Les Châtiments

par

La diversité de forme

Les Châtimentsfont preuve d’une grande diversité. Le seul élément d’uniformité réel tient àla mission de l’écrit. En effet, l’auteur emploie l’ironie et dénonce Napoléonle Petit en des formes variées.

D’unepart, l’ironie est donc omniprésente – des titres des livres du recueil auxexhortations qu’il adresse aux pillards de la République. Ainsi, chaque foisqu’il les invite à mieux dîner, à se repaître du fruit de leur travail, ilironise, et lorsqu’il leur prête des vertus, c’est par ironie. Mais le lecteurne peut aucunement se méprendre sur le véritable message du poète.

« Bien ! pillards, intrigants,fourbes, crétins, puissances !

Attablez-vous en hâte autour desjouissances !

Accourez ! place à tous !

Maîtres, buvez, mangez, car la vie est rapide.

Tout ce peuple conquis, tout ce peuplestupide,

Tout ce peuple est à vous ! »(« Joyeuse Vie »)

Maisencore, Hugo donne de la variété à la forme de ses écrits en empruntant à lafable. La fable, typiquement légère mais de portée morale très grande, convientparfaitement à la satire d’Hugo. Dans « Fable ou Histoire », NapoléonIII est représenté dans le rôle d’unsinge déguisé en tigre. En invoquant la mémoire du passé, Hugo fait del’Empereur actuel un imitateur dérisoire qui parodie les actes de son oncle. Etcomme dans les fables, la vérité finit par triompher et le singe Napoléon estmis à nu.

Dans « Idylles »,via un parallélisme, Hugo parvient à opposer la misère du peuple à l’opulenceinsolente dans laquelle vivent les proches du pouvoir.  Après chaque description de la vie joyeusemenée par le Sénat, le Conseil d’État, le Corps législatif, l’Hôtel de Ville,l’Armée, la Magistrature et les Évêques, les mêmes invocations de pitié et dedésespoir se font entendre de toutes les caves, greniers et pontons dupays : « Miserere !Miserere ! ».

Pourfinir, Hugo fait habilement appel à la mémoire collective en comparant sanscesse Napoléon Ier et Napoléon III. Il compare la grandeur à la bassesse, maissurtout, il jette l’opprobre sur les deux Napoléon en assimilant les échecs dupremier aux crimes du second. Ainsi, en invoquant dans « Expiation »Napoléon Ier et en le faisant s’interroger sur ses crimes, Hugo réduitl’existence et toute la personne de Napoléon III à une punition. En effet, NapoléonIII n’est, par ses agissements et la perversion de l’héritage de son oncle, quela honte que devait subir le nom du Napoléon défunt pour expier ses fautes.

« Nous avons avec nous le bonhommede bronze !

Nous sommes les neveux du grand Napoléon! – Et

Fould, Magnan, Rouher, Parieu caméléon,

Font rage. Ils vont montrant un sénatd’automates.

Ils ont pris de la paille au fond descasemates

Pour empailler ton aigle, ô vainqueurd’Iéna !

Il est là, mort, gisant, lui qui si hautplana,

Et du champ de bataille il tombe auchamp de foire. »(« Expiation VII »)

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