La Reine morte

par

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Henri de Montherlant

Henry de Montherlant (1896-1972) est un
écrivain français né et mort à Paris. Il est issu d’une famille d’un
tempérament orgueilleux appartenant à la petite noblesse. Sa famille, dont ses
oncles avec qui il est forcé d’habiter du fait des soucis financiers de son
père, inspirera ses œuvres.

Dès 9 ans, il se passionne pour la
littérature, et décide de sa vocation d’écrivain dès 12 ans. L’écrivain
polonais Sienkiewicz et son Quo
Vadis ?
(1896) l’inspirent.

Au collège, il se lie d’une amitié si
passionnée avec un autre garçon qu’il se voit renvoyé de l’établissement ;
sa liaison inspirera plusieurs de ses œuvres.

Sa première œuvre, L’Exil, s’inspire de sa vie pendant sa composition en 1914 :
une mère s’oppose au départ de son fils à la guerre. La pièce ne sera jamais
représentée, malgré la maîtrise dont fait déjà preuve l’auteur qui esquisse une
sorte de satire de la figure du héros.

Le roman La
Relève du matin
, publié en 1920, a été écrit entre 1916 et 1918 ; il ressemble
à un poème en prose. Les joies de l’adolescence de Montherlant y apparaissent
entre sa pratique catholique et celle de plusieurs sports. Si les thèmes de
l’auteur sont déjà présents – la glorification de la camaraderie, les thèmes de
la guerre, de la mort et de l’amour-propre –, le style, trop fleuri, a encore
quelque chose de naïf et de maladroit, du propre aveu de l’auteur.

À la mort de sa mère, sa grand-mère lui permet
de rejoindre l’armée ; il est blessé dans l’infanterie. Il termine sa
carrière comme interprète dans l’armée américaine.

Après la mort de sa grand-mère et une transaction
immobilière, et grâce à ses droits d’auteur, Montherlant peut voyager assez
longuement et librement dans les pays de l’ouest de la Méditerranée, mais il
dira s’être ennuyé.

Revenu en France et sentant le pays faible,
devant se préparer à une nouvelle guerre, il ne publie pas La Rose de sable, œuvre
de longue haleine où il critique la conduite française au Maroc, qui ne paraît
qu’en 1968. Dissimulées, y figurent aussi ses aventures homosexuelles en
Afrique du Nord.

L’œuvre Les
Célibataires
en 1934 lui vaut le prix de l’Académie française. Montherlant
y décrit la crise sordide que connaissent huit mois durant Léon de Coantré et
son oncle Élie de Coëtquidan, respectivement 53 et 64 ans, personnages dont les
vies végétatives, de parasites, sont exposées sans pitié par la lucidité de
l’auteur. Seul le neveu, Léon, peut attirer un peu de sympathie chez le
lecteur, de par son humilité et son absence de cupidité.

L’auteur est très sollicité par les journaux et
lui est même proposé le poste de rédacteur en chef du Figaro qu’il refuse pour
conserver sa liberté d’opinion, fournissant des articles aux feuilles les plus
opposées politiquement.

Deux fiançailles avortées et ses relations
avec ses lectrices nourrissent la matière de son roman-dossier Les Jeunes Filles, où le protagoniste,
Pierre Costals, n’aspire qu’à la jouissance et à l’indépendance, connaissant la
gloire littéraire à un âge assez jeune. Montherlant nous le présente comme un
« libertin », un « mauvais sujet » dit-il, et au fil des
tomes, celui qui veut faire le bien en incarnant le mal fait surtout de
nombreuses victimes parmi les « jeunes filles » qu’il croise. L’homme
juge la femme moralement et physiologiquement inférieure, complaisante,
grégaire, sentimentale, et rejette systématiquement jusqu’aux plus aimantes. Cette
fresque romanesque constitue son premier grand succès public. Qu’on le confonde
avec le personnage du mufle ne lui déplaît pas tout à fait.

À l’approche de la Seconde Guerre mondiale,
ses articles dans les journaux lui valent d’être taxé de bellicisme. Il est
volontaire pour devenir correspondant de guerre pendant les combats mais il
passera progressivement de foudre de guerre à la défense de la position de
« l’acceptation », sans pour autant rejoindre les positions de Vichy.

Alors qu’il retourne à Paris pendant la guerre
après avoir séjourné un moment dans le Midi, la vie de Montherlant connaît un
tournant quand l’administrateur de la Comédie-Française lui demande une pièce.
À partir de là, l’auteur devient un dramaturge productif. Il rencontre le
succès en 1942 avec La Reine morte,
drame en trois actes qui revisite la légende d’Inès de Castro, épouse secrète
de l’infant du Portugal, dont la vie se termine tragiquement lorsqu’elle est
assassinée sur ordre de son beau-père. Il s’agit, dans la pièce, pour le vieux
roi don Ferrante, bien que las de régner, par le meurtre de sa bru dont il
apprend qu’elle est enceinte, de prouver qu’il n’est pas encore trop faible.
Cruel, il fait aussi montre d’une certaine délicatesse, et ne semble être
capable de tuer que parce qu’il croit en l’immortalité de l’âme. L’homme, en
réalité, détruit par haine de la vie et ne croit plus vraiment, alors, à ce
qu’il fait. La pièce joue beaucoup sur le rythme, entre monologue tonitruant,
dépouillement des deux premiers actes, somptuosité du troisième, grand silence
du finale.

À la Libération, il souffre de nombreuses
attaques des épurateurs, explicables par la jalousie de collègues, et souhaite
se retirer, ce qui se ressent dans ses œuvres suivantes aux sujets religieux,
entre Le Maître de Santiago (1947) –
pièce en trois actes où, dans la vieille Castille, en 1519, Don Alvaro Dabo,
grand maître de l’ordre de Santiago, vit avec sa fille Mariana dans l’humilité
après avoir quitté les armes, et se tourne vers des buts plus spirituels, mais
qui n’aime sa fille qu’à travers la préservation de sa pureté qu’elle permet –
et Port-Royal, pièce en un acte
représentée en 1954, qui achève une « trilogie catholique », drame de
l’injustice, sorte de marche funèbre où des religieuses refusent de signer un
formulaire leur intimant de renier les résolutions jansénistes qui sont le
fondement de leur monastère. Sont finement retracés les mouvements de l’âme de
sœur Angélique et de sœur Françoise, au travers de dialogues dépouillés et
d’une langue vigoureuse.

Dans Malatesta
(1950) et Don Juan, Montherlant
exalte en revanche le plaisir. Pluriel, Montherlant a su écrire des pièces
contemporaines comme des pièces à costume.

Parmi ses pièces, La Ville dont le prince est un enfant (1952), drame de
l’adolescence, se distingue particulièrement ; l’abbé de Pradts dénonce
l’amitié qu’il juge excessive et qu’il pense sensuelle entre André Sevrais, 16
ans, et Serge Sandrier, 14 ans, qui devra renoncer à son ami pour mieux
l’aimer. La pièce est un triomphe ; la matière autobiographique évidente.

L’auteur est élu à l’Académie française en
1960 sans avoir postulé mais à sa demande indirecte. Il commente abondamment
son œuvre dans des préfaces et postfaces.

Il avait annoncé qu’il se suiciderait avant de
devenir complètement aveugle alors qu’il avait déjà perdu l’usage d’un œil, ce
qu’il fait d’une balle de revolver tiré dans la bouche, indiquant par là qu’il
rejoignait plutôt, pour l’éternité, ses tendances paganistes, et rappelant la
noblesse et la dignité qu’il avait prôné dans ses œuvres. André Gide évoque son
œuvre en ces termes : « Il y a là de la caracole, de la piaffe ;
cela sent son cheval de race et “l’étalon cabré” ; mais également un peu
le cirque, les tréteaux, et le regard étonné du public auquel sans cesse il
fait appel. »

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