Lancelot du Lac

par

La courtoisie, indissociable atout du chevalier

C’est lors de son adoubement – lacérémonie qui élève Lancelot au rang de chevalier – que celui-ci croise leregard de la reine Guenièvre et en tombe follement amoureux.

Il faut donc noter l’importance decette rencontre, qui va être capitale et tombe à point nommé. En effet, si lesaventures de Lancelot que nous avons précédemment évoquées signent le début deson ascension vers le statut du chevalier idéal, ce début va de pair avec lepremier aperçu qu’il a de Guenièvre. Ainsi, si toutes ses aventures découlentde cette cérémonie de l’adoubement, c’est peut-être davantage grâce à laprésence de Guenièvre et à la révélation de leur amour réciproque que du faitdu sacrement de chevalier qui a lieu alors.

Bien que son courage et son espritchevaleresque soient profondément ancrés en lui, les aventures poursuiviesauront bien souvent un lien étroit avec Guenièvre. La majorité des missionsqu’il accepte sont pour lui la garantie de rester à la cour du roi Arthur,auprès de sa douce, qu’il aime en secret.

Cependant, lorsque Méléagant enlève lareine, il n’attend pas pour se jeter à la poursuite de celui-ci. De nouvellesembûches vont à nouveau parsemer son chemin, et révéler d’autres facettes de sapersonnalité et de la perfection de son tempérament. En effet, les deuxépreuves les plus notables, qu’il affronte sans sourciller par amour pour sareine, sont bien différentes d’un combat singulier avec un monstre ou un géant.

La première se présente à Lancelot sousl’apparence d’une charrette à bestiaux conduite par un nain difforme etrépugnant. Le petit homme promet au chevalier de le conduire à sa dame et à Méléagantà bord de son véhicule. Un tel attelage étant d’ordinaire réservé aux gens dela plus vile condition, affronter la honte d’être aperçu à bord d’un tel moyende transport est tout à fait indigne d’un chevalier. Armé de son amour pourGuenièvre, Lancelot accepte alors avec humilité d’être guidé par le nain surcette charrette d’infamie, ce qui lui vaut d’ailleurs son surnom de« chevalier de la charrette ». Ce pseudonyme, pouvant sembler dans unpremier temps très dépréciatif, prend finalement une consonance tout à faitgratifiante, puisque la modestie et l’humilité de Lancelot au nom de sa dameapparaissent au second plan de cette dénomination.

« Mais Amour estdans le cœur enclos

Lorsqu’il lui ordonneet semonce

De monter sans délaidans la charrette.

Amour le veut, et leChevalier y bondit,

Car la honte lelaisse indifférent

Puisqu’Amour lecommande et veut. »

L’épreuve du Pont de l’Épée attendensuite le chevalier de la charrette, qui doit, pour rejoindre sa dame,franchir un gouffre par-dessus lequel est jetée une immense épée en guise depont. Une fois de plus, il doit renoncer à son apparence de chevalier digne etrespectable en s’enduisant de poix, substance écœurante et collante qui vatoutefois le prévenir de la chute.

« À grandedouleur,

Et à grande détresse,comme prévu il avance ;

Il se blesse auxmains, aux genoux et aux pieds,

Mais Amour qui leconduit et mène

Calme ses souffrances−

D’ailleurs souffrirlui est doux.

Rampant sur sesmains, pieds et genoux,

Il parvient à joindrel’autre côté. »

L’amour pour Guenièvre sert donc derévélateur aux principes donnés à Lancelot au travers de l’éducation deViviane, la Dame du Lac. Il sert également à mettre en valeur la fidélité decelui-ci : c’est avec mépris qu’il va repousser les avances de sa cousineMorgane, fatalement éprise de lui, et son fils conçu avec Elaine, Galaad,n’aurait été engendré que par une ruse de celle-ci pour séduire le chevalier.Mais l’éternel dilemme de Lancelot, dans sa fidélité, est de choisir à quidécerner celle-ci, car il éprouve également un amour profond pour son roi,Arthur. Incapable de le trahir ouvertement, reconnaissant de la bonté decelui-ci, il demeurera complètement écartelé entre amour et fidélité, ces deuxtermes pouvant s’appliquer aussi bien à Arthur qu’à Guenièvre.

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