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La dualité de la nature humaine : entre bien et mal

L’un des principaux thèmes que Kant aborde dans cet ouvrage est le bien et le mal comme parties de la nature humaine. Il débute son analyse de cette dualité par un constat : « le monde va de mal en pire » . Il attire ainsi notre attention sur la décadence d’un monde jadis paradisiaque (selon de nombreux écrits). En effet, une variété d’écrits décrit une période au cours de laquelle les hommes vivaient en harmonie, ils « parlent d’un âge d’or, de la vie dans le paradis ou d’une vie encore plus heureuse dans la société des êtres célestes » . Jour après jour, ce monde semble se désintégrer, semble disparaître à cause des exactions des hommes. Selon Kant, ce monde court à sa ruine à cause du comportement diabolique des êtres humains.

En outre, l’auteur attire notre attention sur une autre idée très répandue dans nos sociétés : la nature humaine fonctionne comme une horloge mais dans le sens inverse des aiguilles. Selon cette idée, « le monde marche précisément en sens inverse et il va constamment du pire au mieux » . Toutefois, Kant estime que cette idée est erronée car elle n’a pas eu véritablement l’occasion de se vérifier et est restée cantonner dans certains milieux notamment celui des philosophes. C’est d’ailleurs cette pensée qui domine Le contrat social de Jean-Jacques Rousseau dans lequel on voit des hommes installés dans une anarchie sociale, se déchirant mutuellement. Cet état de choses, selon Rousseau, correspond à l’état de nature. Un milieu dans lequel les hommes sont régis par leur instinct animal plutôt que par des lois. Grâce au premier pacte social, il quitte cet état pour embrasser la vie en société.

Le jugement de nos actions comme étant bonnes ou mauvaises est le résultat d’un usage subjectif de la liberté dont nous jouissons. Selon Kant, qualifier une action de bonne et une autre de mauvaise est totalement présomptueux et subjectif : « le principe du mal ne peut pas se trouver dabs un objet déterminant le libre-arbitre par inclination, ni dans un instinct naturel, mais seulement dans une règle que le libre-arbitre se fait à lui-même pour l’usage de sa liberté » . En d’autres termes, par nature, une action ne serait ni bonne ni mauvaise. L’auteur avance cette hypothèse car il cherche à comprendre les mécanismes qui régissent la nature humaine : « N’est-il pas possible que l’homme, considéré dans son espace, ne soit ni bon, ni mauvais ? En tout cas, ne peut-il pas être bon et mauvais tout en ensemble, bon sous un autre aspect et mauvais sous un autre ? » . Comment jugeons nous qu’une action est bonne ou mauvaise ? Quels sont les fondements de ce jugement ? Kant entreprend une démarche hautement philosophique, il questionne tout. Il s’interroge sur les fondements des sociétés humaines notamment les lois qui les régulent. Pour lui, si nous parvenons à juger et à qualifier une action de bonne ou de mauvaise, c’est surtout par expérience. L’habitude, qui fait partie de la culture, nous pousse très souvent à avancer des conclusions hâtives. L’expérience dont il est question dans cette œuvre est le résultat d’une observation antérieure.

Afin de cerner la nature humaine, Kant nous propose le schéma suivant : Il commence par admettre que :

·        l’homme est originellement prédisposé à faire le bien. À cet effet, il souligne trois caractères qui font partie de la nature humaine. La première est « la disposition à l’animalité » . Cette disposition est liée « à des vices bestiaux ; ce sont : l’intempérance, la luxure, le mépris sauvage des lois ».

·        « La disposition à l’humanité » est le deuxième caractère. Cette disposition amène l’homme, par précaution, à lutter pour l’égalité entre les êtres humains par peur d’être assujetti à un autre. Ce caractère entraîne des vices tels la « jalousie, la rivalité, l’envie, la joie face aux maux d’autrui » . L’auteur les taxe de « vices sataniques ».

·        Le troisième et dernier caractère est la disposition à la personnalité qui pousse l’homme à être respectueux envers les lois morales.

En analysant ces dispositions, nous constatons que la troisième, parce qu’étant moraliste, pousse l’être humain à se soucier de la morale, à observer les lois sans contrepartie. Toutes ces dispositions constituent les différentes composantes de la nature humaine. Néanmoins, l’homme peut décider d’en faire un usage répréhensible comme l’illustre les différents vices développés dans la suite de ces caractères.

Par ailleurs, Kant aborde en trois étapes, la disposition de l’homme à faire le mal. La première étape concerne la faiblesse de la nature humaine. En effet, nous savons souvent ce qu’il faut faire mais avons des difficultés à le mettre en pratique. La seconde est liée à l’impureté du cœur de l’homme. Ici, l’auteur souligne que nous avons tendance à nous laisser dominer par nos principes moraux au détriment de ce que nous dicte notre cœur. En d’autres termes, la nature humaine est hypocrite. La troisième étape concerne la méchanceté qui nous pousse à prendre les mauvaises décisions. Tous ces caractères font partie intégrante de l’homme étant donné qu’elle s’applique à tous les êtres humains sans exception.

En outre, l’homme est instinctivement mauvais. Le mal réside dans la nature humaine : « Qu’il y ait, enraciné dans l’homme, un penchant dépravé de cette espèce, nous pouvons bien nous dispenser d’en faire la démonstration formelle, étant donnée la multitude d’exemples frappants que l’expérience étale devant nos yeux dans les faits et gestes des hommes. » . Ces inclinations, bien qu’existant en nous, ne dépendent pas de nous. Il n’est pas question de nous dédouaner de nos responsabilités. Loin s’en faut. L’auteur veut juste attirer notre attention sur le fait qu’elles font partie de nous sans notre consentement. Nous ne sommes pas les ‘géniteurs’ de ces inclinations et nous pouvons rien y faire. Kant souligne néanmoins que cette nature vicieuse prend le dessus uniquement lorsque nous violons la morale et nous rendons volontairement coupables de mauvaises actions.

L’auteur s’intéresse également à l’origine du mal dans la nature humaine. Pour lui, l’idée selon laquelle elle se passe de générations en générations est fausse. Selon la religion, le mal trouve son origine dans « le péché »  qui nous fait mène à « l’état d’innocence ». Selon la Bible, l’homme dans l’état d’innocence, plutôt que de suivre ce que lui dicte la morale, a choisi de chercher d’autres mobiles pour justifier les actions qu’il commet de façon sporadique. Cet état de choses expliquerait le comportement d’Adam et Ève dans la Bible. Selon Kant, l’homme est naturellement bon car il est doté en majorité de dispositions qui l’encouragent à promouvoir l’humanisme et la moralité.

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