Le Sagouin

par

Un enfant marqué par la souffrance

A- La haine d’une mère

L’univers du livre regorge d’œuvres abordant des thématiques très différentes, des autobiographies aux romans d’aventures en passant par les œuvres de fiction. Certains de ces ouvrages sont porteurs de valeurs et nous transportent dans un univers hors du commun narrant des aventures enrichissantes, tel est par exemple le cas d’Alice au pays des merveilles. D’autres en revanche sont plus empreints de tristesse. Le sagouin de François Mauriac fait assurément partie de la seconde catégorie. Car les faits qui y sont rapportés ne sont guère de nature à susciter l’enthousiasme. L’un des plus marquants est sans doute le fait que Paule, la mère du sagouin, ne ressent pas la moindre affection pour son fils, ce dernier lui inspirant une haine viscérale : « Comme on dit "faire l’amour", il faudrait pouvoir dire "faire la haine". C’est bon de faire la haine, ça repose, ça détend ». Cet extrait aussi cruel qu’original résume assez bien son état d’esprit quand il s’agit d’exprimer ses sentiments vis-à-vis de ses proches en général et de son fils en particulier. Les traitements qu’elle lui fait subir sont tous plus humiliants les uns que les autres.

Entre son physique disgracieux et le fait qu’il soit un peu attardé, l’enfant apparaît comme une victime et de la nature et de sa mère, et l’on ne sait si celle-ci le prend en grippe pour ces défauts-là. Paule n’a de cesse de les lui rappeler : « Tu es vilain, sale et bête», lui répète-t-elle bien souvent. Si à première vue cette haine peut paraître surprenante, ses véritables raisons rejoindront une certaine logique qui bien sûr ne fournit pas « de bonnes raisons » pour le traitement infligé.

Quoi qu’il en soit, le comportement cruel de Paule a de fâcheuses répercussions sur le petit Guillou.

B- Les préjudices moraux

Nous le savons désormais, Paule n’était absolument pas tendre avec son fils. Et à force d’insultes et de mauvais traitements, elle a fini par provoquer un manque de confiance chez le petit Guillou. Mais ce n’est pas tout, car un sentiment de peur s’est également installé chez lui, l’amenant à redouter les moindres contacts avec sa mère dont l’image est désormais associée à l’adversité : « Mais non, rien ne ferait taire cette voix terrible de mère, rien n’éteindrait ces yeux méchants rivés sur lui qui le rendaient conscient de sa maigreur, de ses genoux sales, de ses chaussettes retombées ; alors Guillaume ravalait sa salive, et pour désarmer son ennemie, tentait de fermer la bouche… Mais la voix exaspérée éclatait (et il croyait l’entendre encore dans ce petit cimetière où il grelotait) : "Va-t-en où tu voudras, mais que je ne te voie plus" ».

Par ailleurs, au-delà des insultes de la mère, il convient de souligner l’égoïsme de tous les adultes du roman, car aucun d’eux n’a agi dans l’intérêt de Guillou, pas même l’instituteur dont c’était pourtant le rôle. Car si à son contact, le garçon s’est révélé moins attardé que ce que l’on croyait, son refus de s’en occuper l’a privé d’une chance d’affirmer pleinement le potentiel qu’il avait.

L’unique personne à lui accorder un peu d’attention est son père, également méprisé par Paule, et qui par-là se sent proche de son fils. Ils finiront d’ailleurs par se suicider ensemble.

Si la haine de Paule peut laisser perplexe, elle trouve en réalité sa source dans un mauvais choix de vie qui a entraîné chez elle une profonde frustration.

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