Le nouvel esprit scientifique

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Les difficultés de la philosophie scientifique

La première difficulté de la philosophie scientifique réside dans la dualité de sa base subjective et objective à la fois. En effet, la pensée scientifique doit pouvoir s’élever de toute considération intuitive pour atteindre « les métaphysiques discursives objectivement rectifiées » (p.8). Par conséquent, le caractère dualistique et dialectique de la philosophie scientifique ne peut que s’appliquer dans le monde réel si elle veut s’éloigner de la philosophie dite spéculative. Et, c’est au contact de la réalité qu’elle se réalise. En tant que philosophie scientifique, elle doit faire l’objet d’une expérimentation capable de mener à un raisonnement. De ce raisonnement devra sortir une découverte, une connaissance. Bachelard veut nous amener à comprendre que la connaissance de la réalité est l’objet de l’étude de la philosophie scientifique. Or, la connaissance de la réalité est souvent le résultat d’une induction, d’où la difficulté de la philosophie scientifique. De fait, comment vérifier si cette connaissance qui vient à nous sans la moindre étude peut être considérée comme étant scientifique ? C’est à cette question épineuse que la philosophie scientifique doit apporter une réponse.

Néanmoins, il serait incorrect de penser que la dialectique de la philosophie scientifique est le résultat d’une simple négation, loin s’en faut. La négation doit être perçue non pas comme une contradiction, mais plutôt comme la possibilité d’une perspective nouvelle, d’une nouvelle orientation vers une interprétation différente. Cette différence de point de vue nous permet d’envisager les limites d’une doctrine, d’une théorie ou tout simplement d’une réflexion : « Une remarque est d'ailleurs utile pour prévenir une méprise : il n'y a rien d'automatique dans ces négations et l'on ne devra pas espérer trouver une sorte de conversion simple qui puisse faire rentrer logiquement les nouvelles doctrines dans le cadre des anciennes. Il s'agit bien d'une extension véritable. La géométrie non-euclidienne n'est pas faite pour contredire la géométrie euclidienne. Elle est plutôt une sorte de facteur adjoint qui permet la totalisation, l'achèvement de la pensée géométrique, l'absorption dans une pangéométrie. Constituée en bordure de la géométrie euclidienne, la géométrie non-euclidienne dessine du dehors, avec une lumineuse précision, les limites de l'ancienne pensée. Il en sera de même pour toutes les formes nouvelles de la pensée scientifique qui viennent après coup projeter une lumière récurrente sur les obscurités des connaissances incomplètes. » (p.12). Le dualisme et la dialectique de la connaissance scientifique amènent donc au constat suivant : l’opposition des idées, qui est la caractéristique principal de la philosophie scientifique, n’est que le prolongement d’une pensée scientifique déjà existante. C’est tout simplement un échange de procédés interminables.

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