Lettres à un ami allemand

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Résumé

Les Lettres à un amiallemand sont écrites et publiées par Albert Camus entre juillet 1943 etjuillet 1944. Marqué par la Première Guerre mondiale, il participe activement àla résistance durant la Seconde en intégrant le groupe Combat. Ces quatrelettres sont publiées dans des journaux clandestins. La première dans La Revue libre, la seconde dans Les Cahiers de Libération, la troisièmedans Libertés et la quatrième resteinédite jusqu’à la Libération. Elles sont publiées en un seul recueil en 1948.Écrites en toute clandestinité, elles avaient pour but d’éclairer les soldatssur le combat qu’ils menaient et de le justifier. Elles sont pour Albert Camus,des « écrits de circonstances ».

 

      Dans cette œuvre, l’auteur s’adresse à un ami allemand fictif,dans la continuité d’un dialogue qui aurait commencé quelques annéesauparavant. Deux courants de pensée y sont opposés. Cependant,Albert Camus précise que ses propos ne concernent pas une nation entière :« J’aurais honte aujourd’hui si je laissais croire qu’un écrivain françaispuisse être l’ennemi d’une seule nation. Je ne déteste que lesbourreaux. » Camus précise que le  «Vous » est destiné aux nazis et non aux Allemands. Le « Nous », quant à lui, neparle pas des Français, mais des Européens libres.

   

Dans la première lettre,l’auteur réagit à une conversation qu’il a eue avec son ami allemand cinq ansauparavant. À cet ami qui prône la grandeur de son payset assure que tous les moyens sont bons pour arriver à la supériorité, Camusréplique que la justice est supérieure à la grandeur. Son amilui aurait donc dit : « Allons, vous n’aimez pas votre pays». Cinq ans plustard, Camus assure que sa nation vaincra grâce à l’amour de son pays, aucourage et à l’intelligence. Mais pour en arriver là, il a fallu faire« un long détour » et « renoncer à la fois à notre science et ànotre espoir, aux raisons que nous avions d’aimer et à la haine où nous tenionstoute guerre. »

 

      Dans la seconde lettre, l’auteur revient sur cette phrase quil’a tant marqué « vous n’aimez pas votre pays ». Il explique qu’aimerson pays requiert de l’exigence. Contrairement aux nazis qui se contentent d’uneparfaite soumission, les Français préfèrent un pays de justice et de vérité, unpays qu’ils pourraient être fiers d’aimer. Camus prône l’intelligence, carl’intelligence, c’est pouvoir penser librement. Il évoque ensuite l’histoired’un jeune adolescent qui essaie par tous les moyens de s’évader d’un train leconduisant tout droit vers un camp de la mort. L’aumônier qui le surveille ledénonce et provoque sa mort. Cette histoire, qui lui est racontée par un prêtrefrançais, choque Camus, car l’existence d’un prêtre qui envoie un enfant à lamort n’a pas de sens, « les dieux eux-mêmes chez vous sontmobilisés ». Ainsi, aux Français à qui il manquait la colère « il asuffi d’un enfant mort pour qu’à l’intelligence nous ajoutions lacolère ».

 

      La troisième lettre évoque l’Europe du point de vue des Français,« cette terre de l’esprit où depuis vingt siècles se poursuit la plusétonnante aventure de l’esprit humain », et du point de vue nazi« une cohorte de nations dociles menée par une Allemagne de seigneurs,vers un avenir fabuleux et ensanglanté ». Il opposeces deux Europe, celle de la « puissance » face à celle de la« connaissance ». Il se livre alors à un vibrant hommage à cettedeuxième Europe, « terre magnifique, faite de peine et d’histoire ».De plus, il montre que la France a désormais acquis une force physique etmorale telle que la défaite n’est plus envisageable : « La lutte quenous menons a la certitude de la victoire puisqu’elle a l’obstination desprintemps. »

 

      La dernière lettre met en avant l’espoir de la liberté des Françaismalgré la guerre qui a débuté il y a déjà quatre ans. Albert Camus revient surles raisons du conflit, sur les raisons de la défaite imminente des nazis, sur « cettenuit d’été si chargée de promesses pour nous et de menaces pour vous. » Ilpose son regard sur l’avenir et ne peut nier qu’il devra se faire avecl’Allemagne, comme avec les autres nations européennes : « je mesouviendrai que vous et nous sommes partis de la même solitude, que vous etnous sommes avec toute l’Europe dans la même tragédie de l’intelligence. »Dans cette dernière lettre, l’auteur dévoile aussi la confiance qu’il a enl’homme : « Et il [ce monde] n’a pas d’autres raisons que l’homme etc’est celui-ci qu’il faut sauver si l’on veut sauver l’idée qu’on se fait de lavie. »

 

      Cette œuvre est un véritable témoignage historique où AlbertCamus se livre à une critique de l’Allemagne nazie. À travers ces quatrelettres, il tente de montrer la supériorité de l’intelligence face à la force.La domination par la force relèverait de la complaisance et de la facilité,mais établir un pays de justice, d’amour et de libertés, tâche sans doute plus ardue,permettrait le bonheur. « Maintenant que cela va finir, nous pouvons vousdire ce que nous avons appris, c’est que l’héroïsme est peu de chose, lebonheur plus difficile. »

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