Le nouvel esprit scientifique

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Les fondements du nouvel esprit scientifique

Comme nous pouvons le constater grâce à ce qui précède, l’existence d’une ancienne pensée scientifique et d’une nouvelle n’est pas gratuite. Prises individuellement, elles n’ont pas de sens ; tandis que, mises ensemble, elles ont une continuité et constituent une base à la pensée scientifique. Car, ces deux pensées naissent d’une nouvelle méthode appropriée pour un problème particulier. Ce caractère dualistique et dialectique produit un nouveau dynamisme à la philosophie scientifique. Cette idée nous ramène à l’objet premier de notre corpus qui est selon les termes de l’auteur de : « saisir la pensée scientifique contemporaine dans sa dialectique et montrer ainsi la nouveauté essentielle » (p.16). Afin de parvenir à cet objectif, Bachelard identifie un premier point : l’existence d’une variété de géomètres. Cette existence dénote le caractère dialectique de la démarche géométrique. C’est ce caractère qui contribue au développement de la géométrie. Cette dernière est passée par une multitude d’étapes : des théorèmes d’Euclide à ceux d’Alembert, puis de Sacher et Lambert à Tarinus … tous des penseurs d’époques différentes.

Une fois de plus, ce n’est pas la diversité de ces théorèmes qui doivent attirer notre attention, mais plutôt la familiarité qui existe entre eux. Bien qu’ils soient divers, la géométrie en elle-même n’a pas cessé d’exister, elle n’a pas été altérée, ce sont les idées qui se sont succédées et qui ont donné lieu à des interprétations diverses. Ces théorèmes ne sont pas nés ex-nihilo et sont liés. L’auteur nous fait comprendre que notre attention doit porter sur ce lien, le point de départ de ces propositions scientifiques : « Cette cohérence, seule base possible du réalisme, on ne la trouvera pas en creusant une forme particulière, en multipliant par exemple les efforts d'intuition sur un problème euclidien. On doit la chercher dans ce qu'il y a de commun dans les géométries contraires. Il faut étudier la correspondance établie entre ces géométries. C'est en faisant correspondre les géométries que la pensée mathématique prend une réalité. » (p.26). Lui-même à la quête de ce lien, Bachelard démontre que la géométrie non-euclidienne est une dialectique qui se poursuit dans la mécanique non-newtonienne.

Le travail de Newton porte sur la mécanique de la gravitation et ses effets. Newton établit trois lois fondamentales et universelles du mouvement qui sont restées inchangées pendant plus de trois siècles. Il est parti du terme « poids » pour parvenir aux lois de la gravitation universelle. Ces trois lois du mouvement (principes des actions réciproques, principe fondamental de la dynamique et principe d’inertie) ont fait d’Isaac Newton le père de la mécanique moderne. La mécanique non-newtonienne prend naissance dans la théorie de la relativité d’Einstein. En effet, la théorie d’Einstein ne peut être considérée comme scientifique et applicable qui si l’on tient la théorie de Newton pour fausse. Ces deux approches différentes ont chacune contribué au développement de la physique. L’esprit scientifique einsteinien ne vient pas récuser ou rejeter celle newtonienne, mais il vient la compléter, apporter de la lumière aux zones d’ombre. Le nouvel esprit scientifique est conçu selon ce schéma : la démonstration que le nouvel esprit scientifique est la quête du lien et non de l’opposition entre les propositions scientifiques marquantes du monde moderne. Bachelard veut nous montrer la complexité et la nécessité qui caractérise la philosophie scientifique. En effet, elle n’est pas accessible à tous, mais c’est grâce à elle que le nouvel esprit scientifique évolue, elle est le socle sur lequel ce nouvel esprit repose.

Cette évolution caractérisée par dualité et dialectique se résume dans l’épistémologie cartésienne : « Un des chimistes contemporains qui a mis en œuvre les méthodes scientifiques les plus minutieuses et les plus systématiques, M. Urbain, n'a pas hésité à nier la pérennité des méthodes les meilleures. Pour lui, il n'y a pas de méthode de recherche qui ne finisse par perdre sa fécondité première. Il arrive toujours une heure où l'on n'a plus intérêt à chercher le nouveau sur les traces de l'ancien, où l'esprit scientifique ne peut progresser qu'en créant des méthodes nouvelles. Les concepts scientifiques eux-mêmes peuvent perdre leur universalité. Comme le dit M. Jean Perrin " Tout concept finit par perdre son utilité, sa signification même, quand on s'écarte de plus en plus des conditions expérimentales où il a été formulé." » (p.104). Dans la philosophie scientifique, rien est sacré ou intouchable, tout est sujet au changement dès lors que les conditions de l’expérience changent. Selon Bachelard, c’est cette caractéristique qui explique l’évolution de la science, révolutionnaire et sans cesse en mouvement.

Au final, l’épistémologie bachelardienne insiste donc sur le fait que la philosophie scientifique est sans cesse en rupture avec la connaissance établie. Au fur et à mesure que le temps passe, de nouvelles théories voient le jour dans le sillon des anciennes. L’esprit scientifique se renouvelle sans cesse.

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