La Voie Royale

par

Une situation critique : le dialogue initiatique (de "comme si" à "finir ma vie")

Dans ce passage, les personnages sont menacés de mort à la fois par la nature dangereuse qui les entoure et les tribus autochtones qui les encerclent. On a pu voir précédemment que les opposants à la quête de Claude (trouver des bas-reliefs) et celle de Perken (retrouver Grabot) sont les problèmes administratifs, les problèmes politiques quant aux colonies et la nature, et le voyage en lui-même. Mais des adjuvants à leur quête sont également présents tels que les connaissances de Perken l'aventurier, la motivation financière, et l'idéologie personnelle de Perken : celle de diriger une partie du territoire d'Indochine.

1. Ce que la nature révèle à l'homme

Ici, la nature est avant tout dominante. On le voit par ses interventions en alternance dans le dialogue qui est pourtant le centre du chapitre. De plus, le champ lexical naturel domine les héros de par la multitude des éléments. Une omniprésence est reconnaissable par l'évocation de la terre, du ciel, du feu et du liquide, par exemple : "comme une rivière souterraine". De plus, la nature est également symbolique. On trouve, par opposition, le champ lexical de l'immensité et le champ lexical de l'enfermement. Il s'agit donc, de façon symbolique, de voir ici l'isolement des héros au milieu de la nature. On peut également prendre l'exemple du symbole traditionnel de la mort : la nuit, par le champ lexical de l'obscurité. La condition de l'homme est donc clairement explicitée. Il n'est qu'un mortel soumis à sa nature au milieu du monde dans lequel on vit. Finalement, la nature, bien que dangereuse, peut aussi, d'une certaine façon, s'unir à l'homme. C'est une fonction révélatrice pour le héros. En effet, il existe en réalité, pour la nature, une égalité avec la condition mortelle de l'homme. On peut le voir dans cette comparaison concernant la chute du jour : "Elle le submergeait comme la certitude de la mort". Ce passage permet donc au lecteur de comprendre que le héros pourra trouver les réponses à ses questions grâce à la jungle. Il va finir par savoir apprivoiser son obsession pour la mort.

2. Le dialogue initiatique

Lors de ce dialogue, les deux personnages principaux sont mis face à face. Si certaines interventions sont caractérisées par leur anonymat, il s'agit en fait d'une relation de similitude entre les pensées des deux héros. En dehors de ça, Perken possède un temps de parole particulièrement long. Encore une fois, il paraît sûr de lui par ses nombreuses affirmations. Le peu de questions qu'il formule n'appellent pas de réponses : "Comment vous faire comprendre ?". De plus, il prononce de nombreuses phrases à valeur de maxime. Au contraire, Claude réaffirme son inexpérience par le peu d'interventions qu'il fait. Il reste donc l'élève quand Perken est le professeur. Ses phrases sont courtes et interrompues, le portrait brossé au début du livre n'a pas changé. En ce qui concerne la question existentielle posée, elle concerne le sens de la vie (question que l'on retrouvera dans une autre œuvre de Malraux, La Condition Humaine). Le champ lexical du temps étant très présent, on peut penser qu'il représente la gradation de la durée de la vie. On trouve aussi un effet d'accélération dans le fait que le temps se raccourcisse de plus en plus et aboutisse finalement à la mort. La définition de la vie donnée par Perken correspond tout simplement à la mort. Cette vision négative des choses aborde aussi le thème de la fatalité. En plus du thème temporel, on trouve d'ailleurs l'isotopie du topique de la mort. Mais celle-ci n'est présentée que par des périphrases. Le but est d'apprivoiser la mort, de ne surtout pas la provoquer. C'est donc bien la peur qui anime les deux personnages du livre. Cependant, Perken possède une thèse qu'il expose à Claude selon laquelle l'homme possède une liberté de choix face à la mort. En effet, d'après lui, la vie n'a de sens que si nous choisissons et dirigeons notre mort. D'ailleurs, le fait, chez Perken, de prendre des risques avec sa vie montre bien qu'il est maître de son destin. Le suicide serait alors une liberté de choix, il s'agirait de prendre en main son destin. C'est à partir de ce moment du récit qu'on comprend que le reste du roman et le reste de l'expédition ne seront qu'une marche inexorable vers la mort.

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