L’Île du docteur Moreau

par

La loi et la religion

Lesinjonctions et les interdictions que Moreau implante dans l’esprit de ses bêteshumaines sont ce qui prend la dénomination de « Loi » dans l’ouvrage.C’est ce qui permet à Moreau de faire adhérer les bêtes à sa perception du monde.Mais parce qu’elles n’ont aucun souvenir de leurs vies antérieures avant latable d’opération du docteur, les bêtes humaines perçoivent l’humanité commeune question de foi. En ce sens, leur quête de l’humanité est comparable à laquête spirituelle qu’entreprennent de nombreux croyants de diverses religions,qui ont la certitude de devoir être plus qu’ils ne sont.

La Loiest décrite à plusieurs reprises dans le roman comme étant une litanie, ce quis’apparente également aux récitations ferventes de nombreux cultes religieux.Wells va jusqu’à prêter aux bêtes humaines des attitudes très similaires,lorsqu’ils récitent la Loi, à celles de religieux récitant des mantras ou desprières :

« Ils balançaient de gauche à droite leur tête et leursépaules. Les mots me parvenaient embarrassés et indistincts ; je pouvais lesentendre nettement sans pouvoir en saisir le sens. Celui qui parlait mesemblait réciter quelque baragouin inintelligible. Bientôt il articula d’unefaçon plus aiguë et, étendant les bras, il se leva.

Alors les autres se mirent à crier à l’unisson, se levantaussi, étendant les bras et balançant leur corps suivant la cadence de leurmélopée. Je remarquai la petitesse anormale de leurs jambes et leurs piedslongs et informes. Tous trois tournèrent lentement dans le même cercle,frappant du pied et agitant les bras ; une sorte de mélodie se mêlait à leurrécitation rythmique, ainsi qu’un refrain […]. »

De plus,il y a au cours du récit des analogies bibliques nombreuses. Le pouvoir decréation de Moreau, son autorité absolue sur les habitants de l’île ainsi quesa faculté de distribuer les plaisirs ou la douleur lui donnent une apparencede divinité omnipotente. D’autre part, Montgomery qui aime les bêtes humaineset les hommes de la même façon s’apparente au Christ. La scène où il administredu cognac aux bêtes humaines s’apparente à une parodie de la communion. Et ilest fait mention d’une expérience ratée de Moreau qui aurait donné naissance àune créature semblable à un serpent qui aurait terrorisé l’île avant que Moreaune la détruise.

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