Le Sagouin

par

Entre frustration, scandale et fatalité

A-          Les rêves brisés

 

La haine de Paule trouve sa source quelque part dans le passé, à un peu plus d’une décennie des actes haineux dont elle s’est rendue coupable à l’endroit de son fils. Car Le Sagouin traite aussi de classes sociales même si la misère, la tristesse et la cruauté en sont les principales toiles de fond.

En effet, Paule ne s’est mariée que pour accéder à la noblesse. Il n’était donc nullement question d’amour. Aussi a-t-elle immédiatement rejeté son époux après leurs noces, croyant son objectif atteint. Hélas, il n’en sera rien puisque le titre tant convoité de baronne après lequel elle courait ne lui sera pas attribué. En cela, son rêve aura été brisé. Et la frustration qui en découle la conduit à éprouver une haine viscérale pour son époux, mais encore plus pour l’enfant qui naît de leur union de circonstance, car elle verra en lui la représentation de son père, mais aussi et surtout, de son échec à accéder à la position sociale à laquelle elle aspirait.

« Pour ne pas savoir sa leçon, Guillaume se fait gifler par sa mère. Chez ce fils qui l’exaspère, ce « sagouin », Paule voit les traits d’un mari qu’elle déteste. Elle se remémore les raisons qui l’ont poussée à épouser Galéas de Cernès. Cette attirance pour la noblesse l’a à jamais installée dans une vie qu’elle ne supporte pas, entourée d’êtres qu’elle hait ».

Et pour tromper son quotidien chargé de haine et de solitude, elle a établi des liens dont la nature quoiqu’innocente comportait un parfum de scandale.

 

B-          Une amitié suscitant le scandale

 

Un époux et un enfant détestés, un entourage hostile, une opposition permanente avec tous ses proches, rien dans l’environnement de Paule ne portait la marque de l’affection, encore moins celle de l’amitié. Aussi a-t-elle cherché en dehors de ce premier cercle une personne neutre, un être incapable de la juger ou de la détester. C’est donc en toute logique qu’elle s’est liée d’amitié avec un prêtre – chose qui a semblé totalement anormale aux yeux des villageois.

Dans la réalité, les rapports existant entre une femme et un religieux, lorsqu’ils semblent être particuliers, sont sujets à polémique ; aussi dans le roman, pour des raisons évidemment dramatiques, les conséquences en sont-elles exaspérées.

Les habitants du village ne tardèrent pas à devenir méfiants : « Pendant qu’elle marche pour apaiser sa colère, Paule songe à l’épisode qui a déclenché la méfiance des gens du village vis-à-vis de ceux du château. Pour tromper leurs solitudes, un jeune prêtre et elle ont entretenu une relation amicale, mais qui a semblé suspecte aux yeux des villageois ».

La méfiance fut telle que Paule ne tarda pas à hériter d’une réputation de sorcière. À travers cette situation, l’auteur semble aborder deux thématiques. Il s’agit d’une part de celle de la solitude. Le fait que Paule ait cherché à se faire un ami prouve bien que malgré toute la froideur dont elle pouvait faire preuve vis-à-vis de ses proches, elle n’en restait pas moins humaine et qu’un besoin de socialisation l’habitait. D’autre part, l’auteur aborde la question des préjugés, montrant combien les apparences peuvent être mal interprétées et susciter des réactions inappropriées aux conséquences dramatiques – la logique des événements, empreinte de fatalité, inviterait donc le lecteur à plus de tolérance et de bienveillance.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Entre frustration, scandale et fatalité >