Les Contemplations

par

Les Contemplations : une poésie de la nature

Un autre thème qui imprègne LesContemplations d’Hugo est le thème de la nature, qui s’invite dans les versdu poète. Hugo s’en sert comme cadre des scènes qu’il évoque, mais aussi commecadre des sentiments qu’il ressent. Ainsi, la nature de Victor Hugo est unenature qui s’adapte à ses sentiments. Lorsque la nature vient appuyer lessentiments amoureux et les joies de l’enfant, c’est sous l’apparence d’unenature verdoyante, d’une fleur cueillie sur une colline. Hugo semble emprunterà chaque élément de la nature une force d’évocation remarquable – ainsi enest-il des aigles, des vagues, des astres, des fleurs, des paons, et ainsi desuite. Aussi le poète se montre-t-il en amoureux de la nature, et la naturesemble lui être reconnaissante de l’admiration qu’il lui porte. Il y a là unecommunion du poète et de la nature qui prête à la nature une vie secrète, queseul le poète peut discerner. L’exemple le plus notable est le deuxième poèmedu « Livre Premier » :

« Le poëte s’en va dans les champs ; il admire, […]

Et, le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs, […]

Prennent, pour l’accueillir agitant leurs bouquets,

De petits airs penchés ou de grands airs coquets,

Et, familièrement, car cela sied aux belles :

« Tiens ! c’est notre amoureux qui passe ! » disent-elles. […]

Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois, […]

Contemplent de son front la sereine lueur,

Et murmurent tout bas : C’est lui ! c’est le rêveur ! »

         La nature estomniprésente dans l’œuvre, elle imprègne les sentiments joyeux et les souvenirsheureux. En effet, lorsqu’il invoque le souvenir de ses filles assises dans lejardin, elles semblent couronnées d’un bouquet d’œillets.

         La nature, œuvre de Dieu,devient par ailleurs une merveille mystique qui rend continuellement grâce àson créateur : les forêts chantent hosanna, le zénith bénit lesconstellations, le vent lit des passages de poèmes de la création, et bienplus. La nature rend donc grâce mais surtout, Dieu est présent dans la naturequ’il a créée :

« La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur,

Tout destin montre et nomme ;

Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur ;

Le navire, c’est l’homme. »

                                         (« Un jour… »)

         Toutefois, la natureévoquée par Hugo n’est pas exclusivement employée pour faire fleurir lesouvenir de bons moments. Parfois, la nature sert à illustrer le chagrin del’auteur face à la mort de sa fille, sa fleur. On est alors en présenced’éléments naturels qui inspirent la tristesse et le désarroi : le gouffrenoir qui entre dans l’âme avec tous les frissons du soir, le morne promontoire,la sombre nuit qui bâtit un porche de nuées, et l’on rencontre bien d’autres élémentsforts dénotant l’affliction.

         Les vers dans lesquels lamort de sa fille est évoquée sont particulièrement intéressants. Y est partagéela perspective d’un homme qui reproche au monde d’avoir entravé la croissancede la fleur et de l’avoir étouffée. La fleur, sa fille, est donc une victime dece monde trop sombre qui l’a privée de la lumière nourricière.

« J’ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.

Elle est pâle et n’a pas de corolle embaumée.

Sa racine n’a pris sur la crête des monts

Que l’amère senteur des glauques goémons »

                                         (« J’ai cueilli cettefleur pour toi sur la colline »)

         La nature est donc uneforme d’expression pour l’auteur, au même titre que ses vers. Il s’exprime àtravers elle, et la nature s’exprime à travers lui. La perspective de l’auteurdevient un point focal à travers lequel la nature passe ; elle en ressortcolorée des émotions de l’auteur – qu’elles soient joyeuses ou sinistres.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les Contemplations : une poésie de la nature >