La Voie Royale

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L'excipit : un denouement dans la mort

Ce dernier passage est en fait l'évocation de la mort de Perken. Il s'agirait peut-être donc, en toute logique, de la fin de l'initiation de Claude. L'élève perd le maître et finit par le surpasser dans sa compréhension du monde.

1. Le registre tragique

Le héros est en péril. On assiste en tant que lecteur à son impuissance face à la mort. Le héros est donc soumis à une instance supérieure ou divine qui, d'une certaine manière, le rend maître de son destin. L'évolution de son agonie se situe avant tout dans l'évocation de la douleur. La première partie du texte rend compte, en effet, de l'évolution de l'intensité de la douleur à travers le champ sémantique de la souffrance. Celle-ci est d'ailleurs comparée à une preuve de vie. Les différentes formes de discours forment également les éléments faisant partie de l'évocation de la douleur. Le discours indirect libre évoque les réflexions intérieures de Perken et ses questions sur l'avenir. De plus, il est encore maître de ses sensations et de sa lucidité puisqu'il fait part au lecteur de ses sensations gustatives et tactiles. L'agonie de Perken évolue grâce à des signes réalistes et précis. Tout d'abord, le champ lexical du souvenir apparaît peu à peu, montrant alors que le héros se rappelle de la vie qu'il a vécue. Les souvenirs vont d'ailleurs du plus récent au plus lointain. Ensuite, ce sont les signes corporels qui font leur apparition. Perken ne contrôle plus ses gestes. Sa parole se fait hésitante (cet élément est visible dans la ponctuation et les mots en italique) et différente par rapport au reste du roman. La perte de contact avec la réalité se trouve finalement dans la personnification de sa main. C'est à partir du changement de locuteur (passage de Perken à Claude) que prennent place les derniers instants de Perken. La dernière phrase subit d'ailleurs un renversement.

2. L'expression de la condition humaine

La focalisation ayant changé, les dernières phrases du passage sont en focalisation interne par rapport à Claude. Il est d'ailleurs le seul à réfléchir. On le voit par l'utilisation du discours indirect libre. La condition humaine est questionnée : "Combien d'être… ? Il naissait encore des hommes…". A partir de cet instant, le champ sémantique des sensations appartient à Claude. Celui-ci s'éloigne d'ailleurs de Perken qui, soudainement, de par son corps inanimé, lui inspire peur et dégout. Une désincarnation du personnage a lieu. Il n'est plus son ami mais alors seulement "le". Cet article défini met une distance entre les deux héros. Le vocabulaire du macabre et de l'horreur montre au lecteur que Claude est à deux doigts de perdre ses moyens. Il s'exprime par phrases exclamatives et ses gestes sont totalement incontrôlés, tout comme Perken un peu plus tôt. Finalement, l'élève qui se trouve en Claude possède les réponses à ses questions. Il comprend que la vie se définit par sa fin. L'univers entier est soumis à la mort qui est omniprésente et personnifiée. On le voit d'ailleurs dans la présence de nombreux pluriels et dans cette antithèse : "Nuit d'Europe / Jour d'Asie". La mort est donc partout, elle domine ce monde. De la même manière, les conditions de vie sont vues de façon péjorative. "La vanité d'être homme" explicite encore une fois l'impuissance de l'homme face à son destin. De plus, la métaphore de la "défaite monstrueuse" donne une vision particulièrement pessimiste de l'existence. Finalement, tout le sens du récit est donné par le refus d'une quelconque idéologie religieuse par Claude mais aussi par le narrateur qui expriment une position fortement athée.

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