Les catilinaires

par

La rancune de Cicéron vis-à-vis de Catilina

A. La rancune personnelle

 

Si Cicéron déploie des trésors d’éloquence pour démanteler la conjuration de Catilina et obtenir l’exil de son auteur, ce n’est pas seulement par souci de gloire ou par amour de la république comme il se plaît à l’affirmer et comme l’histoire le prouve. Certes, ces motifs sont importants, mais il en est un autre qui a la même importance : la rancune qui animait Cicéron vis-à-vis de Catilina. Cette rancune tient d’abord à ce que Catilina a essayé à plusieurs reprises d’attenter à son existence : « Combien de fois, et depuis mon élection, et depuis que je suis consul, n’as-tu pas attenté à ma vie ? Combien de fois n’ai-je pas eu besoin de toutes les ruses de la défense, pour parer des coups que ton adresse semblait rendre inévitables ? ». En effet, si Catilina avait prévu durant sa conjuration l’élimination d’une grande partie de la classe dirigeante de Rome, Cicéron a, semble-t-il, bénéficié d’une attention particulière de sa part, ce qui lui vaudra l’inimité du consul qui saisira cette occasion de le faire tomber du haut de sa puissance, car la rancune de Cicéron a aussi pour motif cette trop grande puissance de son ennemi : « Toi seul as eu le privilège d’égorger impunément les citoyens, de tyranniser et de piller les alliés » lui assène-t-il non sans dégoût.

 

B. La rancune de la personne publique

 

S’il éprouve de la rancune vis-à-vis de Catilina, ce n’est pas seulement la personne privée de Cicéron qui est animée par ce sentiment. Le consul voit, et à juste titre, en Catilina un ennemi d’un ensemble de valeurs sur lesquelles a été bâtie la république. Catilina représente l’archétype du politicien vénal, avide de puissance et animé par des sentiments antipatriotiques. Issu d’une illustre famille qui a vu son éclat terni par la dilapidation de sa fortune, l’ennemi de Cicéron s’est illustré par la corruption qu’il instille dans l’esprit des jeunes citoyens sans défense qui se laissent aller à le fréquenter : « Quel est le jeune homme, une fois amorcé par tes séductions et tombé dans tes pièges, dont ta perfide complaisance n’ait armé le bras et servi les passions ? ».

Outre la perversion de l’esprit de la jeunesse, l’individu représente une menace constante pour la nation, dont il met en exergue la faiblesse du pouvoir dirigeant, ce qui a pour don de faire enrager son adversaire qui se blâme lui-même ainsi que ses collègues lorsqu’il affirme : « nous qui avons reçu du sénat les mêmes armes, nous laissons depuis vingt jours s’émousser dans nos mains le glaive de son autorité. » Pour Cicéron, se débarrasser de Catilina relève aussi d’une exigence de la sécurité publique puisque l’homme laisse planer un glaive au-dessus de la république, ce qui est inacceptable.

La virulence de Cicéron dans sa mise à nu de Catilina tient enfin à ce qu’il pense qu’un ordre nouveau, immoral et criminel ne devrait pas se substituer à celui qui prévalait dans la Rome d’alors. C’est ce qu’il illustre son désormais célèbre : « Ô temps, Ô mœurs » (« O tempora, o mores »).

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