Le Gai Savoir

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Résumé

Le Gai Savoir est une œuvre du philosophe, auteur et poète allemand Friedrich Nietzsche, et plus spécifiquement un essai philosophique qui fut publié en Allemagne en 1882.

Nietzsche s’y s'interroge, à travers cinq livres, sur des sujets tels que la place du philosophe dans la société, son rôle et l'utilité de son travail, la conscience et Dieu (il affirme que « Dieu est mort »).

Il rend hommage à la culture occitane qui rayonnait sur tout le sud de l’Europe à l’époque du Moyen Âge, au XIIe siècle, ainsi qu’aux troubadours, des penseurs libres.

En écrivant pendant deux ans ce livre, l'auteur lutte contre une maladie grave, et va tenter de dégager des vérités claires sans chercher d'absolu, par des aphorismes.

Le Gai Savoir représente une manière positive de voir la vie et la réflexion ; le but du philosophe selon lui est tout d’abord de s’interroger sur la vérité, qui est le but de toute philosophie, ensuite de placer la vie et surtout celle de l’Homme comme première de toutes les valeurs, et enfin de rapprocher l’art et les sciences.

 

Dans son analyse de la société et du dévouement sans limite qu'ont les philosophes pour la vérité dans leur réflexion, le philosophe prend, pour lancer sa pensée, comme point de départ la musique. Il entame ses aphorismes par « Il faut apprendre à aimer », en parlant de la musique et des œuvres artistiques. L’homme doit faire des efforts, travailler dur pour apprécier la musique et ainsi s'épanouir dans la découverte de ces œuvres.

Nietzsche découpe le processus en trois parties, distinguant tour à tour la phase durant laquelle on discerne l’œuvre, pour identifier le morceau parmi le reste du bruit, sélectionner tout ce que nous apportent nos sens et donc limiter ce que l'on garde, en faisant un tri dans ses sensations. Il compare cela à la compréhension de la langue. On va donc découper la musique en différents éléments, pour tout apprécier, et mieux comprendre en quoi l'harmonie mêlant tous ces éléments nous plaît ou nous déplaît, en cherchant à s'élever par l'art. Il s’agit de se familiariser avec la musique.

Le  deuxième temps est celui où l’on produit l'effort, le temps que l'œuvre se déroule, moment de concentration. Tout ce savoir, ce gai savoir, permet selon lui d'être plus heureux et épanoui. Le fait de découvrir l’œuvre est comparé à une peine, quelque chose de difficile, nécessaire avant de mieux appréhender et d’inclure dans son propre univers un élément qui nous est étranger.

L'ultime phase après la découverte et l'effort est celle de « la fascination », ou de l'amour pour l'œuvre. Il compare la musique et celui qui l'écoute à des « amants » ; il existe donc un lien quasiment charnel entre les deux.

 

Nietzsche expose le besoin d'éducation pour progresser par soi-même. En effet, tous les objets, tous les gens autour de soi, sont forcément des étrangers, dans le sens physique où ce sont des corps étrangers vis-à-vis de notre être, et qu'il faut donc apprendre à les aimer, pour ensuite être heureux auprès d’eux. Il va ainsi conseiller, comme une vérité du bonheur, de s'ouvrir à la beauté. L'amour, l'amitié, les liens avec autrui, avec son environnement, sont ainsi nécessaires, mais représentent un effort et ne sont donc pas naturels ou intrinsèques à chaque être humain, qui doit s'ouvrir et apprendre à aimer.

La prédisposition à cet amour de l'autre est l'amour de soi, dans le sens où il faut se connaître, faire l'effort de chercher ce qui est bon en soi, ce qui doit changer, et se rendre supportable à soi-même, afin d'atténuer l'effort, la pénibilité de certaines découvertes extérieures. Il faut supporter ce que l'on est, être cohérent et donc accepter sa propre vision, celle que l'on a de soi-même, même si elle diffère de nos vœux, nos rêves, notre imaginaire et nos souhaits.

 

La vérité recherchée par les philosophes n'est point ici scandée, car l'auteur, avec humilité, reconnaît qu'elle n'existe pas en tant que telle de façon naturelle mais il cherche à montrer en quoi la connaissance permet le progrès, et une meilleure compréhension du monde, et partant de soi-même. Il s'attèle donc à la tâche de faire de la philosophie sa manière de communiquer, une science qui serait nouvelle et se mettrait au service de l'humain, comme un outil, un instrument pour voir le monde différemment, et plus clairement.

 

Dans le premier livre, Nietzsche s’intéresse à la morale. Le rôle de la société, de la communauté, selon lui, est un frein à la noblesse d’esprit, car la société constitue une protection des faibles face aux forts, par le biais de la pitié notamment, sans aider les faibles à sortir de leur situation. Ces faibles sont notamment incarnés par les ouvriers qui, dans les sociétés industrielles, ont été rendus aliénés, car leur travail consiste à répondre aux besoins des autres, et non plus aux leurs, au contraire des artisans qui travaillent pour eux-mêmes et non pour un patron.

C’est un exercice de recherche de la vérité sur l’homme dans lequel il se lance. Il part d’un point de vue global, considère un groupe pour y chercher la racine de l’homme, ce qui est commun à tous, pour ensuite l’individualiser. Il oppose ainsi l’individu au collectif. Est aussi développé le thème de la conscience, qu'il théorise comme un ensemble, un réseau de liens entre tous les êtres humains. Il parle ainsi de la socialisation, de la vie en communauté, qui fait de l'homme un « animal politique » comme le disait déjà Aristote. L’homme se distingue de l'animal par sa conscience et par le fait qu'il vive avec autrui. La vie en collectivité fait que les actes de l'homme, ses réflexions, le guidage de ses sens et de ses sentiments, l'ensemble de son mouvement sont guidés par la conscience, liée au monde qui l'entoure. L’homme, conscient de ses  besoins : vivre avec les autres pour obtenir de l'aide, de la protection et ne pas risquer de se faire éliminer par les autres espèces, doit susciter le même besoin chez l'autre pour s'allier et vivre ensemble. Ce processus passe par exemple par la langue, l'expression, qui permettent la communication et plus globalement la compréhension, rendant l'autre, et le monde dans sa globalité plus intelligibles, et donc plus faciles à appréhender, moins dangereux. Ces besoins et cette conscience naissent donc en partie de la recherche de sécurité, et donc de la nécessité de la sauvegarde de l'espèce, et de sa propre existence. La conscience vient ainsi de la communication, et donc du lien avec autrui.

 

Dans le second livre, Nietzsche présente les femmes comme des êtres qui affaiblissent les hommes, par l’amour, la vie de couple et l’institution du mariage. Il estime que la femme provoque une dégénérescence de l’homme. Le mariage, selon lui, n’est pas réellement de l’amour, il estime que c’est plus une manière d’acquérir et de conserver, que le mariage sert à « sceller » comme la propriété. Il vise ainsi l’instinct de sauvegarde et le besoin de créer une famille pour avoir quelqu’un à qui transmettre ses richesses, le fruit de son travail, de sa vie ; la famille est ainsi le prolongement de l’accomplissement de soi, et donc plutôt une manière de garantir le nom, le patrimoine. Il est donc plus question de propriété et d’une façon de se protéger que d’un acte d’amour à proprement parler : c’est la fonction de l’héritage.

 

Nietzsche aborde ensuite l’art, qu’il apprécie mais auquel il ne donne pas une valeur élevée d’un point de vue philosophique car il est la représentation imaginaire et idéalisée de la réalité : l’homme y met ce qu’il veut y voir, et trouve là une consolation, face à une vérité objective qui ne lui plaît pas : c’est une manière de représenter le monde comme bon lui semble, selon son idéal.

 

Le livre trois est le plus célèbre ; le philosophe y aborde la mort de Dieu. « Gardons-nous de penser que le monde est un être vivant » : Nietzsche montre que l’homme veut toujours voir dans ce qui l’entoure des traits qu’il reconnaît en lui-même, donc dans la vie. L’homme a donc tendance à donner de la vie à son univers, à son monde, car il est lui-même vivant et a besoin de se reconnaître, de dresser des similitudes avec son environnement : Dieu est mort, et il ne sert à rien de verser dans l’anthropomorphisme.

Et si Dieu est mort, c’est du fait de l’homme, trop rationnel, trop scientifique, qui cherche à trouver la réponse à tout, et qui a ainsi effacé la place du divin dans la justification de l’inexplicable. La mort du divin est en soi quelque chose de bon, au sens où l’homme est plus libre, Dieu ne le surveille plus, ne le punit plus : la vie se fait sur terre et non plus au paradis ou en enfer ; il n’y aura ni vie éternelle, ni damnation.

 

Le livre quatre est le dernier livre dans l’édition originale de 1882 : Nietzsche y formule comme une conclusion, en reprenant son affirmation selon laquelle la vie doit être vécue au plus fort, qu’il faut la chérir comme seule valeur absolue, valeur première et supérieure à tout le reste : « Amor fati : que ce soit dorénavant mon amour ! Je ne veux pas faire la guerre au laid. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Que regarder ailleurs soit mon unique négation ! En somme, en grand même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui ! » Il faut dire oui à la vie, aimer la vie, et vivre pour soi sans chercher à redresser des torts ou partir en guerre contre ce qui ne nous plaît pas.

C’est ainsi que pourront naître les hommes nouveaux, les surhommes que Nietzsche décrit comme étant des hommes qui se lancent dans toutes les aventures, bravent tous les obstacles, sont prêts à toutes les découvertes : ils n’ont peur de rien, disent oui à la vie et vont vers la découverte du monde, de la culture, de l’art et vers les réponses à toutes les questions qu’engendre la quête de la vérité, vers des valeurs nouvelles et la fin des illusions de l’homme sur lui-même.

 

Le dernier livre fut publié en 1887 dans une réédition des quatre précédents : « Nous qui sommes sans peur » en est le titre. Nietzsche y aborde la sérénité des hommes qu’il peint, et la manière dont il faut se confronter à ses croyances, à la religion. Il considère ce “nous”, ceux qui sont sans peur dont il fait partie, comme étant encore pieux dans le sens où ils consacrent beaucoup de temps à leurs croyances, beaucoup d’énergie.

Nietzsche ne juge pas les autres croyances, bien qu’il présente la morale comme une sorte de problème. Ce groupe dont il fait partie, il le dépeint comme étant des épicuriens, sans crainte de la connaissance. Ils ne sont pas idéalistes, et ce groupe peut s’étendre au monde entier, car il est « sans patrie » dit-il. Il admet également que ce “nous” puisse sembler incompréhensible aux autres.

 

Nietzsche cherche à exposer la genèse des savants, à savoir d’où provient le savoir et dans quelle mesure l’homme peut se passer de morale, pour se diriger plutôt vers toujours plus de connaissance et de vérité. Il traite également du génie de l’espèce, qui est selon lui surtout dû à la communication des hommes, le langage étant un vecteur de savoir primordial.

 

Le reste de ses réflexions est varié, il traite entre autres de l’art qui devrait encore se développer en Europe, une Europe qui devrait selon lui se viriliser. Il souligne que l’homme et la femme ont tous deux des préjugés sur l’amour, ce qui crée des malentendus voire des incompatibilités.

 

Enfin, il termine avec une apostrophe au lecteur, un appel à la simplicité de l’art, de la musique, de la vie plus généralement, qu’il compare à une mélodie de cornemuse qui, si elle est joyeuse, sera selon lui toujours bien meilleure que n’importe laquelle des mélodies plus complexes : « “[…] Entonnons des mélodies plus agréables plus joyeuses” ! — Êtes-vous satisfaits ainsi, mes impatients amis ? Eh bien ! Qui donc ne vous obéirait pas volontiers ? Ma cornemuse est prête, ma gorge aussi — il en sortira peut-être des sons rudes, arrangez-vous-en ! nous sommes en montagne ! Mais ce que je vous ferai entendre sera du moins nouveau ; et, si vous ne le comprenez pas, si les paroles du chanteur vous sont inintelligibles, qu’importe ! C’est là la « malédiction du chanteur ». Vous entendrez d’autant plus distinctement sa musique et sa mélodie, vous danserez d’autant mieux au son de son pipeau. Voulez-vous cela ?… »

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