Les Contemplations

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Les Contemplations : un recueil du deuil

En réalité, Les Contemplations sont un hommage àLéopoldine Catherine Hugo, fille aînée de l’écrivain. Par affection, il lasurnommait « Didine » ou « Didi ». Âgée de seulement 19ans, Léopoldine meurt noyée (en compagnie de son époux) lors d’un naufrage surla Seine. Hugo n’apprendra son décès que cinq jours plus tard, et cettetragédie eut un impact majeur sur sa carrière en tant qu’écrivain et danstoutes les œuvres qu’il publia après la mort de sa fille. Cette tragédie lui atout arraché ou presque : sa joie de vivre, son inspiration en partie,sa passion. En l’honneur de sa fille décédée, Hugo décide de faire unpèlerinage chaque année entre le Havre et Villequier (village où elle estenterrée). C’est ainsi qu’il consacre à Léopoldine la première œuvre qu’ilécrit après sa mort : Les Contemplations.Bien que le roman tout entier ne soit pas fondé sur ce triste sujet, Hugo luiréserve cependant un livre particulier, « Pauca Meae » (qui pourrait se traduire par « lepeu de choses qu’il me reste de ma fille » ou « le peu de choses queje pourrais lui donner »). Dans cette partie du recueil, il relate surtoutles souvenirs de sa vie aux côtés de Léopoldine (dans les poèmes « Quandnous habitions tous ensemble » et « Ô Souvenirs !Printemps ! Aurore ! »), son pèlerinage annuel vers la tombe desa fille (dans « Demain dès l’aube » et « À Villequier »).Il consacre même un poème au défunt époux de sa fille (« Charles Vacquerie »)bien qu’il se soit initialement opposé à leur mariage, du fait du jeune âge deLéopoldine.

         Il extériorise sa peine en accusant Dieu du départ tragiquede Léopoldine : « Ô Dieu jaloux[…] / Pourquoi m’as-tu pris la lumière / Que j’avais parmi les vivants? » (« Trois ans après) ». À cause de la mort de Léopoldine,Hugo remet en question sa foi en Dieu, il admet qu’il ne peut combattre lapuissance divine. Dans son poème « À Villequier », ilreconnaît la toute-puissance de Dieu et sa faiblesse humaine. Il admet quedevant Dieu, l’homme n’a d’autre choix que de s’abandonner : « Je viens à vous, Seigneur, pèreauquel il faut croire, […] Je viens à vous, Seigneur ! Confessant que vousêtes / Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant ! / Je conviens que vousseul savez ce que vous faites, / Et que l’homme n’est rien qu’un jonc quitremble au vent ». Il répète ainsi à six reprises l’expression« je conviens » dans le même poème ; il met donc l’accent surson abandon total à Dieu et l’acceptation de sa toute-puissance. Il invitechaque homme à faire de même, dans la joie et encore plus dans la peine. Deplus, en tant que chrétien fervent et malgré son désarroi, Hugo trouve uneconsolation dans l’idée que Léopoldine s’en est allée pour une vie meilleure,et qu’elle bénit les habitants du nouveau royaume où elle a été appelée, autantqu’elle a béni son père sur terre : « Va,mon enfant béni, d’une famille à l’autre. / Emporte le bonheur et laisse-nousl’ennui ! / Ici, l’on te retient ; là-bas, on te désire. »(« 15 février 1843 »).

         En somme, LesContemplations sont un hymne à l’amour, aux souvenirs d’un passé heureux, àla gloire de Dieu et à la mémoire d’une enfant perdue. Bien que Les Contemplations puissent êtreconsidérées comme une prolongation du lyrisme qui figurait dans les œuvresprécédentes d’Hugo (comme Les Rayons etles Ombres), ce recueil s’en distingue du fait de sa connotation sombre, deson inspiration tirée d’une tragédie personnelle.

         Le deuil se manifeste dans le traumatisme psychologique quiatteint Hugo ; le poète passe consécutivement par ses étapes coutumières,dont la colère et la dépression. Il en arrive ainsi à regretter d’avoir vécu. Onimagine à quel point la peine est forte lorsque le deuil plonge dans lafutilité tout le vécu de l’homme et teinte de désespoir toute son existence.

« Oui, mon malheurirréparable, […]

C’est de traîner de lamatière ;

C’est d’être plein, moi,fils du jour,

De la terre ducimetière,

Même quand je m’écrie :Amour ! »

                                            (« À celle qui estvoilée »)

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