Les Contemplations

par

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Victor Hugo

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1802 : Victor Hugo naît à Besançon. Son père est général
d’Empire ; sa mère, royaliste, issue de la bourgeoisie nantaise. Sa vocation d’écrivain se déclare très tôt ; à treize ans il commence
à versifier et remplit trois cahiers jusqu’à seize ; à quatorze, une
phrase célèbre de son journal dit assez son ambition : « Je veux être
Chateaubriand ou rien ». Il écrit
aussi des fables, des charades, des pièces, une épopée dans le goût du
merveilleux chrétien, participe à des concours
de poésie
et gagne plusieurs prix à l’Académie des Jeux floraux de
Toulouse. Avec ses deux frères il fonde Le
Conservateur littéraire
, une
revue que Victor remplit presque à lui seul quinze mois durant. À cette période
il publie des traductions, des essais et des articles dans des périodiques ;
les Odes
de 1822 constituent son premier livre publié, à vingt ans.
C’est un succès ; il y gagne une pension de Louis XVIII qui lui permet
d’épouser Adèle Foucher, une amie
d’enfance, avec laquelle il aura cinq enfants dont quatre atteindront l’âge
adulte. Le cercle littéraire du cénacle,
qui se réunit autour de Charles Nodier et
promeut le romantisme, exerce une
influence sur lui.

1827 : C’est
surtout par sa préface que Cromwell, grand drame en cinq actes
et en vers, est passé à la postérité. L’auteur y dessine la figure du célèbre
dictateur anglais au moment où le Parlement de la Cité de Londres s’apprête à
le faire roi. Quand il découvre un complot contre sa personne, Cromwell décide
de refuser noblement la couronne, ce qui lui vaut l’étonnement et l’admiration
de tous. Il continue cependant d’être tourmenté par son ambition démesurée. Dans la préface
Hugo exprime sa conception du drame
romantique
en s’opposant à certaines conventions
classiques
comme les unités de temps et de lieu, en défendant donc une plus
grande liberté pour cet art. Il devient de façon évidente le chef de file du
bruyant mouvement romantique. De par le grand nombre de personnages et la
variété des scènes, la pièce n’a jamais été jouée intégralement. À cette
période le couple Hugo reçoit des hommes de lettres, dont Sainte-Beuve – qui a
une liaison avec Adèle –, Musset, Delacroix, Mérimée et Lamartine.

1828 : Le
poète avait publié les Odes en 1822, les Nouvelles
Odes
en 1824, et enfin les Odes et ballades en 1826, dont l’édition définitive paraît
en 1828. Hugo nourrit ses Odes de sujets antiques, d’une inspiration
religieuse et de l’évocation d’évènements contemporains, marquée par le royalisme ultra du poète. Ainsi de
nombreuses pièces sont de circonstances et le jeune poète y
multiplie les hommages à la monarchie retrouvée en des louanges exagérées. Son
intérêt pour les évènements politiques et
sociaux
est cependant vif et sincère. Le poète montre un certain orgueil en
voulant se faire la voix et la conscience de l’Humanité, en se
peignant en visionnaire. Il brosse donc
de brillantes fresques historiques mais
sait aussi situer sa poésie sur un plan personnel en la nourrissant d’évocations
de sa fiancée puis de sa jeune femme. La matière
intime
est particulièrement explicite dans la pièce « Mon
enfance ». Au gré des préfaces successives, on voit l’auteur se rapprocher
du mouvement romantique. Dans les Ballades, le poète comptait
retrouver la tradition des premiers troubadours du Moyen Âge et c’est donc la recherche du pittoresque et de l’exotique
qui prime, comme dans « La Chasse du burgrave ». Cette poésie, plus
récente, proche de la mythologie de Nodier, apparaît donc plus proprement
romantique.

1829 : Le
Dernier Jour d’un condamné
est un roman mimant le journal tenu les
vingt-quatre dernières heures de sa vie par un condamné à mort dont on ne
connaît pas le crime. Il est constitué des évocations des six semaines passées
en prison depuis le début de son procès, ainsi que de souvenirs de son passé.
L’auteur prend soin de rendre l’univers
carcéral
, argot des prisons y
compris. Le criminel est peu caractérisé pour que la dénonciation de la peine
capitale par l’auteur ait un caractère
universel
. L’œuvre fut largement brocardée par la critique à sa sortie. En
1834 Hugo écrira un nouveau plaidoyer contre la peine de mort sous la forme du
roman Claude Gueux, inspiré d’un fait divers. Le personnage éponyme,
incarcéré pour avoir volé du pain, finit condamné à mort après avoir tué en
prison le directeur des ateliers qui s’était montré injuste et tyrannique avec
lui et son ami. Marion de Lorme est un drame
en cinq actes et en vers datant de 1829. Hugo y traite de l’idée
particulièrement romantique du rachat de
la courtisane
par l’épreuve d’un pur
amour
. L’action se passe au XVIIe siècle et la censure, qui voulut voir dans les
pratiques de Louis XIII épinglées par Hugo une allusion à celles de Charles X,
interdit la représentation. Avec son recueil Les Orientales paru la
même année Hugo semble ouvrir la voie aux audaces poétiques du XIXe
siècle. Dans la préface il bat en brèche les théories du classicisme et
souhaite à la poésie française une liberté aussi grande que possible pour le
choix de ses sujets et l’expression. L’évocation de la révolution grecque traduit aussi un esprit de révolte. À l’époque les poètes sont largement
philhellènes et la mode est à l’Orient. Ainsi les pièces du recueil, enchaînant
les tableaux pittoresques, montrent un auteur plus soucieux de rendre une
couleur locale que de fuir les clichés, et alternent les évocations de l’histoire et des légendes orientales avec des images inspirées par l’Espagne mauresque.
Depuis 1827, le poète s’est détaché du royalisme maternel, se tourne vers le libéralisme et commence à célébrer Napoléon.

1830 : Hernani
est un mélodrame en cinq actes et en
vers mêlant l’héroïsme cornélien, la fatalité racinienne et des souvenirs de
Schiller. Hugo l’écrivit en un mois suite à l’interdiction de Marion de Lorme. Le cadre en est
l’Espagne du début du XVIe siècle et les personnages le proscrit Hernani ; Don Carlos, le
jeune roi d’Espagne qui deviendra Charles-Quint ; et Ruy Gomez, l’oncle de
Doña Sol, une belle jeune femme que les trois hommes aiment. Toute l’intrigue,
sentimentale et politique, jusqu’à l’issue tragique, est conditionnée par la fatalité de la passion et le respect des lois chevaleresques. La
préface est à nouveau l’occasion pour Hugo de défendre la liberté du créateur,
qui doit pouvoir mélanger les tons, multiplier les lieux et mépriser les
bienséances en visant des actions spectaculaires.
L’alexandrin hugolien fait lui-même preuve d’audace sonore et rythmique.  La première de la pièce qui a lieu à la
Comédie-Française voit les défenseurs du drame romantique – le jeune Théophile Gautier à leur tête – et les
tenants de la tragédie classique s’insulter et en venir aux mains. C’est le
début de la « bataille
d’Hernani 
», nouvel épisode de la querelle des Anciens et des
Modernes. Après cette pièce Hugo quitte la trop conformiste troupe de la
Comédie-Française. C’est la troupe de la Porte-Saint-Martin qui reprendra Marion de Lorme en 1831.

1831 : Avec le
roman Notre-Dame de Paris Hugo fait revivre ce Moyen Âge pittoresque
cher aux romantiques, avec les figures de la jeune bohémienne Esméralda, qui vit parmi la société
hiérarchisée de la Cour des
miracles 
; de Claude Frollo,
l’archidiacre de Notre-Dame ; de Phœbus
de Châteaupers, capitaine des archers ; et de Quasimodo, le bossu qui
hante la cathédrale, elle-même personnage à part entière. Leurs caractères sont cependant sommaires et l’auteur se contente d’en
faire des types, tel Phœbus qui apparaît comme un jeune premier. L’œuvre
contient des descriptions notables de Paris à vol d’oiseau et une dénonciation
du sort fait à bien des monuments français laissés à l’abandon. Elle a été
admirée pour la manière vive et colorée avec laquelle l’auteur parvient à ressusciter toute une époque.

1832 : Le drame historique en cinq actes et en
vers Le
Roi s’amuse
a pour cadre la France du XVIe siècle.
Triboulet, le fou du roi François Ier, a une fille, Blanche, dont il
dissimule l’existence. La cruauté
des courtisans, qui trament contre
le bouffon une farce féroce, et l’insouciance
du roi
, présenté comme un vulgaire libertin convoitant la jeune fille, vont
mener à une fin tragique. À nouveau la psychologie des personnages n’est pas
une priorité de l’auteur, qui appuie son art sur des antagonismes, ici entre la naïveté de la jeune fille et le cynisme
de la Cour. La pièce donnée au Théâtre-Français est un échec retentissant et se voit interdite
par le pouvoir dès le lendemain de sa création.

1833 : Lucrèce
Borgia
, grand mélodrame en
trois actes et en prose, est représenté au Théâtre de la Porte-Saint-Martin. Hugo
a annoncé vouloir monter en une femme « la difformité morale la plus hideuse », mais alliée à une grande
beauté et une grandeur royale. Lucrèce inspire à la fois la peur et la pitié parce qu’elle fait montre d’un violent sentiment maternel. Elle a une réputation d’empoisonneuse et d’incestueuse
mais elle tentera par deux fois de sauver son fils. À partir de cette année l’auteur
commence à fréquenter Juliette Drouet,
une actrice ayant un rôle secondaire
dans la pièce, avec laquelle il entretiendra une relation majeure, très  romantique. Si Lucrèce Borgia est un grand succès, Marie Tudor, la même
année, transposition sur scène quelque peu complexe de la révolution de 1830,
déroute le public.

1838 : Ruy
Blas
, grand drame en cinq actes et en vers, est représenté au Théâtre de la Renaissance, salle créée
par Hugo et Alexandre Dumas avec l’appui du duc d’Orléans pour accueillir les
drames romantiques. Hugo y oppose Don Salluste, un grand d’Espagne à l’âme de
laquais, et son valet, Ruy Blas, un orphelin qui parvient au plus hautes
fonctions après avoir séduit la reine, et qui montre un courage et une noblesse d’âme que l’auteur attribue plus
facilement aux humbles. La pièce se
termine tragiquement sur la mort du héros qui s’empoisonne après avoir tué Don
Salluste qui menaçait la reine.

1840 : Avec le
recueil Les Rayons et les ombres Hugo affirme sa figure de poète-mage, de prophète et de guide,
dans un style incantatoire, en
suivant comme modèles Virgile et la Bible.
Il développe notamment le sens de sa poétique dans « Fonction du
poète ». Dans ses recueils précédents – Feuilles d’automne (1831), Les Chants du crépuscule (1835), Les Voix intérieures (1837) –, Hugo avait développé une
poésie plus proche d’une réalité humaine, quotidienne, « réaliste »,
réemployant largement une matière
autobiographique
, notamment celle de son couple et de ses déceptions

1841 : Victor
Hugo est élu à l’Académie française à
sa quatrième tentative. Après la mort
par noyade dans la Seine, à Villequier, de sa fille Léopoldine en
1843, il met de côté la création littéraire et se consacre à la politique. En 1845 il est nommé pair de France. En 1848
il est élu maire du 8e arrondissement parisien puis député conservateur à l’Assemblée législative.
Après l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence, qu’il soutient
d’abord, puis la dérive autoritaire du régime, il va progressivement se rapprocher de la gauche républicaine et
des positions progressistes
. Son Discours
sur la misère
de 1849 signale cette transition.

1851 : Suite
au coup d’État de Bonaparte, Hugo fuit à Bruxelles. Il y publie le
pamphlet Napoléon-le-petit. Devenu
indésirable en Belgique il s’installe en 1852 à Jersey. Là, la perte de sa fille le pousse vers le spiritisme.

1853 : Dans Les
Châtiments
, qui paraissent treize ans après son dernier recueil
poétique, Hugo continue de s’opposer au régime de Bonaparte, qu’il tente de
peindre comme un adversaire à sa mesure, avec quelque emphase et quelque grandiloquence
donc, même si au-delà de l’empereur français c’est à toute tyrannie qu’il s’attaque. Le recueil se révèle très protéiforme – dans les registres : grotesque, sérieux,
tragique, burlesque, lyrique ; dans les genres : chanson, fable, épopée, récit biblique – et polyphonique – le poète en effet
alterne les voix, celles du peuple comme des courtisans et de l’empereur. Il
retrouve à cette occasion le ton prophétique des Odes. En 1855 Hugo
s’installe à Guernesey. Il refusera
de rentrer en France lors des amnisties accordées par Napoléon III en 1859 et
1869.

1856 : Le
recueil Les Contemplations est divisé en deux par la mort de la fille
du poète, Léopoldine. La première partie, « Autrefois (1830-1843) »,
évoque principalement des moments de bonheur
et d’espoir, tandis que dans la
seconde, « Aujourd’hui (1843-1855) », l’auteur se livre à une méditation philosophique sur la mort,
le deuil et l’injustice du monde. Ainsi cherche-t-il à peindre tous les aspects
de la vie et de l’âme. Si Hugo a parlé de ce recueil comme du « livre d’un mort », il s’agit aussi
d’un hymne à la grandeur cosmique de la nature,
capable d’offrir une consolation à l’âme. Les préoccupations politiques et
sociales ne sont cependant pas absentes et Hugo parle par exemple du travail
intolérable des enfants.

1859 : La
Légende des siècles
a été écrite sur une vingtaine d’années ; elle
a paru en trois séries : la première date de 1859, la deuxième, qui en
accentue l’orientation philosophique, de 1877, et la troisième de 1883. Le
poète a l’ambition d’y conter l’histoire de l’Humanité dans son entier ;
se succèdent ainsi des récits bibliques avec des évocations de la mythologie et
de l’histoire gréco-romaines, pas moins de douze chapitres (sur soixante-et-un)
sur le Moyen Âge, puis le poète passe plus rapidement sur la Renaissance avant
d’en venir aux temps contemporains. Le poète-prophète imagine qu’après un
combat final contre le démon de la tyrannie, l’humanité, délivrée
grâce à sa part la plus humble, accèdera à une éternelle félicité. À nouveau la poésie de Hugo frappe de par la variété des registres – lyrique, épique et satirique. Même si cette œuvre cathédrale constitue un sommet du
mauvais goût et de l’emphase mégalomaniaque pour certains, nombre de ses pièces
sont devenues cultes, comme « Booz endormi ».

1862 : Les
Misérables
, roman social, mythe littéraire, épopée du peuple et de la misère, fresque historique désenchantée
commencée en 1845, paraît en dix volumes. À travers le drame individuel de Jean Valjean, qui connaît plusieurs
incarnations au fil du roman, et de sa régénération
morale
, Hugo dénonce une société
injuste
, minée par un appareil
judiciaire
et un Code pénal
oppressant les pauvres
. Le récit, qui s’apparente à un mélodrame multipliant les coups de théâtre, est souvent coupé de
dissertations historiques ou d’analyses
sociologiques
. L’auteur montre une sincère
compassion
pour ses personnages : Fantine, Gavroche et Cosette, qui
portent un élan lyrique, Marius le républicain et le sombre policier Javert.
Dans ses romans Hugo n’hésite pas à employer une langue colorée et à multiplier
les mots d’argot.

1866 : Le
roman Les Travailleurs de la mer tourne autour de la figure de Gilliatt, homme taciturne, d’une
dimension monstrueuse, qui livre un long combat contre l’océan et parvient à
sauver des eaux les machines d’un bateau à vapeur échoué, et ce dans l’unique
but de gagner la main de Déruchette, la fille du propriétaire. Finalement, quand
il découvre qu’elle en aime un autre, il renonce à elle et l’aide à fuir avec
son amant. Hugo représente ici dans sa lutte
de l’homme contre l’élément naturel
l’anankè
des choses
, qui vient s’ajouter à l’anankè
des lois
représentée par Les
Misérables
et l’anankè des dogmes illustrée
par Notre-Dame de Paris. Par rapport
à ces autres romans celui-ci se distingue par l’économie de ses moyens
du point de vue de l’intrigue, qui se résume principalement à un effrayant huis clos.

1869 : Dans sa
dernière grande œuvre d’exil, son roman L’homme qui rit, Hugo imagine
l’histoire de Gwynplaine, un garçon
volontairement défiguré par des
comprachicos, recueilli par Ursus, un sage saltimbanque accompagné d’un loup,
et son ascension dans l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle et du
début du XVIIIe après la découverte de sa véritable origine. Si le
jeune homme veut se faire la voix des miséreux et des opprimés à la Chambre des
Lords, où il prophétise les révolutions à venir, le sourire permanent qui lui a
été imprimé sur le visage déclenche les rires de l’assemblée. Seule Dea, la jeune fille qu’il a lui-même
sauvée, aveugle, semble le voir
réellement pour ce qu’il est. Leur fin à tous deux sera tragique. L’imagerie surprenante de cette œuvre métaphysique, écrire par un écrivain
portant le deuil de son épouse, l’a fait qualifier de baroque voire de surréaliste.

1870 : Après
la chute de Napoléon III, c’est le retour
triomphal à Paris du grand écrivain exilé, qui retrouve cependant une France déchirée. La Troisième
République le verra en tant que radical
se battre notamment pour l’amnistie des communards et une instruction laïque,
gratuite et obligatoire.

1874 : Le
dernier roman de Hugo, Quatrevingt-treize, vise à délivrer
un message de paix après les
évènements de la Commune qui ont épouvanté l’écrivain, lui rappelant 1793 et
les luttes fratricides de la Terreur. Au fil de sa vie il est parvenu à y voir
un mal nécessaire et Quatrevingt-treize
reconnaît et loue l’œuvre accomplie par la Convention. Le roman se concentre
ici, sans digressions, employant une esthétique
quelque peu théâtrale, sur les
combats entre les insurgés royalistes de l’Ouest et les troupes républicaines
lors de guerre de Vendée. Gauvain,
aristocrate au commandement de l’armée républicaine, qui permet la fuite de
l’adversaire Lantenac, sauveur d’enfants, est ici le porte-parole de
l’écrivain, qui exprime avant sa mise à mort sa foi en une république idéale.

1876 : Hugo
devient sénateur de la Seine ;
il est réélu en 1882. En 1877 paraît
L’Art
d’être grand-père
, qui vient compléter le mythe Hugo. Le recueil repose
sur les antithèses enfant/vieillard, faible/fort, et contient une évocation de
la métempsycose. À partir d’une congestion
cérébrale
subie en 1878, la
dégradation de l’état de santé de l’écrivain le détourne de la création, même
si des publications se poursuivent, de textes antérieurs, donnant l’illusion
d’une créativité éternelle.

1885 : Victor Hugo meurt à Paris.
Son cercueil, hissé sur un catafalque, est exposé une nuit sous l’Arc de
triomphe. Environ deux millions de personnes se seraient déplacées pour lui
rendre hommage. Son corps est déposé au Panthéon.

1887 : Un grand nombre de textes que n’avait pas publiés Hugo sont
rassemblés, différemment selon les éditeurs, sous le titre, qui n’est pas de l’écrivain,
de Choses
vues
. Ces notes archivées par Hugo pour la postérité, sans souci de les
hiérarchiser, datent pour la plupart de la période 1844-1851, quand l’écrivain
délaisse la création littéraire et s’immerge dans la vie publique. Il est alors
un témoin privilégié de son siècle
et dialogue avec les grands ; l’œuvre permet ainsi
d’assister à l’éveil et au
déploiement d’une conscience politique.
Hugo rapporte des bons mots, des anecdotes, des confidences et divers évènements
qu’il accompagne plus ou moins de son regard, comme la décadence du règne
finissant de Louis-Philippe, la fuite du roi, le retour des cendres de l’empereur,
la révolution de 1848, les derniers instants de Balzac et de Chateaubriand,
l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte. Il se livre aussi à divers portraits, et se fait sémiologue quand il se montre attentif
aux petites mythologies de son époque.

 

Éléments sur l’art de Victor
Hugo

 

Son théâtre : Globalement, il sera toujours mal accueilli par la
critique. Ses personnages apparaissent comme des personnalités fracturées, se
montrent peu conscients de leurs passions, pris dans une fatalité historique qui frappe la parole et la raison de vanité.
Son art se distingue par la fantaisie,
l’emploi provocant du grotesque, ses
invraisemblances, son goût du concret, le baroque du langage, la virtuosité des
vers
. Artaud louera la vivacité de ce théâtre, sa cruauté, cette profondeur
trouvée outre la rationalité du langage, tandis que Brecht à la suite d’Hugo aura
l’ambition d’éclairer l’histoire.

Sa poésie : Victor Hugo s’est essayé à tous les genres poétiques, dans
lesquels, comme au théâtre, il fait preuve d’une grande virtuosité technique. Il se distingue en outre par la grande variété de ses registres, et la mise en place, comme dans ses autres œuvres, d’antithèses marquées :
lumière/ténèbres, liberté/servitude, faibles/puissants. La puissance visuelle de nombre de ses pièces poétiques, leur dimension visionnaire, comme la délicatesse des évocations intimes, leur valent d’être parmi les plus étudiées et
apprises des étudiants.

Son
dessin
 : Victor Hugo a aussi été un dessinateur
autodidacte, seulement pour « s’amuser entre deux strophes »
disait-il – mais tout de même au point d’en laisser trois mille. Il a fait
preuve d’une grande inventivité,
improvisant ses outils et sa matière, d’une grande diversité, suivant de
véritables caprices graphiques,
semblant parfois relever d’un « art automatique », en rupture avec l’esthétique
dominante. Il pouvait ainsi employer de la suie, du café au lait, du marc, des
allumettes brûlées ou des plumes faussées ; déformer des taches d’encre ou
se livrer à des découpages. Ses dessins sont marqués par le grotesque, le fantastique, la suggestion
et le mystère. Ils ont été remarqués
par de nombreux artistes, dont Baudelaire.

 

Ce que ses pairs ont dit de
lui

 

« La
musique des vers de Hugo s’adapte aux profondes harmonies de la nature ;
sculpteur, il découpe, dans ses strophes, la forme inoubliable des choses ;
peintre, il les illumine de leur couleur propre. Et comme si elles venaient
directement de la nature, les trois impressions pénètrent simultanément le
cerveau du lecteur. Aucun artiste n’est plus universel que lui, plus apte à se
mettre en contact avec les forces de la vie universelle, plus disposé à prendre
sans cesse un bain de nature.
Non seulement il
exprime nettement, il traduit littéralement la lettre nette et claire ;
mais il exprime, avec l’obscurité indispensable, ce qui est obscur et
confusément révélé. »

 

Charles Baudelaire, L’Art romantique, 1869

 

« Victor Hugo est un
inspiré, on peut même dire qu’il fut l’Inspiré par excellence, et son œuvre est
la meilleure démonstration qui soit de ce phénomène étrange, et si embarrassant
pour la disposition critique, que l’on appelle l’inspiration. »

 

Paul Claudel

 

« Il a écrit beaucoup de
bêtises, mais on est excusable d’avoir écrit beaucoup de bêtises quand on a
vécu quatre-vingt-trois ans et qu’on avait la plume facile. Ses éclairs sont
impressionnants. Il lui arrive d’avoir de la profondeur, et une anthologie de
lui, faite du seul point de vue de l’intelligence, causerait des surprises. On
dira peut-être que ce qu’il a écrit de profond, en proposition de l’énormément
de son œuvre, est peu ; mais, après tout, le nombre des vers divins est
très réduit chez Racine ; je n’en compte pas plus de vingt-deux. Il est
fort possible que l’alternance française ramène Hugo à la surface. »

 

Henry de Montherlant

 

Citations
de ses œuvres

 

« – N’ayez pas
peur. Je suis votre ami. J’étais venu vous voir dormir. Cela ne vous fait pas
de mal, n’est-ce pas, que je vienne vous voir dormir ? Qu’est-ce que cela
vous fait que je sois là quand vous avez les yeux fermés ? Maintenant je
vais m’en aller. Tenez, je me suis mis derrière le mur. Vous pouvez rouvrir les
yeux.

Il y avait quelque chose de
plus plaintif encore que ces paroles, c’était l’accent dont elles étaient
prononcées. L’Égyptienne touchée ouvrit les yeux. […]

En se sentant touché par
elle, Quasimodo trembla de tous ses membres. Il releva son œil suppliant, et,
voyant qu’elle le ramenait près d’elle, toute sa face rayonna de joie et de
tendresse. Elle voulut le faire entrer dans sa cellule, mais il s’obstina à
rester sur le seuil.

– Non, non, dit-il, le
hibou n’entre pas dans le nid de l’alouette.

Alors elle s’accroupit
gracieusement sur sa couchette avec sa chèvre endormie à ses pieds. Tous deux
restèrent quelques instants immobiles, considérant en silence, lui tant de
grâce, elle tant de laideur. »

 

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831

 

« Ne craignons jamais ni
les voleurs ni les meurtriers. Ce sont là les dangers du dehors, les petits
dangers. Craignons-nous nous-mêmes. Les préjugés, voilà les voleurs ; les
vices, voilà les meurtriers. Les grands dangers sont au-dedans de nous. Qu’importe
ce qui menace notre tête et notre bourse ! Ne songeons qu’à ce qui menace
notre âme. »

 

« Il n’y a pas d’égalité,
même quand on est mort ! Voyez un peu le Père-Lachaise ! Les grands,
ceux qui sont riches, sont en haut, dans l’allée des acacias, qui est pavée.
Ils peuvent y arriver en voiture. Les petits, les pauvres gens, les malheureux,
quoi ! on les met dans le bas, où il y a de la boue jusqu’aux genoux, dans
les trous, dans l’humidité. On les met là pour qu’ils soient plus vite
gâtés ! On ne peut pas aller les voir sans enfoncer dans la terre. »

 

Victor Hugo, Les Misérables, 1862

 

« Gubetta : J’ai encore un conseil à vous donner ;
c’est de ne point vous démasquer, on pourrait vous reconnaître.

Dona
Lucrezia : Et que m’importe ?
S’ils ne savent pas qui je suis, je n’ai rien à craindre ; s’ils savent
qui je suis, c’est à eux d’avoir peur. »

 

Victor Hugo, Lucrèce Borgia, 1833

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