Le Gai Savoir

par

La renaissance des valeurs, clé d’une vie de bonheur

Finalement, tous les maux de l’homme semblent découler, selon Nietzsche, de l’attente de celui-ci à se voir réaliser certaines choses, de sa déception face à certains évènements, du constant rapport de force qu’il établit entre lui-même et les autres, sans compter toutes les sources extérieures qui vont l’amener directement ou de manière moins évidente à se détourner du bonheur, comme le mariage ou l’art.

Ainsi, dans la dernière partie de son œuvre, Nietzsche prône le nouveau concept d’amor fati, ou le fait d’aimer le destin, d’embrasser les évènements comme ils arrivent puisque nous y sommes condamnés de façon inéluctable. Le Gai Savoir réside donc presque entièrement dans cet hymne à la vie, cette envie d’oublier les tracas auxquels l’homme est sans cesse soumis. Las de se battre contre l’immoralité, la perversion des mœurs et de la civilisation, Nietzsche préfère jouer la carte de l’indifférence, de l’ignorance, clamant : « Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Que regarder ailleurs soit mon unique négation ! »

Ainsi, selon l’auteur, une part du bonheur résiderait dans cette capacité à détourner son regard de ce qui fâche, à arrêter de se focaliser sur ce qui semble voué à l’échec, en l’acceptant mais sans pour autant continuer de goûter aux plaisirs de la vie. Il affirme l’inutilité liée à l’entreprise de vouloir sans cesse asséner des jugements, établir ce qui est bien ou mal, porter blâme ou éloge sur autrui, car nous-mêmes avons déjà été changés de nombreuses fois. Un homme qui lui-même n’est jamais resté intègre ne peut donc pas, en toute moralité, en blâmer un autre pour avoir fait du tort à sa morale ! « Ne pensons plus autant à punir, à blâmer et à vouloir rendre meilleur ! Nous arriverons rarement à changer quelqu’un individuellement ; et si nous y parvenions, peut-être sans nous en apercevoir, aurions-nous fait autre chose encore ? — Nous avons été changés par l’autre ! ».

Ainsi, le bonheur s’obtiendrait en reconnaissant, certes, que nous avons tous déjà changé de nature, que notre nature primitive et morale s’en est depuis longtemps allée, que nous subissons sans cesse des influences extérieures – mais que dans ce perpétuel changement nous pouvons cependant nous améliorer. Il n’est pas ici question d’adopter un constant dédain de la vie sous prétexte que les hommes ne sont que changement, mais au contraire, d’apprivoiser ce fait afin de construire une conception de la vie débarrassée de cette harassante souffrance que l’auteur se plaît à nommer son « chien », aussi fidèle que l’animal, et aussi apte à être injurié et battu lorsqu’il se montre trop présent.

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