Le Gai Savoir

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Les fondements de la perversion de la morale humaine

Tout d’abord, dans le premier tome en particulier, Nietzsche s’attache à expliquer tout le but de son étude sur l’humain, en mettant ainsi au clair les conditions qui ont poussé l’homme à pervertir sa morale, à abandonner sa disposition naturelle à la réalisation de nobles instincts, c’est-à-dire la bonté, la générosité, l’ambition de grandes réalisations, etc.

Pour lui, l’homme, par nature, détient une force morale instinctive, dès lors qu’on ne l’immerge pas dans une société, laquelle va annihiler toute notion de conservation de ces instincts. En effet, selon l’auteur, si la société progresse, ce n’est que grâce à l’action de personnalités plus fortes, plus cruelles, et donc moins morales, sur les individus qui ont su garder leur intégrité. Cependant, une tendance à l’inversion pousse l’homme à se soumettre au plus fort en dépit de sa propre valeur morale. C'est la notion de faiblesse explique cette inversion. Le désir d’être moral, généreux, va être minimisé et réduit à néant au profit du développement des vices de l’humain, tels que cruauté, esprit de compétition, tendance à la traîtrise.

Si cette corruption, selon l’auteur, est inévitable, c’est parce qu’un esprit ne détenant aucune morale va rencontrer parfois des situations dans lesquelles ce manque de respect des instincts primitifs pourrait le pénaliser. En effet, si l’homme moral suit ses instincts, l’homme civilisé lui suit sa raison. En cela, l’homme moral devient plus faible que l’homme civilisé puisque souvent, la protection, la conservation des instincts va engendrer chez lui une faiblesse que ne connaîtra pas l’homme civilisé. Nietzsche nous donne l’exemple d’un animal protégeant ses petits : la femelle, suivant son instinct, les défendra jusqu’à la mort, mais cependant demeurera faible devant l’esprit civilisé qui lui va songer selon son propre intérêt, abandonner les petits mais sauver sa vie et prospérer par ailleurs. Ceci est précisément le point que Nietzsche veut nous montrer concernant l’évolution de la société : sans abandon de la morale, il ne peut y avoir de développement civique.

L’auteur le résume en ces termes : « Les esprits les plus forts et les plus méchants ont jusqu’à présent fait faire les plus grands progrès à l’humanité : ils allumèrent toujours à nouveau les passions qui s’endormaient — toute société organisée endort les passions, — ils éveillèrent toujours à nouveau le sens de la comparaison, de la contradiction, le plaisir de ce qui est neuf, osé, non éprouvé, ils forcèrent l’homme à opposer des opinions aux opinions, un type idéal à un type idéal. ».

Du clivage qui s’instaure à partir de cette morale pervertie, de l’émergence des classes « nobles » et des classes « vulgaires », de la loi de la puissance qui découle de cette mécanique sans laquelle l’homme ne peut vivre en société, découle une contamination entière de la civilisation qui ne peut donc continuer à vivre en harmonie. Nietzsche en appelle alors à une régénération de la morale, des mœurs, et celle-ci passerait par d’autres valeurs qu’il s’apprête à étudier.

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