Les Châtiments

par

Hugo, défenseur du peuple et de la liberté

Toutefois,Hugo ne se contente pas de désigner les échecs de la liberté, de la République,de la Démocratie, de l’armée, de la conscience citoyenne et de la France engénéral. Non content de dresser une caricature du pouvoir, il propose de lespunir. Ainsi, plusieurs poèmes du recueil présentent ce caractère punitif.

L’auteurmet en scène un interrogatoire fictif entre lui et les cadavres desinstitutions républicaines et des libertés individuelles – des cadavres quidénoncent leurs meurtriers et qui demandent vengeance. Hugo prend alors lepeuple à partie. Il le décrit comme une bête vaincue par le gouvernement,fatiguée et endormie, mais un peuple qui, à force d’humiliations etd’injustices, se rebellera sans crier gare et se rendra lui-même justice :« Ah ! ces hommes maudits, ceshommes misérables / Éveilleront enfin quelque rébellion / À force de courber latête du lion ! » (« Ô drapeau de Wagram ! ô pays deVoltaire ! »).

« Ton nom ? – Religion. – Tonmeurtrier? – Le prêtre.

– Vous, vos noms ? – Probité, pudeur,raison, vertu.

– Et qui vous égorgea ? – L’église. -Toi, qu’es-tu ?

– Je suis la foi publique. – Et qui t’apoignardée ?

– Le serment. – Toi, qui dors de tonsang inondée ?

– Mon nom était justice. – Et quel estton bourreau ?

– Le juge… »(« Confrontations »)

Maisl’auteur ne se contente pas de prophétiser une rébellion qui tarde à venir. Ilappelle le peuple à la révolte. Dans son poème « On est Tibère, on estJudas, on est Dracon », Hugo fait référence à un temps où les « loisde silence et de mort » se rompent pour laisser entrer les gens du peuplequi « Emplissent la cité de torches enflammées ». Plus qu’unesuggestion, cette révolte est un vœu d’Hugo. Toutefois, il n’idéalise pas lerenversement de pouvoir, il a conscience de la punition qui attend lesoppresseurs du peuple.

Hugo s’imagineque la chute de l’Empire s’accompagnera d’une punition divine bien méritée etlongtemps attendue. Le thème du châtiment divin revient souvent dans lerecueil, pour appuyer les punitions physiques auxquelles les traîtres de laRépublique doivent être soumis. L’auteur fait du comportement de Napoléon III(ou Nabot-Léon comme il l’appelle) et de ses proches un comportement offensantenvers les cieux. Un exemple notoire se trouve dans « NOX » : « Un mois après, cet homme allait àNotre-Dame. […] Sur une croix dressée au fond du sanctuaire / Jésus avait étécloué pour qu’il restât. / Cet infâme apportait à Dieu son attentat. ». Ainsi,à travers ses vers, Hugo abat sur tous les complices de Napoléon III une doublepunition. D’abord physique, aux mains du peuple, ensuite divine. Il se consoledans la certitude que l’enfer attend ces hommes dont il a dressé l’acte decondamnation.

« Encore un peu de temps, et cecitombera ;

Dieu vengera sa cause !

Les villes chanteront, le lieu désertsera

Joyeux comme une rose ! » (« Àun qui veut se détacher III »)

Il vajusqu’à souhaiter la mort de Napoléon III en prêtant la vie, dans « LeManteau Impérial », aux abeilles qui ornent le manteau del’Empereur : « Filles de lalumière, abeilles, / Envolez-vous de ce manteau ! / Ruez-vous sur l’homme,guerrières ! / Ô généreuses ouvrières ». Ainsi, Hugo se fait juge,juré, bourreau et substitut divin par ses vers, en accablant de toutes lespunitions ceux qui ont tué les institutions de la République.

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