses terres. Lors d’un dîner avec Formosante, l’empereur témoigne des qualités d’Amazan et lui remet une lettre qu’il a laissée à l’attention d’une princesse éprise de lui et dans laquelle il repousse ses avances et jure de parcourir la terre tout en restant fidèle à Formosante. Décidant de rattraper son amant, la princesse de Babylone quitte la Chine pour la Scythie où elle découvre des paysages dominés par la « terreur » et rencontre sa cousine Aldée devenue reine. Cette dernière l’informe qu’Amazan est passé la voir et qu’il a quitté la Scythie après avoir repoussé les faveurs de la plus belle femme du pays. Formosante la quitte pour l’empire des Cimmériens où elle espère retrouver son bien-aimé.

Arrivée chez les Cimmériens, Formosante découvre un empire étendu et « florissant » que l’impératrice (Catherine II) ne cesse de développer et d’embellir tout en restant proche de ses sujets et concernée par leurs problèmes. Lors d’un entretien entre le seigneur cimmérien et l’oiseau merveilleux, on apprend que Catherine II a instauré la tolérance comme la première de ses lois et œuvré pour sa promotion chez ses voisins, ce qui lui a valu le titre de « mère de la patrie ». Formosante apprend par l’intermédiaire du phénix qu’Amazan a laissé une nouvelle preuve de fidélité avant de quitter l’empire des Cimmériens.

Parti en Scandinavie, Amazan découvre un pays où cohabitent royauté et liberté. Chez les Sarmates, Amazan découvre qu’un roi-philosophe est à la tête de cent mille petits rois. Repoussant les fortunes et les avances tout au long de ses périples, le jeune homme est résolu à donner à Formosante « l’exemple d’une fidélité unique et inébranlable ». La course-poursuite avec la princesse se prolonge en Germanie où chacun leur tour ils admirent les progrès induits par la raison et se font les témoins de l’éducation des princes du Nord, instruits suivant les principes de la « morale universelle » et du « mépris des superstitions ».

Chez les Bataves, Amazan est heureux de retrouver les valeurs de liberté et de tolérance mais découvre des femmes « froides » et une nation « insipide ». Manquant de le rejoindre dans ce pays, Formosante souhaite le rattraper sur l’île d’Albion, mais des vents contraires la retiennent malheureusement au port, la plongeant dans un état de douleur et de mélancolie. Retenue dans son lit, elle passe son temps à écouter sa femme de chambre qui lui lit des romans.

Pendant ce temps, Amazan prend la route de la capitale d’Albion où il rencontre un lord anglais nommé Qu’importe, à qui il rend service en le tirant d’un fossé. Reconnaissant, ce dernier l’invite à dîner dans sa maison de campagne. L’épouse du milord, jeune et charmante, dotée d’une âme vive et sensible, prend soin d’Amazan et se trouve très vite séduite par sa beauté et sa force. Après le dîner, Amazan s’entretient avec un membre du Parlement et s’informe de la constitution et des mœurs du pays. Racontant à Amazan l’histoire d’Albion, le sénateur évoque le passé difficile d’une nation qui a dû résister à l’esclavage, aux guerres royales et aux épidémies avant de connaître la félicité et la richesse, dès lors que les rois ont reconnu que leurs pouvoirs n’étaient pas absolus. Amazan retourne ensuite en Batavie et manque de croiser Formosante sur son chemin.

Aussitôt arrivé, il reprend la route en direction de la ville aux sept montagnes. Sur le chemin, il traverse la Germanie méridionale, où il répond aux avances des dames par de modestes refus, puis Venise, où il ignore la mode des masques de carton et les filles de plaisir, avant d’arriver sur les bords du Tibre. Dans la ville aux sept montagnes, il rencontre des chantres « dépouillés de leur virilité », assiste à un grand défilé, visite le palais du prince et découvre avec surprise les étranges cérémonies des habitants. Des prélats romains se montrent particulièrement sensibles à sa beauté.

Poursuivant son voyage, Amazan arrive à la capitale de la Gaule, ville scindée en deux parties, l’une « très noble et très agréable », l’autre « un peu grossière et ridicule ». Il découvre un peuple d’oisifs qui ne pense qu’à jouer et se divertir. Les rares gens occupés sont de « sombres fanatiques » ou des « conservateurs d’anciens usages barbares ». Après un siècle où le pays a connu le développement des beaux-arts et de la poésie, une période de décadence est venue tout détruire pour installer l’ignorance et le mauvais goût. Amazan participe à quelques dîners puis assiste à un opéra. Il succombe ensuite au charme d’une « fille d’affaire » dans les bras de laquelle Formosante le surprend. Désespérée, la princesse quitte la ville en compagnie de sa femme de chambre. Sur le chemin, le phénix lui rappelle les preuves de fidélité d’Amazan et réussit à apaiser son cœur. Alors que Formosante est déchirée entre son amour et sa vanité, Amazan apprend à son réveil le passage de la princesse et, inconsolable, décide de la rattraper.

Après avoir franchi les Pyrénées, Amazan arrive à la « province arrosée du Bétis », terre jadis cultivée par les Tyriens puis développée par les Palestins, et où l’on brûle désormais tous les gens accusés de magie. Installée dans une villa, la princesse prépare son retour à Babylone, mais elle est enlevée par des inquisiteurs ; le phénix part en informer Amazan. À Sevilla, le jeune homme sauve Formosante du bûcher et purge le royaume des inquisiteurs. Le couple se réconcilie et leur puissant amour renaît de nouveau.

 Après un mauvais dîner au palais du roi de la Bétique, Formosante et Amazan confirment leur projet de retourner à Babylone. Le roi leur offre des troupes pour les accompagner et les protéger durant leur voyage. Ainsi, ils passent par Tyr avant d’arriver sur les bords du Nil où ils rencontrent le roi d’Éthiopie qui tombe sous le charme de la princesse. Amazan le tue et chasse tous les Éthiopiens d’Égypte avant de gagner la guerre contre les trois rois et de revenir triomphant à Babylone pour y célébrer son mariage avec la princesse et accéder au trône.

Voltaire termine son œuvre par une invocation aux Muses, qu’il prie d’éviter qu’on fasse une suite à son histoire comme avec ses précédents contes, et de protéger son œuvre contre les médisances des critiques.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >