Les Trois Mousquetaires

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Alexandre Dumas

Alexandre
Dumas est un écrivain français né en 1802 à Villers-Cotterêts (Aisne) et mort à
Puys, près de Dieppe, en 1870. Principalement connu pour ses romans
historiques, son œuvre, pourtant très riche et variée, s’attire longtemps le
mépris d’une grande partie des élites, malgré un succès populaire rarement
égalé. À la fin du XXe siècle, un important travail critique permet
de réévaluer son œuvre, et l’écrivain fait même son entrée au Panthéon en 2002.

Il est le
fils d’un célèbre général qui s’est illustré pendant la Révolution, et par lui
petit-fils d’une esclave noire de Saint-Domingue – ce qui lui vaudra des
sarcasmes racistes. Il reçoit une éducation sommaire ; ses premières
lectures ne vont pas plus loin que la Bible, Buffon ou les Contes des Mille et Une Nuits. Il est d’abord saute-ruisseau, à
quatorze ans, dans une étude notariale. Il se découvre à l’adolescence une
passion pour la littérature et c’est à travers un garçon de son âge, Adolphe
Ribbing de Leuven, qu’il gagne en ambition, découvre la poésie moderne, l’art
dramatique, et pense à une conquête littéraire de Paris.

Installé
à la capitale, il devient d’abord surnuméraire puis employé de bureau pour
Louis-Philippe, duc d’Orléans. En parallèle il se cultive en autodidacte,
fréquente les salons littéraires, subit l’influence du romantisme naissant qui
se nourrit des œuvres de Schiller, Gœthe, Walter Scott, Byron et Fenimore
Cooper.

De 1822 à
1827, l’œuvre de Dumas est surtout centrée autour de la poésie ; il écrit
des pièces militantes : Élégie sur
la mort du général Foy
(1827), Canaris,
un dithyrambe « vendu au profit des Grecs ». Son œuvre s’oriente vers
le théâtre, et plus spécifiquement le drame historique, à partir de 1827, et il
connaît le succès avec Henri III et sa
cour
, drame en prose donné en 1829 à la Comédie-Française, construit autour
de deux journées d’intrigues à la cour du roi, autour des complots qui l’oppose
à sa mère Marie de Médicis et au parti du duc de Guise. À ces aspects
historiques et politiques s’ajoute une intrigue sentimentale centrée sur un comte
favori du roi dont s’éprend la femme du duc. Dumas offre par là un drame
historique aux novateurs, deux ans après la préface de Cromwell, un an avant Hernani,
exploitant des passions violentes et teinté de « couleur locale ». Il
devient ainsi le chef de file de la nouvelle génération, et connaît au théâtre
un succès qu’Hugo ne connaîtra jamais.

Dumas
participe à la révolution de 1830 par antipathie pour les Bourbons. La
désillusion politique qui s’ensuit fait écho à celle qu’il connaît au
théâtre ; les comédiens de la Comédie-Française, encore peu enclins aux
nouveautés qu’il propose, le redirigent vers les Boulevards, où il donne le
drame Antony en 1831. Le personnage
éponyme est un héros romantique qui fascine Adèle, jeune fille noble tout juste
fiancée par son père à un colonel. Les origines obscures d’Antony le poussent à
s’éloigner d’elle ; elle se marie ; il revient à elle au bout de
trois ans ; elle se fourvoie auprès de lui, a des remords, et le jeune
héros sauvera son honneur en la tuant et en faisant croire qu’elle lui a
résisté. C’est une œuvre violente où les passions dépassent toutes les limites.
Le jeune auteur pousse ses pairs à s’éloigner avec lui du vieux mélodrame,
auquel les œuvres de Dumas doivent cependant beaucoup.

Dumas
connaît de nombreux succès sur le boulevard, aidé du talent d’acteurs célèbres
– Frédérick Lemaître, Marie Dorval, Mademoiselle George, Bocage. Il fait
notamment représenter en 1832 La Tour de
Nesles
, drame grandiloquent écrit en collaboration avec Frédéric Gaillardet,
axé autour de la légende de la tour où Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis
X, et ses sœurs, auraient tué leurs amants. Après plusieurs échecs, Dumas
devient critique dramatique à La Presse.

En 1833 il
fait paraître Gaule et France, où l’auteur
divise l’histoire française en quatre ères selon les structures de la propriété
territoriale : la féodalité fait place à la seigneurie, puis à
l’aristocratie et à la propriété privée. La pensée de Dumas est ici empreinte
de matérialisme et suit la loi du progrès. Son œuvre à venir peut être lue à l’aune
de cette division comme nous le verrons.

Alexandre
Dumas voyage ensuite en Suisse et en ramène des Impressions de voyage (1834-1837), écrites dans un style picaresque
non dépourvu d’humour, émaillées de digressions faites de dissertations géographiques,
d’épisodes historiques, des légendes des contrées traversées, de nouvelles.
Dumas y démontre toujours des qualités de conteur et de grands dons d’observation ;
il expérimente dans ces textes qui fonctionnent comme un laboratoire narratif.
Il voyage de la même façon et poursuivra ses Impressions dans de nombreux pays européens et en Afrique du Nord.

Dumas
vient au roman à travers le succès que rencontrent ses chroniques historiques
et inspiré par celui d’Eugène Sue avec ses Mystères
de Paris
. Il connaît lui-même un immense succès avec Les Trois Mousquetaires, œuvre publiée en 1844 mettant en scène
quatre gentilhommes mousquetaires de Louis XIII, inséparables, aux caractères
très divers, et leurs aventures. Dumas l’écrit en collaboration avec Auguste
Maquet qui, selon un protocole valable pour nombre de leurs travaux communs,
écrit une ébauche, sur une idée de l’un ou de l’autre, qu’amplifie très
largement Dumas.

Ils
proposent ainsi plusieurs romans au Journal
des débats
, à La Presse, au Siècle et au Constitutionnel. Les Trois
Mousquetaires
trouveront une suite en Vingt
Ans après
(1845) et Le Vicomte de
Bragelonne
(1848-1850), qui forment ensemble une trilogie propre à
illustrer la naissance de l’aristocratie avec la fin de la seigneurie. Dans l’intervalle
est née la tétralogie des Mémoires d’un
médecin
, remarquable par sa fougue généreuse et la subtilité de ses
intrigues, et qui illustre la chute et la mort de l’aristocratie. Elle commence
en 1846-1848 avec Joseph Balsamo,
dont le personnage éponyme souhaite utiliser ses pouvoirs hypnotiques pour
provoquer une grande révolution sociale par le jeu de sociétés secrètes qu’il
manipule et la corruption qu’il nourrit à la cour. À cela se mêlent plusieurs
histoires amoureuses compliquées. Le réel s’y mélange au fantastique ; les
tableaux de la cour sont particulièrement remarquables. La tétralogie s’achève
avec Le Collier de la Reine, Ange Pitou et La Comtesse de Charny.

En 1847
commence une nouvelle trilogie, celle des Valois, entamée par La Reine Margot, dont le récit court sur
près de deux ans, de la nuit de la Saint-Barthélemy à la mort de Charles IX, et
tourne autour de l’amour de Marguerite de Valois, mariée à Henri de Navarre, mais
follement éprise de Hyacinthe de la Môle, et l’ambition et les complots de
Catherine de Médicis, dans l’atmosphère de cynisme et de raffinement de la
Renaissance. Dumas mêle adroitement l’invention romanesque à l’évocation
historique ; l’histoire fait des écarts entre l’horreur des massacres dans
le climat de terreur des guerres de religions, et la splendeur des bals du
Louvre. Cette trilogie se poursuit avec La
Dame de Monsoreau
et Les
Quarante-Cinq 
; elle illustre la décadence de la seigneurie.

Le Comte de Monte-Cristo, paru en
1845-1846, met en scène Edmond Dantès, injustement et longtemps emprisonné pour
bonapartisme, puis retrace son ascension et les détours de sa vengeance qui le
voient prendre plusieurs visages. Par ces nombreux romans, qui créent le genre
du roman théâtral historique, aux dialogues remarquables, l’auteur compte à la
fois amuser la classe de lecteurs « qui sait », et instruire celle
« qui ne sait pas » – « instruire en distrayant » donc,
selon le credo esthétique aristotélicien. Sa popularité a pour contrepoint le
dédain d’une grande part des instances officielles des lettres, qui parlent
d’une « littérature industrielle ». On lui reproche souvent ses
anachronismes, pourtant fatals dès lors que le roman historique participe à la
fois du présent et du passé, transposant le second dans le premier, et ce afin
de permettre un travail de réflexion sur l’histoire et de tendre vers la
découverte d’un sens. Michelet, que Dumas considérait comme son maître, un historien
joint à un poète, lui dira qu’à son sens, par ses œuvres, il a appris au peuple
davantage que tous les historiens réunis.

Dumas
commence à rédiger ses Mémoires en
1847. En 1848 il perd les élections législatives, tandis que certains de ses
pairs, moins extravagants, tels Hugo, Lamartine et Sue, trouvent une place dans
le gouvernement ou à la Chambre. Il tentera
plusieurs aventures dans le milieu du journalisme, assez courtes et avec peu de
succès. Après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte il se retrouve avec certains
de ses pairs exilés en Belgique, tandis que son fils triomphe en 1852 à Paris
avec l’adaptation théâtrale de La Dame
aux camélias 
; le père prend conscience que sa carrière subira
désormais une pente descendante. Rentré à Paris il prend un nouveau
collaborateur, Gaspard de Cherville, mais les romans disparates qu’ils
produisent déçoivent. Il voyage longtemps en Russie, signe un contrat pour
l’exploitation de ses œuvres qui lui permet d’acheter une goélette ; en
route pour l’Orient il finit par rejoindre l’expédition des Mille et Garibaldi.
Il est à ses côtés à son entrée à Naples où il devient directeur des Musées et
Fouilles en 1861. Il y lutte contre l’héritage des Bourbons, la
contre-révolution et la camorra jusqu’en 1864. Il continuera à voyager jusqu’à
sa mort.

L’œuvre
de Dumas – plus de mille titres figurent dans sa bibliographie – n’est pas
passéiste mais au contraire elle parle de la naissance d’une France moderne et
s’intéresse à la régénération de l’homme, qu’il s’agit de guider dans son
histoire future par un éclairage de son histoire passée. Il gagnera
l’admiration de George Sand, Robert Louis Stevenson, Marcel Proust, et aura eu de
son vivant celle de ses amis Lamartine et Victor Hugo. Celui-ci, après sa mort,
lui rendra hommage en ces termes : « Alexandre Dumas est un de ces
hommes qu’on pourrait appeler les semeurs de civilisation ; il assainit et
améliore les esprits par on ne sait quelle clarté gaie et forte ; il féconde
les âmes, les cerveaux, les intelligences ; il crée la soif de lire ;
il creuse le cœur humain, et il l’ensemence. Ce qu’il sème, c’est l’idée
française. L’idée française contient une quantité d’humanité telle, que partout
où elle pénètre, elle produit le progrès. De là, l’immense popularité des
hommes comme Alexandre Dumas. »

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