Les catilinaires

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Résumé

En 63 av. J.-C., Rome n’est pasencore le centre du puissant empire qui dominera la plus grande partie del’Europe, le Nord de l’Afrique et un morceau de l’Asie. Elle est la tête d’unerépublique, vigoureuse et fragile à la fois. Vigoureuse car elle préside à uneexpansion territoriale qui, à son apogée quelques décennies plus tard, lui feradominer le plus grand empire depuis celui d’Alexandre le Grand. Fragile carelle est sans cesse menacée par les coups d’État de ceux qui n’ont qu’un rêve,celui de prendre les rênes du pouvoir dans la cité.

La dernière conjuration endate, c’est celle d’un dénommé Catilina. Il descend d’une famille noble etancienne qui prétend remonter jusqu’au mythique Énée, ancêtre des plus nobles d’entretous. Cependant, sa famille a perdu le lustre qui était autrefois le sien et ilbrûle d’occuper la place qui lui revient de droit, du moins le pense-t-il :la première. Il a fomenté quelques troubles, mais cela n’est pas allé bienloin. De plus, avec quelques protecteurs bien placés au Sénat, cette affaireest bien vite mise à l’ombre et oubliée. Il se présente donc comme candidatpour occuper un des plus hauts postes dans la Rome républicaine, celui deconsul. C’est sa troisième tentative, et la bonne espère-t-il.

Or, il perd cette élection.Contre qui ? Un homme issu d’une famille bien moins illustre que lasienne, un homme de loi, un individu qui ne peut certes pas se vanter dedescendre d’Énée ! Cet homme défend la république, le Sénat, et le peuplede Rome. Il s’appelle Marcus Tullius Cicero, en français moderne Cicéron. C’estle plus brillant orateur de Rome, en fait un des plus illustres auteurs latinsdont l’œuvre soit parvenue jusqu’à nous. Son exceptionnel talent l’a amené auposte de consul, au grand dam de Catilina. Ce dernier décide d’agir.

Pour ce faire, il comptes’appuyer sur les nobles mécontents, les membres de l’ordre équestre frustrés,les nobles citoyens insatisfaits. En fait, on dirait de nos jours que Catilinaest un populiste, voire un démagogue. Il développe son réseau de complices,sans discrétion excessive. Il est sûr de lui et de ses soutiens, qu’il affichesans vergogne. La conjuration est un secret de Polichinelle et Cicéron est bienvite au courant, comme tout le Sénat. Devant l’énormité de la chose, lessénateurs sont incrédules, et hésitent à agir directement. Il faut tout letalent de persuasion de Cicéron pour que le Sénat se décide enfin à lui voterles pleins pouvoirs, ainsi qu’à l’autre consul, Gaius Antonius Hybrida. Sanstarder, ils décrètent l’état d’urgence pendant qu’arrive la nouvelle quecertaines troupes commencent à se soulever pour suivre les conjurés.

Nous sommes le 8 novembre, en63 av. J.-C. Rome va vivre un des instants les plus cruciaux de son histoire,un de ces moments où le destin semble hésiter à choisir un camp. Cicéron aconvoqué le Sénat au grand complet, en un autre lieu que la salle de réunionhabituelle, par crainte d’une intervention d’hommes armés à la solde desconjurés. Catilina est présent, car il tente de donner le change. Il ne sedoute pas que Cicéron, l’illustre orateur, va donner la pleine mesure de sonart pour l’abattre. Qu’on imagine le silence qui se fait, les regards qui se portentsur le consul debout, seul au centre de la pièce, et dont la voix tonne soudainet apostrophe directement le chef des conjurés : « Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? » – « Jusques à quand, Catilina,abuseras-tu de notre patience ? » – C’est ainsi que débute la première catilinaire.

Par la seule force du verbe,Cicéron va mettre en pièce la conjuration : il dénonce, il expose, iladjure, et petit à petit le vide se fait autour de Catilina qui se retrouveseul, recevant une grêle de mots cinglants qui le mettent en accusation. Troisfois il tente d’interrompre l’implacable Cicéron, trois fois le consul luiimpose silence. Quand le discours est terminé, Catilina quitte le Sénat et Rome :il galope vers l’Étrurie où l’attendent des troupes.

Cicéron n’a pas encore gagné lapartie. Le lendemain, c’est au peuple de Rome, rassemblé sur le Forum, qu’ils’adresse directement. Il informe le peuple – la plèbe – de la nature ducomplot, et le rassure : Catilina est parti, mais la justice de Rome nelaissera pas non plus les conjurés agir. Cependant, il précise que si cettejustice est implacable, elle sait aussi se montrer magnanime : lesconjurés qui dénonceront leurs complices ne seront pas inquiétés et toucherontmême une forte somme d’argent. Ce discours, c’est la deuxième catilinaire. Peude temps après, Cicéron obtient le droit de lever une armée et se prépare àl’affrontement.

La troisième catilinaire estprononcée par Cicéron le 3 décembre sur les marches du temple de la Concorde,non loin de la Curie et du Forum. Là, il révèle aux sénateurs et au peuple queles conjurés encore présents dans Rome viennent d’être arrêtés et emprisonnés.Deux jours plus tard, Cicéron demande aux sénateurs lequel doit être lechâtiment infligé aux prisonniers : c’est la quatrième catilinaire. C’estla mort qui est votée, et les conjurés sont étranglés dans la prison duTullianum pour certains, sur le Forum pour d’autres.

Quelques semaines plus tard,Catilina trouve la mort à la bataille de Pistoia. C’est la fin de laconjuration.

 

Les Catilinaires sont lues aujourd’hui comme le sommet de l’éloquencelatine. La perfection du style, sa rigueur, son efficacité en font un des sommetsde l’art oratoire antique. Galvanisé par la cause qu’il défendait et l’enjeufinal, la survie de la république, Cicéron a poussé son art au-delà même deslimites qu’il avait déjà tracées. Leur lecture permet à l’homme d’aujourd’huide vivre un des moments fondateurs de l’histoire du continent européen. Trèsrares sont les exemples de textes qui ont permis, en quelques minutes, de fairebasculer le destin d’un empire. Encore aujourd’hui, la lecture des Catilinaires invite le lecteur àréfléchir aux valeurs sur lesquelles doit se fonder une société, et à safragile stabilité.

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